Frida Kahlo racontée par Pierre Clavillier : une personnalité survolée.

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L’ouvrage est fidèle au genre dont il se réclame. Une biographie, rien de plus, rien de moins. L’auteur ne s’embarrasse pas de considérations psychologiques, il ne donne pas corps au personnage qu’il nous dévoile, et ce livre m’a donné l’impression quelque peu frustrante d’une énumération d’événements sans matière, visant à nous faire découvrir le vécu d’une artiste internationalement (re)connue de la manière la plus épurée possible.

C’est une introduction factuelle à la vie de Frida Kahlo pour ceux qui la connaîtraient peu – ce qui était mon cas avant cette lecture – mais qui ne permet pas un réel « attachement ». Après cette lecture, le sentiment d’en savoir toujours si peu concernant l’artiste, demeure. Son parcours est éclairé par ce travail assez approfondi de l’auteur, mais sa personnalité n’est que survolée et c’est un point que je regrette.

 L’écriture est simple, dépouillée de toute stylisation superflue. L’objet du livre est Frida Kahlo, le parcours de Frida Kahlo, et rien ne vient entraver l’objectif poursuivi par l’auteur de la faire découvrir au lecteur encore ignorant.

C’est donc une approche utile de l’artiste, mais qui sera vite oubliée. J’ai découvert Frida Kahlo dans ses grandes lignes, j’aimerais désormais l’approcher autrement, plus profondément, découvrir sa psychologie, ses discours, ses relations. Sa conception de l’art, de la vie, de la politique. Aller au delà des faits, m’attarder sur le reste, assez négligé par Pierre Clavillier.

Si tu as des livres à me recommander sur ce sujet, n’hésite pas, partage les !

5 magazines qui font du bien.

Il fut un temps, je croyais que pour être à la hauteur de la société qui m’entourait, je me devais de rester informée de l’actualité, et que cela passait par des lectures fort classiques, et fort accablantes, que sont celles de la presse quotidienne la plus réputée, et des chaînes télévisées les plus en vogue. Le problème en fut l’atteinte à mon morale, qui se mit en berne bien rapidement.

Il y aurait toute une réflexion à mener sur cette nécessité tacite de plonger les lecteurs dans un profond désespoir pour s’assurer leur fidélité. C’est un fait que je ne m’explique pas. Pour vendre, il faut être sombre, il faut du fait divers, il faut du révoltant. De la révolte, c’est ça. A chaque page, mes poings se serrent, mon front se plisse, une vague de colère monte en moi comme en chacun de nous je crois, mais s’écrase bien rapidement entre les pages d’un journal que je replie pour l’oublier. Ne reste que cette vague cynique au fond de mon coeur, et cette nausée persistante.

Depuis quelques mois, j’ai décidé d’arrêter cela. Je ne lis plus le journal, je n’ai plus la télévision. Je ne me suis pas coupée du monde, bien au contraire. J’ai simplement choisi de sélectionner moi-même ce qu’il m’importe de savoir. Je fais le tri. Quand je veux prendre des nouvelles du monde, je fais un tour sur Internet, je lis quelques articles du Monde Diplomatique, ou je feuillette rapidement un journal tombé là par hasard.

Aujourd’hui, je préfère me perdre dans la lecture de magazines qui me réchauffent le coeur. Et j’ai choisi de vous en concocter une petite sélection (classés ici par ordre de découverte).

HAPPINEZ

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C’est le premier magazine « Lifestyle » que j’ai découvert. Le premier magazine que j’ai trouvé qui propose autre chose qu’un régime ou des informations toutes plus sombres les unes que les autres. Et ça m’a fait du bien.

Le principe : à chaque numéro, un thème : « Simplicité », « Confiance », « Gratitude »…  C’est par le numéro « Aimer » que j’ai commencé. Acheté à la hâte dans un kiosque de la gare de Lyon, je l’ai tranquillement lu dans le train qui m’emmenait dans les Corbières, cet été là. A côté de moi, l’amoureux que je découvrais encore avec surprise et ravissement. Nous avons feuilleté ensemble cette curiosité de la presse. Et je suis tombée sous le charme. Par la suite, j’ai été séduite par tous ceux qui vont suivre dans cette présentation, et je m’en suis un peu détachée. Pourtant, je sais que j’y reviendrai prochainement, parce que la dimension très spirituelle qui est proposée dans ce magasine m’a séduite, et c’est quelque chose que je n’ai retrouvé nul part depuis.

FLOW

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Le tout dernier numéro m’a été offert la semaine passée pour mon anniversaire. La personne qui me l’a remis a pensé que ça pourrait me plaire. Elle ne pensait pas si bien dire ! Voilà déjà plusieurs mois que j’attends avec la même impatience l’arrivée du numéro suivant.

Dans ton Flow, tu trouveras chaque mois une thématique assez générale, et en milieu de magazine, un petit cadeau ludique à chaque fois. Un carnet de calligraphie, des étiquettes, des marques pages. Un livre d’écriture thématisé, ou pour ce mois-ci, un cahier prêt à recevoir chacune de tes déclarations d’amour. Parce que l’un des articles de ce mois-ci s’intéresse aux lettres d’amour et à leur récent évanouissement. Je regrette souvent l’époque des billets doux, le temps passé derrière un bureau à essayer de coucher sur le papier les bons mots. L’attente d’une réponse, l’impatience prudente lorsque tu ouvres cette enveloppe qui porte ton nom. L’écriture de l’autre, tellement plus parlante qu’une police Sans Sherif sur ton écran lumineux, anonyme. Flow s’interroge et te propose de te réconcilier avec la pratique.

Cet article illustre bien ce qui m’a fait aimer le magazine. L’originalité bienveillante de chacune de ses pages. Les reportages qui le nourrissent, les propositions qui le jonchent, et toujours dans le but de rendre ta vie plus rose, plus sereine. Jette un oeil à ce petit bijou, et sens ton coeur sursauter d’un enthousiasme nouveau.

CLÉS

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Malheureusement, ce magazine est arrivé au bout de son parcours, et je trouve ça dommage. L’idée était bonne. Ce bimensuel s’accordait le temps de la réflexion. Avant de la balancer, digérer l’information. La transmettre avec intelligence. Dans une société où tout va trop vite, la presse d’actualité en particulier, je trouvais ça bien de pouvoir compter sur ce genre d’initiative. Tant pis, quelque chose de neuf en émergera probablement d’ici quelques temps…

En attendant, je ne peux que te conseiller le numéro 98 : « Nos animaux : compagnons ou protéines ? » 😉

SIMPLE THINGS

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Je crois bien qu’il s’agit de mon préféré. Découvert tardivement (il faut dire qu’il est assez récent), j’ai eu un coup de coeur pour ce condensé de bonnes choses, toutes simples, comme le veut le titre. Le magasine est décomposé en plusieurs chapitres correspondant aux différents moments de la journée, et de l’aube au soir se proposent diverses activités pour se faire du bien, se faire plaisir, se libérer du quotidien. Tout se dont j’avais besoin, en somme !

Au fil des pages, tu auras le loisir de découvrir quelques DIY tout simples, des recettes tout aussi accessibles, mais surtout de belles images, partout, et quel bonheur pour les yeux de se laisser prendre par ces clichés du monde entier, si doux, si sereins ! Dans le dernier numéro, le magazine nous propose de découvrir Porto, grâce à l’intervention de l’une de ses habitantes. Simple Things c’est aussi ça : un magazine participatif. Tu trouveras différentes rubriques qui font appel à des lecteurs venu intervenir sur un sujet précis. Ils sont bien souvent bloggeur, et c’est avec plaisir que je rejoins leur page après avoir lu leur proposition.

Va y jeter un oeil la prochaine fois que tu passeras près d’un kiosque, je t’assure, tu auras très vite envie de t’y plonger entièrement, des heures durant. Un bonheur !

AS YOU LIKE

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En parlant de magasines participatifs et de blogs à découvrir… Je ne pouvais faire abstraction de ce magazine lancé il y a quelques mois, dans la ligné d’Hellocoton, et qui propose un condensé des meilleurs conseils, récits, astuces de blogueuses.

Je suis partie à la découverte de ces jeunes femmes que je suivais de loin, fais un tour dans leur univers autrement que derrière un écran. Une explosion de belles images, colorées mais épurées, qui font tant de bien aux yeux lorsque tu te perds dans les couloirs du métro parisien… Merci à toutes ces gentilles participantes, qui me font rêver dans les allées suburbaines.. Pour ces idées DIY, ces inspirations déco, ces recettes enfin accessibles, et pour toutes ces pages modes qui, pour une fois, entrent dans mon budget 😉

Et toi, quels sont tes magazines préférés ? Je serais ravie d’en découvrir de nouveau, à ajouter à cette courte liste.

Sagan se fait « Toxique » : un avis mitigé.

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Sur l’une des étagères de la bibliothèque, j’ai fini, indécise, par m’attarder sur ce grand livre bleu, épuré, mystérieux. Je ne l’ai même pas ouvert. J’ai lu en diagonale la quatrième de couverture, je connaissais vaguement Sagan depuis que j’en avais lu le premier roman, ici il s’agissait d’une sorte de journal tenu par l’écrivain lors de son séjour dans une clinique spécialisée. Suite à un accident de voiture, elle s’est vue prescrire de la morphine, prise quotidiennement, jusqu’à en devenir « intoxiquée ». L’idée m’intéresse, je suis emballée, je prends.

L’intérêt clinique

Récit d’une lutte contre la dépendance, récit de ces journées trop longues, de ce besoin physique beaucoup trop douloureux. Des notes éparses, des feuilles blanches. J’ai toujours été assez attirée par cet univers. Longtemps je me suis intéressée à l’internement, à son histoire, à ce qui fut longtemps considéré comme une folie, à ce qui l’est toujours, à ce qui ne l’est plus. J’avais un intérêt marqué pour les manifestations de la dépression, leur traitement, leur vanité. J’ai pensé retrouver cela dans ce bouquin. De manière particulière, puisqu’il me permettait d’entrer dans la tête d’une personne qui le vivait, qui l’écrivait au quotidien. Saisissant.

J’ai retrouvé l’écriture de Françoise Sagan. Sa légèreté un peu grave parfois. Son besoin de sortir, de faire la fête, d’oublier. Et j’ai aimé lire son désespoir, enfermée dans un petit espace aseptisé où les horaires étaient trop réguliers, les gens trop lents, la vie trop vide. J’ai partagé ses craintes, sa mélancolie parfois. Son impression de servilité, la peur que tout cela ne s’arrête jamais. La peur de s’y perdre. L’angoisse de la sortie, ou de l’impossibilité d’une quelconque issue. J’ai aimé Sagan. Mais.

Un livre illustré.

Toxique-illustration-stockJ’ai trouvé le livre trop chargé. J’ai trouvé que les illustrations, proposées par Bernard Buffet, desservaient totalement le texte. Ils l’écrasaient, le réduisaient à quelques lignes qui se noyaient sous des coups de crayons un peu grossiers, et m’ont rendu la lecture malaisée.

J’étais sans cesse distraite par ces corps nus à chaque page répétés, j’ai trouvé qu’ils n’apportaient pas grand chose au livre. Je suis pourtant une grande adepte du dessin, j’aime beaucoup l’illustration, mais je crois que pour ce type de livre, il ne doit pas se faire si envahissant. Et surtout, je n’ai pas été convaincue par ses propositions. C’est dommage, car l’idée était bonne, et m’avais d’abord séduite.

J’en garde malgré tout un assez bon souvenir, c’était une expérience intéressante, et le livre est si court que tu peux le lire en un jour.. Pourquoi ne pas se laisser tenter ?

# Objectif culture : mes envies du mois de mars

Objectif culture mars

Il semble que je fasse mes projets culturels de plus en plus tard. A ce rythme là, je perdrais bientôt un mois de mon année. Des évènements survenus ces derniers temps m’ont empêchés de me pencher sur la question, je n’avais pas la tête à l’art, encore moins la tête à lire. Mais une fois la torpeur passée, reviens cette avidité de culture pour combler tout le vide laissé par ces tristes nouvelles. Aussi, je compte bien ne pas lésiner sur ce point, pour ce mois qui promet d’être bien rempli, néanmoins. Voyons tout cela point par point !

Pour ce mois de mars, pour ce dernier mois dans mes vingt-deux ans, j’envisage de rencontrer :

CINEMA :

  • Belgica, de Felix VAN GROENINGEN
  • Louis-Ferdinand Céline, de Emmanuel BOURDIEU
  • Suite Armoricaine, de Pascal BRETON
  • Solange et les vivants, d’Ina MIHALACHE

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Suite armosolange LIVRES :

  • Les gens dans l’enveloppe, Isabelle MONNIN
  • Défense des droits des femmes (extraits),  Mary WOLLSTONECRAFT
  • L’homme révolté, Albert CAMUS
  • Toxique, Françoise SAGAN

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EXPOSITIONS :

  • Chefs-d’oeuvre de Budapest, au Musée du Luxembourg
  • L’Art et l’Enfant, au Musée Marmottan Monet

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SPECTACLES :

  • Rosa Liberté, de Filip FORGEAU, au Théâtre de l’épée de bois-Cartoucherie
  • Louise  Michel, la louve, par Alain DUPRAT, au Guichet-Montparnasse
  • Athalie, par Olivier BRUAUX, au Théâtre du Nord
  • Anna Karénina, par Cerise Guy, au Théâtre 14 (un pari risqué, j’ai vraiment dévoré le bouquin…)

Anna louise michel rosa

On se retrouve à la fin du mois pour un petit bilan de tout ça ?

D’ici là, bonnes lectures, bons spectacles, belles découvertes à tous !

Modiano me dévoile Paris : Accident nocturne

On ne présente plus Modiano depuis qu’il a été récompensé par le Prix Nobel de littérature en 2014. Je ne l’avais découvert que peu de temps auparavant d’ailleurs, avec le livre Des inconnues, qui me faisait de l’oeil depuis un moment dans la bibliothèque maternelle. J’avais beaucoup aimé cette écriture simple mais efficace, et si belle, si poétique. C’est une époque où je pestais contre cette sorte de « prétention littéraire », et Modiano offrait une alternative délicieuse. J’ai donc aimé cet auteur dès le départ. Cette semaine, c’est avec un autre roman que je suis partie à sa rencontre, Accident nocturne, qui n’est pas le plus connu non plus, mais qui mériterait de l’être davantage, tant il me paraît abouti.

De quoi me parles-tu cette fois, Modiano ?

Le roman s’ouvre sur un accident. Aucune surprise aux vues du titre de l’ouvrage donc. L’auteur donne le ton. Traversant la place des Pyramides, une nuit que ses pensées vagabondaient bien loin de cette route déserte, le narrateur se fait renverser par une voiture, dont sortira quelques instant plus tard une jeune femme elle-même titubante. Tombant dans un état de demi-conscience, sous le choc, l’accidenté se laisse balader d’un lieu à l’autre, ne comprenant que peu ce qui lui arrive, et nous laissant nous aussi dans le mystère le plus total. Quelques jours plus tard, il se réveille à l’hôpital où il a été transporté dans son sommeil, sa jambe paralysée par des bandages, la mémoire vacillante. Il retrouve à l’accueil un homme qui était lui-même présent lors de l’accident, impressionnant, qui lui fait signer un procès-verbal, et lui remet une enveloppe pleine de billets, avant de disparaître. De la femme qui l’a renversée, aucun signe, simplement un nom, consigné sur ce procès verbal, et la description de sa voiture, une fiat, couleur « verre d’eau ». Le mystère s’épaissit, le jeune homme est perplexe. Une fois ses esprits retrouvés, il se montre bien décidé à retrouver cette femme (ce couple ?), à lui rendre cet argent qu’il n’a pas voulu, et à éclaircir cette situation. Mais tous deux se sont volatilisés, et le narrateur paraît courir après un fantôme. S’en suit un long parcours parisien qui, plutôt que de témoigner d’une avancée progressive, se fait bien vite retour aux origines. Cet accident et le choc qu’il a causé au narrateur marque un point de rupture dans cette existence qu’il voit désormais comme aveugle. Il y a un avant, et un après. Nous sommes à ce moment en pleine transition, dans un va et vient entre le passé et le présent qui nous plonge au fin fond des interrogations d’un narrateur qui se perd pour mieux se retrouver.

Une géographie du souvenir

Fidèle à lui-même, Modiano nous balade à nouveau dans les rues de Paris, ce Paris qu’il évoquait déjà dans Des inconnus, et que je crois récurrent dans ces récits multiples aux titres bien souvent évocateurs. (Pourquoi l’avoir à ce point oublié en novembre dernier ?) A sa sortie de l’hôpital, le jeune homme, un peu sonné, se met à marcher, sans but. Petit à petit, son objectif se dessine : retrouver cette blonde au manteau de fourrure qui l’a renversé cette nuit là, place des Pyramides. Mais le mystère qui entoure la jeune femme le conduira bien loin, dans une marche sans fin qui ramène à lui des souvenirs enfouis. A chaque coin de rue, l’auteur se souvient. De vieilles anecdotes resurgissent, des accidents similaires, des incompréhensions, des visages oubliés. Ce passé s’avère tout aussi mystérieux que peut l’être le présent, et cherchant à résoudre ce dernier, il soigne les plaies du premier. Au delà de Paris, ce narrateur sans identité quitte la capitale, il revient en pensée sur les différents lieux de son enfance, multiples, les déménagements s’étant enchaînés années après années. Il revoit son père, café après café, ne vivant jamais au même endroit, et disparaissant un beau jour dans cette banlieue qu’on n’évoquera pas. Le loin. L’obscur. Je vois dans ces parcours une forme de labyrinthe psychologique, et je suis séduite par cette entreprise littéraire.

Psychanalyse empirique

Cette géographie mémorielle m’amène à voir dans cette progressive réminiscence une forme de psychanalyse expérimentale. Un « docteur » croisé dans un café ne s’épanche-t-il pas lui même sur le sujet ? Si le narrateur ne comprend pas ses propos et ne les partage pas, il les pratique. Cet accident, décisif, le sort de sa torpeur. S’il avoue lui-même avoir roulé jusqu’à ce jour, dans un équilibre précaire, fixant la route pour ne pas s’effondrer et ne regardant jamais dans le rétro, ce refus du passé est terminé. Ce soir-là, quelque chose s’est brisé, et petit à petit, c’est toute une enfance oubliée et incomprise qui ressurgit. S’attachant à des détails infimes, le narrateur remonte le fil du temps, voit renaître des images, reconstitue ce puzzle qui lui permet de mieux saisir le présent. Ce livre est finalement le récit de ces allez-retour dans le temps, qui lui permettront, à terme, de pouvoir enfin regarder vers l’avenir.

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Malgré les apparences, je ne spoile rien ici, je ne dessine qu’une trame, et offre une interprétation qui ne regarde que moi, mais qui justifie ce plaisir que j’ai pris à la lecture de ce livre.

L’intéressant reste le récit lui-même, la manière dont le narrateur se raconte, au fur et à mesure qu’il se découvre.

C’est son chemin, son parcours, physique et mental.

Je vous le conseille. Comme tous les livres de Modiano.

Pennac, son corps, et moi : le coup de coeur de février

JOURNAL D’UN CORPS – DANIEL PENNAC

Critique toute subjective aujourd’hui, dans la mesure où ce livre est celui qui m’aura fait croire à nouveau en la magie de la lecture. Je n’ai pas pu décrocher de ce « journal », fictif sans l’être, pleine de curiosité d’abord, puis de sympathie pour son narrateur, jusqu’à m’imaginer une forme de complicité avec son personnage haut en couleurs. L’histoire d’une vie, ôtée de tous ses artifices. J’ai été séduite par tout ce que j’en ai lu, chaque page. J’ai ri, souri, j’ai été très émue aussi, et parfois en colère quoique rarement. Une fois la dernière ligne lue, mes yeux ont eu du mal à quitter la page, et mes mains se sont montrées réticentes à refermer un livre qui m’a tant montré, tant appris. Parce qu’il y a une véritable expérience à cette lecture, une expérience enrichissante, durant laquelle on apprend beaucoup sur les autres, sur la vie, et sur soi-même. Maintenant que j’en ai fait l’apologie, voyons un peu plus loin ce que propose ce merveilleux bouquin.

LE PRINCIPE

Non, je ne parlerai pas d’intrigue ici, il n’y en a pas. Le fil directeur, le corps, une vie. Les premières pages s’ouvrent sur les paroles de l’ « auteur », qui raconte comment tous ces carnets sont arrivés entre ses mains, par le biais de son ami Lison, qui est venue un jour les déposer chez lui, comme elle le fait souvent de ses productions artistiques. Ici, point de production artistique, mais une dizaine (des dizaines ?) de journaux. Ceux du père de cette femme qui vient de la quitter, et qui lui a légué… « son corps ». Car dans tous ces carnets, tenus depuis ses 12 ans jusqu’à sa mort, c’est d’un corps dont il parle. Pourquoi ? Parce que tout le monde parle d’autre chose, nous explique-t-il. Ainsi sommes-nous invités à lire, à découvrir, l’expérimentation de son corps par ce jeune garçon, devenu plus tard adolescent et s’interrogeant face aux bousculements de sa morphologie. Mille interrogations, peu de réponses, beaucoup d’observations. Bien sûr, en parallèle, on devine une histoire, et s’esquisse progressivement le récit d’une vie. Des rencontres amoureuses, des amitiés, des enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants. Mais plutôt que de raconter ses sentiments, le narrateur évoque ses sensations. La sensation que produit en lui la vision de cette femme si femme, si belle. Celle de leurs corps se rencontrant, se liant, se séparant pour mieux se retrouver. Les maladies, les craintes, et les joies corporelles du quotidien. Un amas de petits détails dont on oublie de parler et que l’auteur se fait un plaisir de ramener à notre conscience, avec beaucoup d’humour et d’habileté.

LE CORPS D’UN HOMME, D’UN JEUNE, D’UN VIEILLARD

Dans la dernière partie du livre, le narrateur observe :

« Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d’abord aux femmes. En retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste ce mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe. »

Aveu implicite de l’auteur sur l’objectif de son ouvrage ? Je ne sais pas, je le pense. Toujours est-il que l’entreprise est réussie, et qu’un voile a été levé sur ce mystère qui m’a toujours tant interrogé, celui de l’homme et de la manière dont il se vit en tant que corps masculin. Son fonctionnement, et surtout les surprises que lui réservent ses parties génitales pour être tout à fait honnête, a toujours fait l’objet d’une fascination que motivait ma curiosité quant à ce « mystère ». Voilà qu’un auteur, un homme, me propose de répondre pour moi à une partie de l’énigme.

Je découvrais avec réjouissance chaque petite expérience de la vie d’un homme, chaque surprise, chaque interrogation. Je me mettais dans la peau d’un garçon de 12 ans, de 16 ans, 20, 30, 40 et ainsi de suite jusqu’au lit d’hôpital qui fut sa dernière couche.

Parce que c’est aussi ça, ce livre. En plus de t’imprégner de ce physique d’homme, tu passes par tous les âges de la vie. Cette lecture te plonge des années en arrière et t’oblige à te souvenir de sensations perdues et d’un certain regard qu’on pose sur le monde quand on le découvre encore tous les jours. Et puis tu te reconnais dans ses interrogations de jeune adulte à la recherche de son idéal. J’avoue que la partie sur l’homme père de famille et chef d’entreprise m’a moins marquée, moins touchée. Il y a peu de découvertes, on entre dans une forme de routine qui n’est pas déplaisante mais nettement moins saisissante que les autres. La vieillesse, voilà un chapitre qui m’a tenue en haleine jusqu’à la fin. Parce qu’à travers les mots de l’écrivain, je lisais les maux de mes chers grands-parents vieillissants. Et surtout, j’entendais mon grand-père, qui n’a de cesse de me répéter cette frustration terrible qui t’accable, lorsque tu as toujours tes vingt ans dans ta tête, mais que le corps n’a pas suivi, et qu’il te cloue dans un fauteuil toute la journée avec les inconvénients qu’il t’impose d’un jour à l’autre.

UNE SERIEUSE LEGERETE

Malgré cette dimension lugubre bien qu’inévitable, Pennac parvient ici à éviter le pathos avec brio, et ne renonce pas à ce second degré ironique et à cette délicieuse autodérision. Il pousse ainsi le lecteur à conserver une certaine distance avec ce qui est raconté, et le fait de rester focaliser sur les affres du corps vieillissant tout en prenant soin de mettre de côté la souffrance sentimentale de l’entourage comme de soi-même durant les derniers mois de sa vie permet d’aborder le sujet sans en sortir la boule au ventre. Pourtant dieu sait comme cette question m’angoisse. Performance suprême, cette lecture est parvenue à me la faire appréhender autrement, de manière moins sinistre et fatale, plus « expérimentale ».


Je suis admirative. Ce livre s’ajoute à cette liste pas si conséquente des œuvres que j’aurais aimé réaliser un jour. J’aurais adoré avoir cette idée moi-même, mettre en place une telle entreprise. Le sujet est une évidence, et pourtant il demeure peu abordé en tant que tel. Pennac s’y est essayé, et c’est un franc succès.

Je le recommande à tous les curieux. Et aux autres aussi.

# 29 jours de gratitude – Jour 9 – Mes lectures

Peut-être le plus facile des thèmes proposés pour ces 29 jours de gratitude, puisqu’il concerne l’une de mes plus vives préoccupations du moment, et que vous aurez probablement pu constater par vous-même mon regain d’intérêt pour ce vaste monde littéraire depuis quelques temps…

MES LECTURES

Je crois que ma reconnaissance la plus vive ne peut être adressée à autre chose qu’à ce milieu de la littérature, à ces livres qui peuplent mes étagères et celles de toutes ces bibliothèques auxquelles je ne cesse de m’inscrire, et où je retourne chaque mois, chaque semaine parfois, m’isoler pour une durée indéterminée au milieu de toutes ces pages plus ou moins poussiéreuses, abritant un ensemble de destins se croisant tous au carrefour de mes mains avides de nouvelles découvertes.

Les livres ont été pendant longtemps mon unique refuge, et je me suis très tôt passionnée, pour l’objet lui-même d’abord, et pour l’univers qu’il abritait ensuite. Apprendre à lire a été mon plus heureux soulagement, et l’ouverture à cette voie infinie, peuplée de romans en tous genres, de biographies, de poèmes et pièces de théâtres, de témoignages parfois, souvent. Je me souviens de mon enfance comme d’une succession de bouquins, péniblement délaissés au moment de passer à table ou d’aller me coucher. Me coucher d’ailleurs, parfois, s’avérait inconcevable, et dès que j’en ai eu l’âge, j’ai parfois veillé jusqu’au milieu de la nuit pour achever un livre qui me captivait tant qu’il était pour moi impossible de m’en détacher avant d’en avoir vu le bout. Et quelle déception, une fois la dernière page, la dernière ligne lue, quand il ne nous reste plus rien que toutes ces images et paroles s’entrechoquant dans nos mémoires à vif.

J’ai trouvé dans ce monde des lettres, dans la lecture mais aussi dans l’écriture, une réponse à mes tourments, qu’ils aient été passagers ou non. Les philosophes étaient des professeurs à ma disposition, ces écrivains de toutes époques et aux styles extrêmement variés, des milliers d’amis me racontant leurs histoires. Je suis restée suspendue à leur plume des centaines de fois. Et après un passage à vide qui m’a fendu le coeur pendant plusieurs années, c’est avec un plaisir non feint que je me délecte à nouveau de cet amour délicieux pour eux. Je ne sors plus sans un bouquin calé au fond de mon sac, et plutôt que de m’effondrer sur les sièges des métros, les écouteurs enfoncés dans mes oreilles et l’air morose, je me plais à sortir à tout moment ce petit trésor sans arrêt renouvelé, pour en savourer le récit en me laissant bercer par un train trop rapide.