Frida Kahlo racontée par Pierre Clavillier : une personnalité survolée.

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L’ouvrage est fidèle au genre dont il se réclame. Une biographie, rien de plus, rien de moins. L’auteur ne s’embarrasse pas de considérations psychologiques, il ne donne pas corps au personnage qu’il nous dévoile, et ce livre m’a donné l’impression quelque peu frustrante d’une énumération d’événements sans matière, visant à nous faire découvrir le vécu d’une artiste internationalement (re)connue de la manière la plus épurée possible.

C’est une introduction factuelle à la vie de Frida Kahlo pour ceux qui la connaîtraient peu – ce qui était mon cas avant cette lecture – mais qui ne permet pas un réel « attachement ». Après cette lecture, le sentiment d’en savoir toujours si peu concernant l’artiste, demeure. Son parcours est éclairé par ce travail assez approfondi de l’auteur, mais sa personnalité n’est que survolée et c’est un point que je regrette.

 L’écriture est simple, dépouillée de toute stylisation superflue. L’objet du livre est Frida Kahlo, le parcours de Frida Kahlo, et rien ne vient entraver l’objectif poursuivi par l’auteur de la faire découvrir au lecteur encore ignorant.

C’est donc une approche utile de l’artiste, mais qui sera vite oubliée. J’ai découvert Frida Kahlo dans ses grandes lignes, j’aimerais désormais l’approcher autrement, plus profondément, découvrir sa psychologie, ses discours, ses relations. Sa conception de l’art, de la vie, de la politique. Aller au delà des faits, m’attarder sur le reste, assez négligé par Pierre Clavillier.

Si tu as des livres à me recommander sur ce sujet, n’hésite pas, partage les !

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Sagan se fait « Toxique » : un avis mitigé.

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Sur l’une des étagères de la bibliothèque, j’ai fini, indécise, par m’attarder sur ce grand livre bleu, épuré, mystérieux. Je ne l’ai même pas ouvert. J’ai lu en diagonale la quatrième de couverture, je connaissais vaguement Sagan depuis que j’en avais lu le premier roman, ici il s’agissait d’une sorte de journal tenu par l’écrivain lors de son séjour dans une clinique spécialisée. Suite à un accident de voiture, elle s’est vue prescrire de la morphine, prise quotidiennement, jusqu’à en devenir « intoxiquée ». L’idée m’intéresse, je suis emballée, je prends.

L’intérêt clinique

Récit d’une lutte contre la dépendance, récit de ces journées trop longues, de ce besoin physique beaucoup trop douloureux. Des notes éparses, des feuilles blanches. J’ai toujours été assez attirée par cet univers. Longtemps je me suis intéressée à l’internement, à son histoire, à ce qui fut longtemps considéré comme une folie, à ce qui l’est toujours, à ce qui ne l’est plus. J’avais un intérêt marqué pour les manifestations de la dépression, leur traitement, leur vanité. J’ai pensé retrouver cela dans ce bouquin. De manière particulière, puisqu’il me permettait d’entrer dans la tête d’une personne qui le vivait, qui l’écrivait au quotidien. Saisissant.

J’ai retrouvé l’écriture de Françoise Sagan. Sa légèreté un peu grave parfois. Son besoin de sortir, de faire la fête, d’oublier. Et j’ai aimé lire son désespoir, enfermée dans un petit espace aseptisé où les horaires étaient trop réguliers, les gens trop lents, la vie trop vide. J’ai partagé ses craintes, sa mélancolie parfois. Son impression de servilité, la peur que tout cela ne s’arrête jamais. La peur de s’y perdre. L’angoisse de la sortie, ou de l’impossibilité d’une quelconque issue. J’ai aimé Sagan. Mais.

Un livre illustré.

Toxique-illustration-stockJ’ai trouvé le livre trop chargé. J’ai trouvé que les illustrations, proposées par Bernard Buffet, desservaient totalement le texte. Ils l’écrasaient, le réduisaient à quelques lignes qui se noyaient sous des coups de crayons un peu grossiers, et m’ont rendu la lecture malaisée.

J’étais sans cesse distraite par ces corps nus à chaque page répétés, j’ai trouvé qu’ils n’apportaient pas grand chose au livre. Je suis pourtant une grande adepte du dessin, j’aime beaucoup l’illustration, mais je crois que pour ce type de livre, il ne doit pas se faire si envahissant. Et surtout, je n’ai pas été convaincue par ses propositions. C’est dommage, car l’idée était bonne, et m’avais d’abord séduite.

J’en garde malgré tout un assez bon souvenir, c’était une expérience intéressante, et le livre est si court que tu peux le lire en un jour.. Pourquoi ne pas se laisser tenter ?

Pourquoi est-il si difficile de dire je t’aime ?

Les mots buttent contre les lèvres et s’étouffent dans un soupir timide. Pourquoi m’est-il si difficile de dire je t’aime ? Je crois n’avoir jamais dit à mes parents que je les aimais, pas depuis que j’ai arrêté de leur offrir des dessins pour leurs anniversaires. J’y pense, parfois ce désir de parler m’envahit mais finit par mourir dans un silence.

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J’aime les longues promenades de ces débuts d’automnes, sous le soleil rougeoyant et les arbres se dénudant. J’aime les pièces parsemés de livres, comme autant de promesses d’évasion à la portée de mes doigts. J’aime cet auteur, Delphine de Vigan, Modiano, Beauvoir, Dostoïevski, Hugo, Laclos. J’aime quand les murs de leurs maisons sont colorés. Quand elles sont encore pleines de boîtes en carton. J’aime le bruit de mon crayon sur le papier Canson, ce sentiment de toute puissance dans l’acte de création. Le crépitement de la cheminée à la fin d’une soirée à peine arrosée, l’odeur des pages de vieux livres dénichés sur les étagères d’une librairie d’occasion. J’aime ce film, cette chanson, son regard de petit garçon. J’aime les voyages, j’aime rester à la maison.

Mais je t’aime ? Je t’aime dans un regard, je t’aime par un cadeau qui veut dire que je te connais bien, que je t’écoute, que je tiens à toi. Je t’aime d’une caresse malhabile, d’une étreinte maladroite. Mais les mots m’échappent. Il arrive des moments d’attendrissement profonds, où je les regarde avec tendresse, où l’envie me prend de leur dire de but en blanc. « Je t’aime papa », « je t’aime maman ». Ma soeur n’a jamais entendu ces mots, ces gros mots. Ils sont porteurs d’une gravité qui effraie. Quand je veux leur dire j’ai l’impression qu’ils vont se briser. Ils sonnent comme des aveux de la dernière heure. Ils me font peur.

Je les aime en silence, espérant de tout mon coeur qu’ils entendent ce que je ne dis pas, multipliant les gestes venant prouver ce qui ne s’énonce pas.

« Je t’aime maman. Je t’aime papa. »

Modiano me dévoile Paris : Accident nocturne

On ne présente plus Modiano depuis qu’il a été récompensé par le Prix Nobel de littérature en 2014. Je ne l’avais découvert que peu de temps auparavant d’ailleurs, avec le livre Des inconnues, qui me faisait de l’oeil depuis un moment dans la bibliothèque maternelle. J’avais beaucoup aimé cette écriture simple mais efficace, et si belle, si poétique. C’est une époque où je pestais contre cette sorte de « prétention littéraire », et Modiano offrait une alternative délicieuse. J’ai donc aimé cet auteur dès le départ. Cette semaine, c’est avec un autre roman que je suis partie à sa rencontre, Accident nocturne, qui n’est pas le plus connu non plus, mais qui mériterait de l’être davantage, tant il me paraît abouti.

De quoi me parles-tu cette fois, Modiano ?

Le roman s’ouvre sur un accident. Aucune surprise aux vues du titre de l’ouvrage donc. L’auteur donne le ton. Traversant la place des Pyramides, une nuit que ses pensées vagabondaient bien loin de cette route déserte, le narrateur se fait renverser par une voiture, dont sortira quelques instant plus tard une jeune femme elle-même titubante. Tombant dans un état de demi-conscience, sous le choc, l’accidenté se laisse balader d’un lieu à l’autre, ne comprenant que peu ce qui lui arrive, et nous laissant nous aussi dans le mystère le plus total. Quelques jours plus tard, il se réveille à l’hôpital où il a été transporté dans son sommeil, sa jambe paralysée par des bandages, la mémoire vacillante. Il retrouve à l’accueil un homme qui était lui-même présent lors de l’accident, impressionnant, qui lui fait signer un procès-verbal, et lui remet une enveloppe pleine de billets, avant de disparaître. De la femme qui l’a renversée, aucun signe, simplement un nom, consigné sur ce procès verbal, et la description de sa voiture, une fiat, couleur « verre d’eau ». Le mystère s’épaissit, le jeune homme est perplexe. Une fois ses esprits retrouvés, il se montre bien décidé à retrouver cette femme (ce couple ?), à lui rendre cet argent qu’il n’a pas voulu, et à éclaircir cette situation. Mais tous deux se sont volatilisés, et le narrateur paraît courir après un fantôme. S’en suit un long parcours parisien qui, plutôt que de témoigner d’une avancée progressive, se fait bien vite retour aux origines. Cet accident et le choc qu’il a causé au narrateur marque un point de rupture dans cette existence qu’il voit désormais comme aveugle. Il y a un avant, et un après. Nous sommes à ce moment en pleine transition, dans un va et vient entre le passé et le présent qui nous plonge au fin fond des interrogations d’un narrateur qui se perd pour mieux se retrouver.

Une géographie du souvenir

Fidèle à lui-même, Modiano nous balade à nouveau dans les rues de Paris, ce Paris qu’il évoquait déjà dans Des inconnus, et que je crois récurrent dans ces récits multiples aux titres bien souvent évocateurs. (Pourquoi l’avoir à ce point oublié en novembre dernier ?) A sa sortie de l’hôpital, le jeune homme, un peu sonné, se met à marcher, sans but. Petit à petit, son objectif se dessine : retrouver cette blonde au manteau de fourrure qui l’a renversé cette nuit là, place des Pyramides. Mais le mystère qui entoure la jeune femme le conduira bien loin, dans une marche sans fin qui ramène à lui des souvenirs enfouis. A chaque coin de rue, l’auteur se souvient. De vieilles anecdotes resurgissent, des accidents similaires, des incompréhensions, des visages oubliés. Ce passé s’avère tout aussi mystérieux que peut l’être le présent, et cherchant à résoudre ce dernier, il soigne les plaies du premier. Au delà de Paris, ce narrateur sans identité quitte la capitale, il revient en pensée sur les différents lieux de son enfance, multiples, les déménagements s’étant enchaînés années après années. Il revoit son père, café après café, ne vivant jamais au même endroit, et disparaissant un beau jour dans cette banlieue qu’on n’évoquera pas. Le loin. L’obscur. Je vois dans ces parcours une forme de labyrinthe psychologique, et je suis séduite par cette entreprise littéraire.

Psychanalyse empirique

Cette géographie mémorielle m’amène à voir dans cette progressive réminiscence une forme de psychanalyse expérimentale. Un « docteur » croisé dans un café ne s’épanche-t-il pas lui même sur le sujet ? Si le narrateur ne comprend pas ses propos et ne les partage pas, il les pratique. Cet accident, décisif, le sort de sa torpeur. S’il avoue lui-même avoir roulé jusqu’à ce jour, dans un équilibre précaire, fixant la route pour ne pas s’effondrer et ne regardant jamais dans le rétro, ce refus du passé est terminé. Ce soir-là, quelque chose s’est brisé, et petit à petit, c’est toute une enfance oubliée et incomprise qui ressurgit. S’attachant à des détails infimes, le narrateur remonte le fil du temps, voit renaître des images, reconstitue ce puzzle qui lui permet de mieux saisir le présent. Ce livre est finalement le récit de ces allez-retour dans le temps, qui lui permettront, à terme, de pouvoir enfin regarder vers l’avenir.

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Malgré les apparences, je ne spoile rien ici, je ne dessine qu’une trame, et offre une interprétation qui ne regarde que moi, mais qui justifie ce plaisir que j’ai pris à la lecture de ce livre.

L’intéressant reste le récit lui-même, la manière dont le narrateur se raconte, au fur et à mesure qu’il se découvre.

C’est son chemin, son parcours, physique et mental.

Je vous le conseille. Comme tous les livres de Modiano.

# 29 jours de gratitude – Jour 9 – Mes lectures

Peut-être le plus facile des thèmes proposés pour ces 29 jours de gratitude, puisqu’il concerne l’une de mes plus vives préoccupations du moment, et que vous aurez probablement pu constater par vous-même mon regain d’intérêt pour ce vaste monde littéraire depuis quelques temps…

MES LECTURES

Je crois que ma reconnaissance la plus vive ne peut être adressée à autre chose qu’à ce milieu de la littérature, à ces livres qui peuplent mes étagères et celles de toutes ces bibliothèques auxquelles je ne cesse de m’inscrire, et où je retourne chaque mois, chaque semaine parfois, m’isoler pour une durée indéterminée au milieu de toutes ces pages plus ou moins poussiéreuses, abritant un ensemble de destins se croisant tous au carrefour de mes mains avides de nouvelles découvertes.

Les livres ont été pendant longtemps mon unique refuge, et je me suis très tôt passionnée, pour l’objet lui-même d’abord, et pour l’univers qu’il abritait ensuite. Apprendre à lire a été mon plus heureux soulagement, et l’ouverture à cette voie infinie, peuplée de romans en tous genres, de biographies, de poèmes et pièces de théâtres, de témoignages parfois, souvent. Je me souviens de mon enfance comme d’une succession de bouquins, péniblement délaissés au moment de passer à table ou d’aller me coucher. Me coucher d’ailleurs, parfois, s’avérait inconcevable, et dès que j’en ai eu l’âge, j’ai parfois veillé jusqu’au milieu de la nuit pour achever un livre qui me captivait tant qu’il était pour moi impossible de m’en détacher avant d’en avoir vu le bout. Et quelle déception, une fois la dernière page, la dernière ligne lue, quand il ne nous reste plus rien que toutes ces images et paroles s’entrechoquant dans nos mémoires à vif.

J’ai trouvé dans ce monde des lettres, dans la lecture mais aussi dans l’écriture, une réponse à mes tourments, qu’ils aient été passagers ou non. Les philosophes étaient des professeurs à ma disposition, ces écrivains de toutes époques et aux styles extrêmement variés, des milliers d’amis me racontant leurs histoires. Je suis restée suspendue à leur plume des centaines de fois. Et après un passage à vide qui m’a fendu le coeur pendant plusieurs années, c’est avec un plaisir non feint que je me délecte à nouveau de cet amour délicieux pour eux. Je ne sors plus sans un bouquin calé au fond de mon sac, et plutôt que de m’effondrer sur les sièges des métros, les écouteurs enfoncés dans mes oreilles et l’air morose, je me plais à sortir à tout moment ce petit trésor sans arrêt renouvelé, pour en savourer le récit en me laissant bercer par un train trop rapide.

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »