J’ai lu : La Vénus à la Fourrure, de Masoch

J’ai commencé mon #ObjectifCulture, dont je vous parlais en ce début d’année, par la lecture de La Vénus à la Fourrure. Je n’avais pas du tout anticipé ce choix. A vrai dire, la veille de la rédaction de cet article, je m’étais rendue à la médiathèque de ma ville. Depuis mon emménagement, il me suffit de marcher quelques mètres pour me retrouver le nez au milieu des bouquins, qui grouillent partout sur des dizaines et des dizaines d’étagères. Difficile de faire un choix, et celui-ci ne se fait que par hasard, par une attraction inexpliquée et qui, une semaine plus tard ou plus tôt, n’eut pas été la même. Ce jour là, je suis revenue avec une dizaine de livres sur les bras, et parmi eux, la Vénus à la Fourrure, de Masoch.
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Aux prémices du masochisme

Vous me trouverez sans doute bien naïve, voire inculte, ce que je suis sur bien des points d’ailleurs, mais je n’avais pas encore fait le rapprochement entre Leopold von Sacher-Masoch et la notion de masochisme. Il a fallut que je lise le préambule de cette pièce de théâtre pour faire enfin le lien, à ma grande surprise. Surprise oui, car je pensais le terme bien plus ancien – l’auteur étant né au XIXe siècle, et le dit roman, La Vénus à la fourrure, ne datant que de 1870 !

Cet auteur est injustement méconnu, à mon goût. Beaucoup d’entre vous auront sans doute déjà entendu parler du livre, mais peut-être sans même savoir qu’il s’agissait d’un livre, à l’origine. En effet, celui-ci a fait l’objet de maintes adaptations théâtrales et cinématographiques, la plus connue d’entre elle étant probablement celle de Roman Polanski, en 2013 (que je n’ai pas encore vue, à ma grande satisfaction, cela m’a permis de me plonger dans le livre sans images pré-créees, sans idée préconçue). Beaucoup, si ce n’est tout le monde, connaîtront la notion de masochisme, sans savoir vraiment d’où elle vient véritablement. Et bien je vous le donne en mille : elle vient dudit Leopold von Sacher-Masoch !

Le livre en quelques mots

La Vénus à la Fourrure, soyons clair, est un roman érotique. S’il ne m’a pas paru choquant, il faut avouer que certaines scènes sont relativement explicites, et que s’il ne s’agit que de dialogues dans le cadre d’une pièce de théâtre, les conversations des deux amants sont parfois relativement crues, pour l’époque du moins. Mais le tout est habilement mené, alimenté d’observations qui m’ont paru très poétiques, appuyées parfois sur des références à la mythologie romaine et à l’histoire qui se sont avérées passionnantes, d’envolées sentimentales qui éloignent ces scènes de toute vulgarité.

Le narrateur, Séverin, y raconte par le biais d’un manuscrit qu’il remet à son ami, son aventure avec Wanda von Dunajew. Après l’avoir convaincue de ses sentiments et lui avoir fait part, plus tard, de ses penchants sexuels quelque peu surprenants pour cette jeune veuve,  il signe un contrat avec elle établissant les bases, les règles de leur nouvelle relation, qui fait de lui un esclave au service de cette idole qui doit toujours être vêtue de fourrure lorsqu’elle lui fait du mal, symbole par excellence de la femme dominatrice (un passage du livre explique cet intérêt de la fourrure, lié à une représentation que l’auteur en a, et que je préfère vous laisser découvrir). De là se suivront bien des péripéties, des provocations,  la frontière s’estompe et les amants se perdent, s’abandonnent à ce jeu qui n’en est plus un et qui détruit le narrateur qui ne sait plus s’il y prend du plaisir ou s’il souffre démesurément.

La conclusion du récit me paraît on ne peut plus moderne, en ce qu’elle s’exprime ainsi :

« « C’est que la femme, telle que la nature l’a créée, et telle qu’elle attire l’homme actuellement, est son ennemie. Elle ne peut être pour lui qu’une esclave ou un tyran, jamais sa compagne. Elle ne pourra l’être que lorsqu’elle lui sera égale en droit et qu’elle vaudra par sa formation et son travail. Pour le moment nous n’avons qu’une alternative : être le marteau ou l’enclume d’une femme, comprends-tu ? »

Ce que cela nous apprend sur l’origine du masochisme

Le livre, emprunt d’une dimension autobiographique non dissimulée, offre une approche subtile de la notion et de ce qu’elle induit. Il offre une immersion dans la conscience du narrateur, troublé par des désirs qui se révèlent progressivement et qui entraînent la stupeur de celle qu’il aime – à sa façon – avant de la pousser elle-même à entrer dans ce jeu compliqué, douloureux, ambigu. L’auteur parvient à nous rendre ces désirs et les évènements qui en découlent compréhensibles, et à aborder le tout d’une manière délicate, poétique, et bien moins choquante qu’elle ne pourrait l’être, par conséquent. L’approche est très psychologique, avec des dimensions, parfois, à la limite du psychanalytique. A ma grande surprise, j’ai aimé ce livre qui m’a paru très riche à tous points de vue, et je n’hésiterais pas à le recommander à quiconque serait curieux d’en savoir davantage, et à tous ceux qui s’intéressent un peu aux différentes manières d’expérimenter les sentiments amoureux, le désir, la relation à l’autre.

Tu connaissais cet auteur ? Tu aimes ? Tu aurais envie de découvrir davantage ?

« Univers de la femme », où l’ancêtre des blogs lifestyle

Tout droit venu des sixties, voici un livre écrit par des femmes, adressé aux femmes… des années soixante. Cette encyclopédie des femmes a été offerte à ma grand-mère il y a des années, et elle a choisi de me le léguer cette année, parce que ce-dernier prenait la poussière sur une étagère depuis bien trop longtemps.

D’abord dubitative, et le feuilletant avant tout comme un objet de curiosité tout droit venu d’un autre siècle, j’ai été surprise de l’actualité de ce grand livre bleu à l’apparence démodée. Si sa couverture est clairement datée, si les photos de l’intérieur font rêver à un autre temps, une autre époque dont on admire encore les mini-robes et traits d’eye-liner très marqués, son contenu est terriblement moderne !

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Comme je le dis explicitement dans le titre, ce livre épais comme la bible n’a rien à envier aux blog lifestyle et autres magazines féminins d’aujourd’hui ! Me laissant berner par la date de publication de ce livre, soit 1965, je m’attendais à y voir des conseils très datés, cantonnant la femme, l’épouse, la mère, à ses rôles classiques de ménagère, et j’adoptais trop rapidement mon regard d’étudiante en histoire des femmes pour en disséquer les pages. Quelle surprise d’y voir, répartis dans des rubriques toutes plus d’actualité les unes que les autres, des conseils que je ne pouvais que décider de suivre !  Un véritable guide très détaillé et visant à l’exhaustivité pour évoluer pas à pas et se familiariser avec les nouvelles étapes qu’il nous faut franchir dans notre autonomisation progressive vis à vis du domicile familiale.

Ainsi trouve-ton des rubriques « beauté » dans lequel est même évoqué la pratique du yoga, mais aussi une rubrique intitulée « élégance » et qui rappellent nos actuelles rubriques « mode ». S’en suivent une centaine de pages sur la « Vie de couple », qui n’hésite pas à évoquer la vie sexuelle de se dernier, et qui est bien loin d’intimer à la femme  respect du mari et discrétion. Plus loin, des conseils pour les futures mères, sur le bon déroulement de la maternité, mais aussi, plus tard, des petits conseils pour vivre le plus sereinement possible mes mois (et les années ?) qui suivent l’accouchement. Enfin, des conseils pour la maison, des recettes de cuisine, un guide de « savoir-vivre moderne » qui s’avère être un véritable manuel de bonnes manières pour éviter les faux pas en société (avec des conseils si variés que l’on en trouve même pour nous expliquer comme bien se comporter dans le métro !), et même un « guide juridique et pratique » !

Un peu de tout en somme, et surtout, un peu de tout ce que l’on trouve dans nos blogs préférés ! Une découverte des plus surprenante, et qui trône désormais au sommet de ma bibliothèque, près à être sorti et consulté à tout moment.lifestyle-maternite-photo beauty-fashion-flower

Je ne cesse de prendre des notes, et je garde dans un coin de ma tête chacune de mes lectures. Un peu comme des conseils de grand-mère, ces conseils qui apparaissent comme un héritage, et que l’on garde bien soigneusement dans un coin de notre mémoire, les appliquant plus ou moins consciemment au quotidien, en y repensant parfois avec un tendre sourire.deco-vintage-home loisirs-vacances-lifestyle

Je réfléchis à la création d’une rubrique sur ce blog, dans laquelle je résumerais le plus habilement possible les conseils repérés dans ce livre et qui m’apparaissent utile pour tout un chacun(e?). Je crois que cela pourrait être amusant, et l’idée m’excite assez !

Seriez-vous intéressées par une telle rubrique ? N’hésitez pas à suggérer quelques idées à ce sujet, je suis preneuse et encore en pleine réflexion à propos de tout cela !

#Objectif Culture – Mes envies du mois de Janvier

Il y a quelques jours, je vous parlais de ma #Résolution n°1 pour 2016, celle de rencontrer davantage d’objets culturels chaque mois, car c’est un dimension de ma vie qui a bien manqué l’an passé. Je publierai donc chaque début de mois mes #Objectifs Cultures, et nous verrons ensemble à la fin de celui-ci, si j’ai respecté l’objectif ou non. Le tout s’accompagnant chaque fois d’un commentaire plus ou moins détaillé de l’oeuvre rencontrée. Sinon, ce n’est pas drôle !

Ainsi, en janvier, je partirai à la rencontre de :

CINEMA :

  • Janis, de Amy BERG
  • Carol, de Todd HAYNES
  • Demain, de Cyril DION et Mélanie LAURENT
  • Mistress America, de Noah BAUMBACH

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LIVRES :

  • La Douce, DOSTOIEVSKI
  • La Vénus à la Fourrure, L. Von SACHER-MASOCH
  • Yann Andréa Steiner, Marguerite DURAS
  • Journal d’un corps, Daniel PENNAC

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EXPOSITION :

  • Splendeurs et Misères, images de la prostitution, au Musée d’Orsay
  • Visages de l’effroi, Musée de la Vie Romantique

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SPECTACLE :

  • Roméo et Juliette, à la Comédie Française
  • Lucrèce Borgia, à la Comédie Française

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& toi, qu’as tu envie de voir pour commencer cette année en beauté ? Qu’as tu à me conseiller pour le mois prochain, à me dire concernant celles du mois de janvier ?

 

Résolution 2016 N°1 : « Bouffer la culture »

« Aller se confronter à plus intelligent que soi, à plus bizarre que soi, à plus torturé que soi, à plus imaginatif que soi, ça te grandit ! Il n’y a vraiment que ça. Si tu n’aimes pas beaucoup ton travail, si tu n’as pas vraiment quelqu’un que tu aimes dans ta vie pour l’instant ou si tu as quelqu’un que tu aimes mais que ça fait longtemps et que… Enfin je ne sais pas, mais la culture reste LA stimulation primordiale… Il me semble… »

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Ceux qui connaissent Solange auront compris la référence. Aux autres, je ne peux que conseiller le passage par cette chaîne youtube absolument fantastique, dont je parlais déjà il y a un an de ça. Sinon, je peux aussi résumer les idées que suggère cette expression qu’elle emploie au mois de janvier 2015 de « Bouffer la culture ».

Elle – comme moi – habite à Paris depuis pas mal d’années. Paris, que l’on aime à voir – entre autres – comme une ville de culture, de musées, de théâtre, de sorties en tout genre. Paris a cet avantage de proposer une exposition à chaque coin de rue, des réductions pour les étudiants dont je fais partie, et mille et unes portes ouvertes sur un monde d’art et de culture. Et pourtant. Pourtant « le quotidien m’a tuer ». Je ne fais pas les musées, ou si rarement, je ne connais pas ma ville, je n’en admire pas l’architecture, je ne m’y intéresse pas. Je ne lis plus depuis que j’ai commencé mes études en prépa puis à la Fac, par manque de temps me plais-je à dire. Mais le temps est un faux prétexte, le temps est toujours un faux prétexte. Je suis allée deux fois à l’opéra, et guère plus au théâtre.

Le cinéma est le seul épargné dans tout cela, puisque depuis mon emménagement, je n’ai plus qu’à sortir de chez moi et faire quelques pas avant de me retrouver le nez devant l’écran.

Le constat qui nous est commun est cette sensation de stagner. Longtemps nourries par une multitude d’influences et de rencontres, qui nous inspiraient toujours un peu plus et nous aidaient à évoluer dans nos démarches personnelles, nous sommes depuis quelques temps en arrêt. Occupées par autre chose – l’envie de réussir dans mes études à tout prix de peur de tout rater, en l’occurrence – nous en avons oublié d’apprécier la nouveauté de ces démarches artistiques, nous en avons oublié le plaisir de nous plonger dans un roman, dans un univers, nous avons oublié la surprise, l’étonnement, le choc que peut provoquer un tableau, une performance artistique, un monologue théâtral. Et finalement, cette mise à l’écart me fait me sentir terriblement vide.

Du coup, Solange, il y a un an, s’est lancé un défi. Défi que je reprends aujourd’hui, que je relève à mon tour, en ce début d’année 2016. Pour me pousser à renouer avec le monde des lettres et des arts, pour me pousser à sortir, observer, aimer, détester, critiquer, applaudir. Un défi dont je rendrai compte mensuellement sur cette page, pour le plaisir de partager, mais aussi comme motivation à remplir ces objectifs. Je me lance un défi culture qui consistera à partir chaque mois à la rencontre de :

  • 4 FILMS AU CINEMA
  • 3 LIVRES
  • 2 EXPOSITIONS
  • 1 SPECTACLE

 « J’ai envie que ce soit contagieux, et que toi aussi tu te bouges les fesses pour manger de la culture, parce que y’a que ça qui te reste si jamais tu es pris en otage, un jour, tu auras ça dans ta tête qui te restera, que personne pourra t’enlever. Tu pourras peut-être plus te laver, tu pourras peut-être plus voir, tu pourras peut-être plus bouger, mais tu auras toutes ces choses que tu te seras mises dans le cerveau (…) Ca te construit à l’intérieur, c’est les circuits, c’est ta chair, c’est tes cellules, c’est ta personnalité, c’est ton âme. Tu te transformes et tu te bonifies et tu t’interroges et tu te remets en question, et ça c’est ta force. »

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& toi, quelles sont tes résolutions pour 2016 ?
Tu as prévu de te culturer un peu, toi aussi ? Comment fais-tu pour ne pas te laisser aller à l’inertie culturelle ?

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »

La République Bobo

La République Bobo.

L’esthétique du livre devrait suffire à vous interpeler, vous poussez à le glisser au fond de votre sac avant de l’exposer dans votre bibliothèque, ou, comme moi, bien en évidence sur votre table de chevet. Une sorte de couverture en papier recyclé, dont la simplicité fait toute l’originalité, en fait.

Il ne s’agit pas là uniquement d’une découverte déco, mais bien d’un coup de cœur littéraire, que je dois aux auteurs Laure Watrin et Thomas Legrand, bobo « assumés » disent-ils, et tous deux journalistes. Ils se revendiquent bobo – fait rare mais avéré – sans bien savoir tout compte fait à quoi rapporte concrètement cette appellation aujourd’hui le plus souvent insultante.

C’est justement autour de cette incertitude que vont jongler les deux journalistes, pour essayer d’en préciser les contours, ce qui les conduit à prendre la défense du bobo, aussi caricatural soit-il.

« Tout le monde en parle, tout le monde les déteste, personne ne sait vraiment qui ils sont. »
Voilà qui résumerait fort bien l’état actuel des choses.

bobos - sans bourgeois

L’omniprésence du terme rend son analyse percutante, elle a attisé ma curiosité, je me suis plongée dedans et ne m’en suis toujours pas retiré. Watrin & Thomas tentent d’exposer une analyse un peu plus poussée d’un phénomène sans cesse ressassé, d’un mot moult et moult fois utilisé, dans des contextes bien différents et parfois même antagonistes. Quelle réalité se cache derrière cette appellation somme toute ridicule ? En explorant le thème, les auteurs renversent le phénomène, au delà du caractère insultant du dénominatif, ils y démêlent le positif.

Difficile de caractérisé le genre du bouquin. On y décèle une tendance sociologique sans en approfondir la méthode, une influence journalistique mais qui échappe à ses apories actuelles. Dans cette quête, ils s’appuient sur des analyses plus ou moins récentes déjà entamées, des interviews, des études géographiques, urbanistes, historiques, sociologiques, politiques, ils analysent les discours, tentant de démêler, dans tout ça, une quelconque « réalité bobo ».

Le bobo c’est qui, c’est quoi ? Le bobo, c’est la contradiction disent-il, avant tout. Entre individualisme, égocentrisme et ouverture sur les autres, sur le monde, le bobo agace parce qu’il serait « hypocrite ». Et c’est autour de son ambivalence que naviguent nos auteurs, en quête d’une vérité qu’ils auront bien du mal à déterminer, tant ce que le bobo désigne varie d’un individu à l’autre, de la gauche à la droit, de la campagne à la ville, et entre les bobos eux-mêmes. La République bobo, ça nous plait, parce que ça nous concerne un peu, ça nous touche de près ou de loin. La bobo c’est toi, c’est moi, et dans le pire des cas, c’est ton voisin.

On aurait presque envie de se revendiquer bobo à la fin de cette lecture, très agréable au passage parce que rédigée en toute simplicité, avec une note d’humour, d’ironie, ça et là, mais une rigueur malgré tout rassurante.

Cette découverte, je la dois à la sublime Solange, de la chaîne Solangeteparle, que je présenterai dans un prochain article parce que, ici encore, elle en vaut le détour. Et je lui laisse donc le mot de la fin avec plaisir :

« JE SUIS BOBO ET JE VOUS EMMERDE. »