Pourquoi est-il si difficile de dire je t’aime ?

Les mots buttent contre les lèvres et s’étouffent dans un soupir timide. Pourquoi m’est-il si difficile de dire je t’aime ? Je crois n’avoir jamais dit à mes parents que je les aimais, pas depuis que j’ai arrêté de leur offrir des dessins pour leurs anniversaires. J’y pense, parfois ce désir de parler m’envahit mais finit par mourir dans un silence.

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J’aime les longues promenades de ces débuts d’automnes, sous le soleil rougeoyant et les arbres se dénudant. J’aime les pièces parsemés de livres, comme autant de promesses d’évasion à la portée de mes doigts. J’aime cet auteur, Delphine de Vigan, Modiano, Beauvoir, Dostoïevski, Hugo, Laclos. J’aime quand les murs de leurs maisons sont colorés. Quand elles sont encore pleines de boîtes en carton. J’aime le bruit de mon crayon sur le papier Canson, ce sentiment de toute puissance dans l’acte de création. Le crépitement de la cheminée à la fin d’une soirée à peine arrosée, l’odeur des pages de vieux livres dénichés sur les étagères d’une librairie d’occasion. J’aime ce film, cette chanson, son regard de petit garçon. J’aime les voyages, j’aime rester à la maison.

Mais je t’aime ? Je t’aime dans un regard, je t’aime par un cadeau qui veut dire que je te connais bien, que je t’écoute, que je tiens à toi. Je t’aime d’une caresse malhabile, d’une étreinte maladroite. Mais les mots m’échappent. Il arrive des moments d’attendrissement profonds, où je les regarde avec tendresse, où l’envie me prend de leur dire de but en blanc. « Je t’aime papa », « je t’aime maman ». Ma soeur n’a jamais entendu ces mots, ces gros mots. Ils sont porteurs d’une gravité qui effraie. Quand je veux leur dire j’ai l’impression qu’ils vont se briser. Ils sonnent comme des aveux de la dernière heure. Ils me font peur.

Je les aime en silence, espérant de tout mon coeur qu’ils entendent ce que je ne dis pas, multipliant les gestes venant prouver ce qui ne s’énonce pas.

« Je t’aime maman. Je t’aime papa. »

J’ai lu : La Douce, de Dostoievski

Une représentation de l'auteur que j'aime bien. Il te suffit de cliquer pour être rediriger vers son maître.
Une représentation de l’auteur que j’aime bien. Il te suffit de cliquer pour être redirigé vers son maître.

Un lointain coup de foudre

L’histoire de ma rencontre avec Dostoïevski influence nécessairement l’opinion que j’en ai, et je pense que je ne peux pas être objective quand je parle de ce qu’a pu écrire cet auteur. Je l’ai découvert il y a trois ans, lorsque le garçon dont j’étais amoureuse – et avec qui je vis aujourd’hui – m’a prêté L’Idiot. L’Idiot est son livre préféré et je pense qu’il est et restera indétrônable à ses yeux. Pour ma part, le coup de foudre véritable s’est fait à la lecture des Démons. Si vous ne l’avez encore jamais lu, je ne peux que vous le conseiller, encore une fois. Si je ne devais en conseiller qu’un, ce serait probablement celui là. Le livre est imposant, il faut avoir du temps devant soi. Mais à vrai dire, une fois plongée dedans, je n’ai pas vu le temps s’écouler, et je suis arrivée à la fin bien trop tôt à mon goût. J’étais alors en proie à une profonde mélancolie et cette lecture a paru m’extraire d’un sentiment de solitude qui m’étouffait alors, pour me confronter à l’universalité des questions que je me posais alors. Le choc a été brutal.

L’univers de cet auteur russe est très particulier, et je n’ai rencontré nul part ailleurs cette façon d’écrire, et de décrire surtout, le monde qui l’entoure. Ces interrogations sont intemporelles, et sa manière de parler de l’homme de manière générale me paraît toujours si moderne que j’en suis chaque fois bouleversée. Il faut savoir malgré tout que c’est un univers sombre dans lequel on s’immerge alors, et parfois les réflexions menées sont d’une certaine gravité, certains de ses personnages sont si profondément tristes, blessés, vaincus, mélancoliques qu’il est parfois dur de continuer la lecture des propos qu’ils énoncent. Dans un sens, certains passages de ses romans m’apparaissent très existentialistes avant l’heure, et c’est aussi ce qui me touche beaucoup chez cet écrivain. J’aimerais pouvoir dire que j’admire beaucoup sa plume, malheureusement je ne parle pas le russe, et le lit encore moins, je suis donc obligée de me fier entièrement à la traduction qui en est faite…

Et un coup de coeur répété

Cette fois donc, je me suis laissée tenter par un autre livre, bien plus court celui là puisqu’il s’agit d’une nouvelle (je l’ai lue en deux soirs…), et qui s’appelle La Douce. Publiée en 1876, celle-ci est publiée cinq ans après Les Démons, et précède de quelques années Les frères Karamasov (que je dois lire absolument). On est donc loin des premières nouvelles un peu plus romantiques et romanesques et j’y ai bien retrouvé la marque de l’auteur qui me plaît tant. Pour faire court, La Douce désigne l’épouse du narrateur – car en effet, c’est un texte écrit à la première personne cette fois-ci. Cette épouse, au début de la nouvelle, est étendue sur une table, morte, suicidée. Et de là nous voilà invités à suivre les pensées d’un mari tourmenté par la culpabilité, qui essaie de trouver la solution de l’énigme, la raison de ce suicide si brutal, et qui retrace de manière plus ou moins décousus les moments passés avec cette jeune femme qui l’a volontairement quittée. Nous sommes le soir, ou dans la nuit, demain le corps sera enlevé et le narrateur se retrouvera seul. Il s’agit de faire durer l’instant, de faire durer les heures, et de donner un sens à ce qui arrive – si un quelconque sens il y a.

Je suis à nouveau séduite par l’habileté de Dostoïevski à cerner l’ « âme humaine ». C’est une véritable prouesse psychologique, et je trouve encore une fois l’auteur très en avance sur son temps. Sa volonté était, semble-t-il, de créer un monologue qui eut pu être celui de tout homme se retrouvant dans pareille situation. C’est ce qu’il revendique en tout cas dans le préambule de cette sombre histoire. Et c’est pour moi un pari réussi, tant le désordre qui règne dans ces pensées est parfaitement retranscrit, tant on peut voir le tiraillement de cet homme qui jongle entre un sentiment de culpabilité profonde et la volonté de se justifier à tout prix. Encore une fois l’histoire est malheureuse, ses personnages le sont tout autant, mais le plaisir de cette lecture n’en est pas moins immense.

S’il ne s’agit certainement pas là de l’ouvrage le plus réussi de l’auteur à mes yeux, j’y vois une excellente démonstration de son style et de sa capacité à analyser la psychologie humaine. Il me reste encore un livre à lire pour ce mois, mais il est probable que celui-ci reste ma lecture préférée de janvier.

Est-ce que tu connais Dostoïevski ? Quel livre as-tu préféré de cet auteur ?

J’ai lu : La Vénus à la Fourrure, de Masoch

J’ai commencé mon #ObjectifCulture, dont je vous parlais en ce début d’année, par la lecture de La Vénus à la Fourrure. Je n’avais pas du tout anticipé ce choix. A vrai dire, la veille de la rédaction de cet article, je m’étais rendue à la médiathèque de ma ville. Depuis mon emménagement, il me suffit de marcher quelques mètres pour me retrouver le nez au milieu des bouquins, qui grouillent partout sur des dizaines et des dizaines d’étagères. Difficile de faire un choix, et celui-ci ne se fait que par hasard, par une attraction inexpliquée et qui, une semaine plus tard ou plus tôt, n’eut pas été la même. Ce jour là, je suis revenue avec une dizaine de livres sur les bras, et parmi eux, la Vénus à la Fourrure, de Masoch.
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Aux prémices du masochisme

Vous me trouverez sans doute bien naïve, voire inculte, ce que je suis sur bien des points d’ailleurs, mais je n’avais pas encore fait le rapprochement entre Leopold von Sacher-Masoch et la notion de masochisme. Il a fallut que je lise le préambule de cette pièce de théâtre pour faire enfin le lien, à ma grande surprise. Surprise oui, car je pensais le terme bien plus ancien – l’auteur étant né au XIXe siècle, et le dit roman, La Vénus à la fourrure, ne datant que de 1870 !

Cet auteur est injustement méconnu, à mon goût. Beaucoup d’entre vous auront sans doute déjà entendu parler du livre, mais peut-être sans même savoir qu’il s’agissait d’un livre, à l’origine. En effet, celui-ci a fait l’objet de maintes adaptations théâtrales et cinématographiques, la plus connue d’entre elle étant probablement celle de Roman Polanski, en 2013 (que je n’ai pas encore vue, à ma grande satisfaction, cela m’a permis de me plonger dans le livre sans images pré-créees, sans idée préconçue). Beaucoup, si ce n’est tout le monde, connaîtront la notion de masochisme, sans savoir vraiment d’où elle vient véritablement. Et bien je vous le donne en mille : elle vient dudit Leopold von Sacher-Masoch !

Le livre en quelques mots

La Vénus à la Fourrure, soyons clair, est un roman érotique. S’il ne m’a pas paru choquant, il faut avouer que certaines scènes sont relativement explicites, et que s’il ne s’agit que de dialogues dans le cadre d’une pièce de théâtre, les conversations des deux amants sont parfois relativement crues, pour l’époque du moins. Mais le tout est habilement mené, alimenté d’observations qui m’ont paru très poétiques, appuyées parfois sur des références à la mythologie romaine et à l’histoire qui se sont avérées passionnantes, d’envolées sentimentales qui éloignent ces scènes de toute vulgarité.

Le narrateur, Séverin, y raconte par le biais d’un manuscrit qu’il remet à son ami, son aventure avec Wanda von Dunajew. Après l’avoir convaincue de ses sentiments et lui avoir fait part, plus tard, de ses penchants sexuels quelque peu surprenants pour cette jeune veuve,  il signe un contrat avec elle établissant les bases, les règles de leur nouvelle relation, qui fait de lui un esclave au service de cette idole qui doit toujours être vêtue de fourrure lorsqu’elle lui fait du mal, symbole par excellence de la femme dominatrice (un passage du livre explique cet intérêt de la fourrure, lié à une représentation que l’auteur en a, et que je préfère vous laisser découvrir). De là se suivront bien des péripéties, des provocations,  la frontière s’estompe et les amants se perdent, s’abandonnent à ce jeu qui n’en est plus un et qui détruit le narrateur qui ne sait plus s’il y prend du plaisir ou s’il souffre démesurément.

La conclusion du récit me paraît on ne peut plus moderne, en ce qu’elle s’exprime ainsi :

« « C’est que la femme, telle que la nature l’a créée, et telle qu’elle attire l’homme actuellement, est son ennemie. Elle ne peut être pour lui qu’une esclave ou un tyran, jamais sa compagne. Elle ne pourra l’être que lorsqu’elle lui sera égale en droit et qu’elle vaudra par sa formation et son travail. Pour le moment nous n’avons qu’une alternative : être le marteau ou l’enclume d’une femme, comprends-tu ? »

Ce que cela nous apprend sur l’origine du masochisme

Le livre, emprunt d’une dimension autobiographique non dissimulée, offre une approche subtile de la notion et de ce qu’elle induit. Il offre une immersion dans la conscience du narrateur, troublé par des désirs qui se révèlent progressivement et qui entraînent la stupeur de celle qu’il aime – à sa façon – avant de la pousser elle-même à entrer dans ce jeu compliqué, douloureux, ambigu. L’auteur parvient à nous rendre ces désirs et les évènements qui en découlent compréhensibles, et à aborder le tout d’une manière délicate, poétique, et bien moins choquante qu’elle ne pourrait l’être, par conséquent. L’approche est très psychologique, avec des dimensions, parfois, à la limite du psychanalytique. A ma grande surprise, j’ai aimé ce livre qui m’a paru très riche à tous points de vue, et je n’hésiterais pas à le recommander à quiconque serait curieux d’en savoir davantage, et à tous ceux qui s’intéressent un peu aux différentes manières d’expérimenter les sentiments amoureux, le désir, la relation à l’autre.

Tu connaissais cet auteur ? Tu aimes ? Tu aurais envie de découvrir davantage ?

« Univers de la femme », où l’ancêtre des blogs lifestyle

Tout droit venu des sixties, voici un livre écrit par des femmes, adressé aux femmes… des années soixante. Cette encyclopédie des femmes a été offerte à ma grand-mère il y a des années, et elle a choisi de me le léguer cette année, parce que ce-dernier prenait la poussière sur une étagère depuis bien trop longtemps.

D’abord dubitative, et le feuilletant avant tout comme un objet de curiosité tout droit venu d’un autre siècle, j’ai été surprise de l’actualité de ce grand livre bleu à l’apparence démodée. Si sa couverture est clairement datée, si les photos de l’intérieur font rêver à un autre temps, une autre époque dont on admire encore les mini-robes et traits d’eye-liner très marqués, son contenu est terriblement moderne !

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Comme je le dis explicitement dans le titre, ce livre épais comme la bible n’a rien à envier aux blog lifestyle et autres magazines féminins d’aujourd’hui ! Me laissant berner par la date de publication de ce livre, soit 1965, je m’attendais à y voir des conseils très datés, cantonnant la femme, l’épouse, la mère, à ses rôles classiques de ménagère, et j’adoptais trop rapidement mon regard d’étudiante en histoire des femmes pour en disséquer les pages. Quelle surprise d’y voir, répartis dans des rubriques toutes plus d’actualité les unes que les autres, des conseils que je ne pouvais que décider de suivre !  Un véritable guide très détaillé et visant à l’exhaustivité pour évoluer pas à pas et se familiariser avec les nouvelles étapes qu’il nous faut franchir dans notre autonomisation progressive vis à vis du domicile familiale.

Ainsi trouve-ton des rubriques « beauté » dans lequel est même évoqué la pratique du yoga, mais aussi une rubrique intitulée « élégance » et qui rappellent nos actuelles rubriques « mode ». S’en suivent une centaine de pages sur la « Vie de couple », qui n’hésite pas à évoquer la vie sexuelle de se dernier, et qui est bien loin d’intimer à la femme  respect du mari et discrétion. Plus loin, des conseils pour les futures mères, sur le bon déroulement de la maternité, mais aussi, plus tard, des petits conseils pour vivre le plus sereinement possible mes mois (et les années ?) qui suivent l’accouchement. Enfin, des conseils pour la maison, des recettes de cuisine, un guide de « savoir-vivre moderne » qui s’avère être un véritable manuel de bonnes manières pour éviter les faux pas en société (avec des conseils si variés que l’on en trouve même pour nous expliquer comme bien se comporter dans le métro !), et même un « guide juridique et pratique » !

Un peu de tout en somme, et surtout, un peu de tout ce que l’on trouve dans nos blogs préférés ! Une découverte des plus surprenante, et qui trône désormais au sommet de ma bibliothèque, près à être sorti et consulté à tout moment.lifestyle-maternite-photo beauty-fashion-flower

Je ne cesse de prendre des notes, et je garde dans un coin de ma tête chacune de mes lectures. Un peu comme des conseils de grand-mère, ces conseils qui apparaissent comme un héritage, et que l’on garde bien soigneusement dans un coin de notre mémoire, les appliquant plus ou moins consciemment au quotidien, en y repensant parfois avec un tendre sourire.deco-vintage-home loisirs-vacances-lifestyle

Je réfléchis à la création d’une rubrique sur ce blog, dans laquelle je résumerais le plus habilement possible les conseils repérés dans ce livre et qui m’apparaissent utile pour tout un chacun(e?). Je crois que cela pourrait être amusant, et l’idée m’excite assez !

Seriez-vous intéressées par une telle rubrique ? N’hésitez pas à suggérer quelques idées à ce sujet, je suis preneuse et encore en pleine réflexion à propos de tout cela !

#Objectif Culture – Mes envies du mois de Janvier

Il y a quelques jours, je vous parlais de ma #Résolution n°1 pour 2016, celle de rencontrer davantage d’objets culturels chaque mois, car c’est un dimension de ma vie qui a bien manqué l’an passé. Je publierai donc chaque début de mois mes #Objectifs Cultures, et nous verrons ensemble à la fin de celui-ci, si j’ai respecté l’objectif ou non. Le tout s’accompagnant chaque fois d’un commentaire plus ou moins détaillé de l’oeuvre rencontrée. Sinon, ce n’est pas drôle !

Ainsi, en janvier, je partirai à la rencontre de :

CINEMA :

  • Janis, de Amy BERG
  • Carol, de Todd HAYNES
  • Demain, de Cyril DION et Mélanie LAURENT
  • Mistress America, de Noah BAUMBACH

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LIVRES :

  • La Douce, DOSTOIEVSKI
  • La Vénus à la Fourrure, L. Von SACHER-MASOCH
  • Yann Andréa Steiner, Marguerite DURAS
  • Journal d’un corps, Daniel PENNAC

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EXPOSITION :

  • Splendeurs et Misères, images de la prostitution, au Musée d’Orsay
  • Visages de l’effroi, Musée de la Vie Romantique

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SPECTACLE :

  • Roméo et Juliette, à la Comédie Française
  • Lucrèce Borgia, à la Comédie Française

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& toi, qu’as tu envie de voir pour commencer cette année en beauté ? Qu’as tu à me conseiller pour le mois prochain, à me dire concernant celles du mois de janvier ?

 

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »

Un voyage qui tombe à pic

Dans le cadre de mes études, me voilà expédiée dans la très jolie ville de Bordeaux pour y passer trois petits jours. A vrai dire, c’est surtout dans ses archives que j’ai été envoyée, mais j’ai bien l’intention de profiter des environs le reste du temps !

Bordeaux : une ville de premier choix

Ce qui tombe bien, c’est qu’une enquête a récemment été publiée, et beaucoup fait parlé, selon laquelle Bordeaux serait la première ville à laquelle pensent les parisiens désireux de quitter la capitale. Une capitale qui n’est plus ce qu’elle était, qui n’attire plus comme autrefois, il faut l’avouer.

Pourquoi un tel engouement pour une ville qui avait été jusque là relativement tue, pourquoi tant d’expatriés aiment à s’y retrouver ? C’est ce que j’aimerais découvrir pendant ces quelques jours passés là bas.

Un peu d’histoire

Bordeaux, Burdigala, née d’un petit village de forgerons gaulois, connaît son âge d’or au XVIIIe siècle. Ca tombe bien, c’est la période qui m’intéresse (concernant mes recherches en histoire, je ferai un court article là dessus un peu plus tard).

Cet âge d’or, la ville le connaît grâce au commerce du vin qu’elle pratique intensément, ainsi qu’au commerce triangulaire alors naissant, dans lequel elle s’inscrit, et qui fait d’elle le premier port de France. C’est probablement ce qui motive alors ces importants réaménagements qui feront de la ville celle que l’on connaît aujourd’hui, une cité moderne garnie de cours, et de bordés d’arbres venus remplacer les anciens remparts médiévaux. C’est surtout alors qu’est aménagé le fameux quartier des Chartons, où je loge durant ces 3 jours.

Les aménagements continuent aujourd’hui, avec d’importants travaux entamés depuis une vingtaine d’années et destinés à rendre la ville aux piétons, notamment grâce à l’installation de tout un réseau de transports en commun, dont le tramway en particulier.

 

Le Quartier des Chartons

Ce quartier, l’un des plus fameux de la ville, doit son nom au couvent des Chartreux fondé en 1381 pendant guerre de Cent Ans par des chartreux du Périgord venus s’y réfugier. Je ne crois pas que ce couvent existe encore aujourd’hui, ne serait-ce que son bâtiment, mais je serais ravie d’être détrompée à ce sujet !

De ce quartier, il faut aller voir les quais, progressivement aménagés et qui voient l’ouverture de boutiques, cafés, salons de thé de plus en plus nombreux. Ces quais étaient le cœur du négoce bordelais du vin jusque dans les années 1980, mais ils en ont perdu l’apanage aujourd’hui.

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Mon programme touristique

Il y a beaucoup de choses à voir à Bordeaux, à en juger par les conseils multiples que je rencontrai, sur les sites officiels ou sur les blogs des baroudeuses. J’ai noté quelques adresses, et deux-trois incontournables à tester durant mon séjour de trois jours. Ce déplacement étant motivé par mes études, je vais passer les deux tiers de mon temps aux Archives, mais rien n’empêche de profiter un peu de la ville durant mon temps livre sacrebleu ! Voici donc une petite liste esquissée rapidement de ce que j’aimerais voir avant mon départ :

  • Un détour par les quais des Chartons au coucher du soleil
  • Un passage par la base sous-marine, qui conduira à un petit aparté historique. La base accueille en ce moment l’exposition « Itinerrances » de Ferrante Ferranti, constituée de 150 photographies retraçant ses divers voyages à travers le monde. Prometteur !
  • Une matinée à glaner au marché des bouquinistes
  • Un restaurant local
  • Une promenade dans le non moins fameux jardin public
  • Un passage au marché Calixte Camelle avant le départ

Un bon programme pour peu de temps, alors :

EN ROUTE !

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