J’ai testé : être famille d’accueil pour animaux (et je recommencerai)

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Qu’est-ce qu’une famille d’accueil (ou FA) pour animaux ?

Il y a plusieurs possibilités. Deux surtout, qui sont assez différentes, supposent un investissement différent, et ont des conséquences variables.

La première, proposée notamment par la SPA, suppose l’accueil définitif de l’animal par la famille. On se rapproche de l’adoption, à ceci près que la SPA se charge des frais engendrés par l’arrivée d’un petit nouveau. Tous les animaux ne sont pas concernés ; on envoie dans les familles d’accueil ceux qui n’ont eu aucun succès à l’adoption et sont au refuge depuis trop longtemps, mais aussi ceux qui présentent un certain handicap ou une pathologie significative. La famille est chargée de prendre soin de l’animal qui échappe ainsi au refuge, mais celui-ci demeure la propriété de la SPA qui prend alors en charge les frais vétérinaires et les frais de nourriture.
C’est un bon compromis pour les familles désireuses d’accueillir une petite bête à la maison mais qui n’ont pas le budget nécessaire à ses soins. C’est aussi un beau geste à l’égard de l’animal qui sans cela aurait peu de chance de quitter sa cage. Il faut cependant être conscient des conséquences de cette décision. L’animal est généralement mal en point : handicap, maladie ou vieillesse, les perspectives d’avenir sont réduites et parfois difficiles et il est important d’y réfléchir avant de franchir le pas.

La seconde possibilité, que j’ai moi-même testée, est moins contraignante, mais tout aussi utile ! Elle est généralement proposée par des associations venant au secours des animaux et disposant de trop peu de places (voire aucune, toutes n’ayant pas de refuge à leur disposition) pour soigner leurs pensionnaires. Elles font alors appel à des familles bénévoles qui accueillent ces animaux quelques temps, en prennent soin jusqu’à ce qu’une famille se présente, prête à adopter ces boules de poils de manière définitive. En termes de frais, les possibilités varient d’une association à l’autre. Certaines demandent aux familles de prendre en charge la totalité des frais engendrés, d’autres prennent en charge les frais vétérinaires, d’autres encore en payent la totalité. Généralement, ces conditions sont précisées sur leurs sites, sinon, il ne faut surtout pas hésiter à demander. Les conséquences de ce type d’accueil sont naturellement différentes du cas de figure précédent, et je m’attarderai aujourd’hui davantage sur celles-ci. Continuer la lecture de J’ai testé : être famille d’accueil pour animaux (et je recommencerai)

J’ai quitté la maison : cet enfant qui résiste en moi.

Welcome home

Quitter la maison, j’y pensais depuis longtemps.

Depuis plusieurs années déjà, je m’abonnais régulièrement à différents types d’annonces sur les sites de recherches immobilières. Je faisais mes comptes, je mettais de côté. A la maison, je rêvais d’un ailleurs, où le rythme de vie serait dicté par mes seuls désirs, où les jours de ménages seraient fixés par mon emploi du temps (et ma bonne volonté), où je serais chez moi, libre de vivre à ma façon, de sortir, de rentrer, de mettre la musique à fond, ou d’exiger le silence absolu pour me consacrer à la lecture d’un bouquin que je refuse de lâcher avant sa fin. Bref, oui, quitter la maison, j’y pensais depuis longtemps.

Pourquoi si longtemps ? Pour des raisons financières et des raisons d’emploi du temps, d’abord. Ma vie d’étudiante en prépa ne me permettait pas de travailler à côté et donc l’argent se faisait souvent rare dans le porte-monnaie. La bi-licence qui a suivi n’était pas l’alternative idéale. Il a donc fallu attendre mon Master pour pouvoir, finalement, quitter le nid. J’ai trouvé un petit boulot, j’ai trouvé un bon plan, j’ai trouvé mon appartement. Mais le temps, l’argent, sont-ils vraiment les uniques raisons de cette interminable attente ? Je n’en suis pas si sûre, et j’en doute encore davantage maintenant que je suis seule chez moi et que je peux prendre le recul nécessaire pour repenser à tout cela.

Une décision qui n’a rien d’anodin.

Prendre son premier appartement semble marqué par l’excitation et la joie la plus vive. Emancipation tant attendue et besoin de liberté enfin assouvi, tout semble très facile si l’on met de côté les différentes démarches qui tendent à pourrir un peu les premiers mois qui précèdent, et qui suivent l’installation. Pourtant, cette étape est tout sauf anodine, et je crois qu’on tend à trop mettre de côté ce que cela implique pour les jeunes adultes que nous sommes alors. Moi qui suis très attachée aux symboles, et qui ai toujours eu un peu de mal à m’adapter au changement, je l’ai vécu de manière assez vive et inattendue.

Parce qu’il s’agit à mes yeux de devenir adultes. Quand nous en avons parlé avec ma mère, un peu plus tard, après avoir échangés quelques paroles nostalgiques, elle m’a dit à raison que c’était là l’aboutissement d’une éducation. A ses yeux, pendant une vingtaine d’années, elle a été là pour m’apprendre tout un tas de choses plus ou moins importantes pour se débrouiller dans la vie. Elle m’a transmis ses valeurs, a essayé de m’inculquer les bonnes manières, et de partager avec moi un certain nombres d’astuces pour vivre correctement. Une fois partie de la maison, il ne me reste plus qu’à mettre tout ça en application, et à me faire ma propre idée de la vie, garder ce qui me semble utile, mettre de côté le reste. Et devenir celle que je dois devenir. Je me rends compte aujourd’hui tout ce que je dois à mes parents, tout ce qu’ils m’ont légué. Quand j’ai décoré ce nouveau nid douillet, j’ai assurément été influencée par les goûts de ma maman. Quand je reçois des invités, j’applique ses conseils avisés. De même, quand je décide de m’accorder une pause, c’est la musique de mon papa que j’écoute suffisamment fort pour savourer pleinement toutes les nuances de ses morceaux préférés. Quand je fais la cuisine, c’est lui que j’appelle. Et c’est grâce à lui que je m’attache à manger le mieux possible, et à ne pas m’abonner aux boîtes de conserves et aux pâtes au ketchup.

Quitter l’endroit, mais surtout les personnes avec lesquelles on a grandi n’est pas si évident qu’on ne le pense. Et l’on s’en rend compte plus ou moins tard. Je crois que je ne me l’avouais pas les quelques années qui ont précédé mes démarches, mais ma réticence à prendre les choses en mains est très révélatrice de ce besoin de faire durer un peu les choses, encore. Le vrai déclic s’est fait lorsqu’il a fallu signer le bail. Nous étions tous venus à l’agence, ma famille, mon petit ami et moi. Autant vous dire qu’on nous a un peu regardés de travers quand nous sommes entrés. Et au moment de signer, je me suis dit « ça y est. C’est le moment ». Le moment ? Oui. Celui de quitter ma maman et de voler de mes propres ailes. Et ça n’a rien de facile, même si l’endroit que j’avais trouvé me plaisait plus que je n’aurais pu l’imaginer, même si mon petit ami était là pour veiller sur moi, ça n’était pas facile. Et les jours qui ont suivis on été alimentés par mille et une réflexions. Je n’arrivais à faire mes cartons, à vider ma chambre. Je ne l’ai pas vidée d’ailleurs. Je suis repartie de zéro, j’ai acheté tous mes meubles (ça m’a pris tout l’été. Ca demande du temps de dénicher les bonnes affaires! 😉 ). Et j’ai passé un mois et demi avant d’aller y passer ma première nuit. Et il m’a fallu presque 6 mois avant de passer une semaine entière sans retourner là bas, chez elles, ma chère soeur et ma petite mère.

Aujourd’hui je suis bien.

Le temps a passé, je me suis habituée à mon cocon que j’ai voulu douillet. J’y passe parfois des journées entières, et j’aime pouvoir être seule, vivre à mon rythme, traîner au lit des heures et des heures et me mettre au ménage à 22H, si l’envie me prend à ce moment là précis. Je suis bien, parce que j’ai toujours aimé ma solitude. Je suis bien, parce que je suis chez moi, que j’ai des livres dans tous les recoins, et mon ordi pour m’évader dans un bon film quand les romans ne suffisent plus. Je peux travailler tranquillement, et j’apprends à cuisiner doucement. Mais parfois, encore, j’éprouve ce besoin de retourner dans mon ancienne chambre, d’aller me faire câliner par ma maman, de raconter mes aventures à mon petit papa, de retrouver l’enfant qui vit toujours en moi. Et ça me plait comme ça.

(Très) mince, mais pas anorexique.

Love your body

« Elle a les bras si fins, quand elle te serre elle te ligote… »

Quand j’étais petite, une dizaine d’années environ, mes visites chez mon grand-père lui arrachaient toujours une grimace inquiète, et, plein de bienveillance, il m’apostrophait : « va falloir engraisser un peu tout ça hein ! », « Regardez ces petits bras ! Je vais te faire manger moi.. », « tu es si maigre… » et il me regardait les yeux rieurs mais le sourire inquiet. Ajoutez à cela une chevelure qui m’arrivait en haut des reins, et la coupe était pleine.

« …Elle veut être invisible, car elle se sent dans la marge, une rature en patte de mouche, toute illisible… »

Je ne vivais pas mal les commentaires de mon grand-père, je les savais emprunts de l’amour le plus sincère et son inquiétude n’en était qu’une preuve supplémentaire. Ce vieil homme si réservé et peu enclin aux démonstrations affectives avaient trouvé un moyen subtilement détourné de témoigner son affection. Malheureusement, ses réflexions venaient s’ajouter à la quantité d’autres remarques qui me poursuivaient jour après jour et venues d’un entourage qui était loin de m’être aussi proche que lui pouvait l’être. Les gens dans la rue me regardaient de travers, et mes professeurs de sport n’étaient pas avares de commentaires. J’avais une dizaine d’années, donc, l’âge où sa confiance en soi est vite ébranlée. L’avantage de cette silhouette toute en creux, c’est que je pouvais disparaître facilement. Aussi ai-je passé les années suivantes à me terrer dans un silence symptomatique, feuilletant ça et là des bouquins introuvables pour adopter le bon régime qui me ferait gonfler un peu. Sans formes, je n’étais pas désirable. Transparente. Pour couronner le tout, je me cachais derrière une frange trop longue et des pulls trop larges. Cette maigreur devint mon identité et j’arborais bien vite un squelette duquel je ne pouvais plus m’échapper.

« …C’est moi qui invite mets toi à table… »

Et puis j’ai fini par accepter une morphologie contre laquelle je ne pouvais rien et qui était une partie de moi. J’ai compris qu’il n’y avait pas de corps parfait et que la société était ainsi faite que peu importe la taille de ton pantalon, tes complexes trouveront toujours le moyen de s’appuyer sur un détail handicapant. J’ai peu parlé de celui qui m’a torturée pendant toutes ces années parce qu’il paraissait insensé, et, de fait, quand j’ai commencé à l’évoquer, les réactions se sont faites mitigées. Se plaindre d’un corps trop mince apparaît pour certain comme une aberration. Mais ce n’est pas ce corps qui m’encombre sinon les préjugés qui ne cessent de l’écraser de qualificatifs dégradants. Il ne se passe pas un repas sans que l’on jette un oeil à mon assiette. Si je mange trop peu on me croira superficielle et encline aux régimes. Si je mange beaucoup les réflexions jalouses fuseront de manière plus ou moins audible, quand on ne me soupçonnera pas de tout régurgiter une fois leurs yeux tournés.

J’aime mon corps quand il n’est pas passé à travers le filtre du regard des autres. Je m’y sens bien et j’ai appris à l’apprivoiser. Le yoga m’a beaucoup aidée dans cette démarche, comme j’en parlais il y a quelques temps dans un article consacré à cette pratique à elle seule très enrichissante. J’en prends soin et je le nourris correctement. Depuis que je fais un peu de sport, il s’est un peu épaissi, et je l’aime encore davantage pour cette raison. Je ne cherche pas à maigrir, je n’ai jamais voulu ressembler aux mannequins des podiums quoi que je leur trouve une certaine allure et que je les observe défiler avec un plaisir sincère, mais dénué de toute jalousie. J’accepte nos différences. Et je m’accepte enfin. Je suis mince, c’est un fait. Mais pas anorexique.

« …Et bouffe la vie fillette ! »

A une époque, j’ecoutais CETTE CHANSON DE SYRANO, dont sont tirées les paroles « titres », et qui me redonnait le sourire, j’y ai repensé ce soir a la redaction de cet article. Il y a bien eu une epoque ou ma chair sans relief etait due a un manque d’appetit causé par une forme de melancolie. Mais cette melancolie etait la consequence des regards critiques posés sur ma maigreur. Non, l’inverse.

Your body is a good place to be