Pourquoi s’offre-t-on des oeufs à Pâques ?

Après Noël et la Saint-Valentin, les vitrines changent à nouveau leurs habits, et au milieu des poussins et des cloches se dressent fièrement des oeufs peints de mille motifs, en chocolat, en bois, en porcelaine, c’est un carnaval de couleurs et c’est avec impatience que j’attends avec vous le moment de fondre sur le chocolat abandonné au milieu d’un jardin où percent les premiers bourgeons de l’année.

Généralement l’occasion d’un petit moment en famille, de promenade dans le jardin avec les enfants, de photographies en tous genres, Pâques est accueilli avec plaisir ou indifférence, mais elle reste bien la fête des oeufs en chocolat (ou non, d’ailleurs). Mais pourquoi ? D’où nous vient cette étrange tradition ? Quelle manie nous prend donc, une fois l’an, d’aller éparpiller moult oeufs sous les arbres en fleurs, avant de les (re)découvrir avec une joie non feinte ? Pour comprendre cette habitude pour le moins troublante, il faut revenir des siècles en arrière – voire, des millénaires…

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Avant le christianisme, la symbolique des oeufs teints

L’humanité n’a pas attendu l’arrivée de Jésus pour développer ce plaisir fort particulier de s’offrir des oeufs colorés en diverses occasions. Pour comprendre cette tradition, il faut s’intéresser à la symbolique qui est liée depuis longtemps à ce petit objet.

Il semblerait en effet que dès l’Antiquité, Perses et Egyptiens aient développé cette pratique qui consiste à s’offrir des oeufs, décorés, célébrant par là l’arrivée d’un nouveau printemps. (On a en effet retrouvé des oeufs d’Autruche datant d’il y a 60 000 ans (!) en Afrique australe, dans des tombes à Sumer, ou en Egypte). L’objet, qui par sa fonction évidente symbolisait la vie, mais également le renouveau, est rapidement devenu une sorte de porte-bonheur, une manière de se souhaiter « plein de bonnes choses » en somme ! Offrande amicale ou rituelle, ces objets travaillés avec plus ou moins d’arts et de fioritures ont longtemps accompagné les hommes, ici pour célébrer les dieux et déesses (comme chez les Anglais ou l’on en offrait à la déesse Éostre, qui laissa d’ailleurs son nom à la fête actuelle, « Easter »), là pour rendre honneur au soleil (comme l’auraient fait les druides de l’Antiquité gauloise, qui peignaient alors leurs oeufs en rouge).

Du paganisme à la récupération catholique

Lors de mes cours d’histoire sur le christianisme, j’ai étudié comment les chrétiens s’étaient appliqués à réutiliser des symboles, des dates et des pratiques pour glisser méthodiquement vers un catholicisme qui parlerait davantage aux païens qu’il s’agissait de convaincre. Là où l’on regrettait une fête païenne voire satanique, l’on s’empressait parfois de mettre en place une symbolique religieuse, une cérémonie nouvelle qui permettrait de conserver ces rituels qui séduisaient les païens, notamment par leur prétexte rassembleur.

L’oeuf de Pâques en serait ainsi l’un des objets. Par sa très ancienne symbolique – de la vie et de la résurrection donc – il ne fut pas bien difficile à recycler. Aussi vint-il mettre fin à la période du Carême et marquer la célébration de la résurrection du Christ. Logique. On considère que la coutume d’offrir des oeufs le matin de Pâques daterait environ du IVème siècle en Europe – quoique la pratique tarda quelque peu à se répandre, puisqu’il faut attendre le XVème siècle pour en retrouver des traces en France.

Devenant petit à petit une pratique royale, les oeufs se virent habillés d’ornements toujours plus précieux, et l’outil d’une exposition de son art, de son habileté. On s’éloigna progressivement de sa signification première, l’oeuf est devenu un prétexte, il est réutilisé à tout va, et aujourd’hui, il est surtout devenu commercial.

Un côté pratique…

A notre époque en effet, quoique le plaisir de décorer ses oeufs avec les enfants, d’habiller sa maison, de tester son talent sur ces jolies coquilles persiste quelque peu, les oeufs de Pâques s’offrent surtout en chocolat, et ils sont rarement destinés à rappeler la résurrection du Christ. L’objet a été récupéré, notamment par les chocolatiers, qui voient arriver avec plaisir les premiers jours du Printemps.

N’oublions pas cependant que pour les premiers chrétiens, ce côté pratique et utilitaire n’était pas non plus totalement absent… En effet, Pâques marquait surtout la fin du Carême, période durant laquelle il était interdit de manger – entre autres – des oeufs. Or bien sûre, les poules, elles, ne cessaient pas de pondre ! Plutôt que de gâcher le tout, il était ainsi bien pratique de se les offrir mutuellement une fois cette période de trente jours terminée… 🙂

Et toi, comment célèbres-tu cette journée à la maison ?

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Petit village de montagne : bienvenue à Arrien-en-Bethmale

ARRIEN-EN-BETHMALE

Avant de venir à Paris quand il avait passé 20 ans, mon grand-père était berger dans les montagnes des Pyrénées. Il est né dans la Vallée de Bethmale dont je vous ai déjà parlé, il a grandi à Arrien, où j’ai passé bien des étés. J’y suis retournée la semaine dernière, pour présenter la région à l’amoureux. J’ai eu l’envie de vous faire profiter de ce magnifique village à l’allure presque abandonnée, baigné de nature, face à l’immensité des montagnes enneigées. Continuer la lecture de Petit village de montagne : bienvenue à Arrien-en-Bethmale

Une retraite de quelques instants au Béguinage de Bruges. #Belgique

Il est de ces endroits qui marquent sans que l’on sache pourquoi. Comment expliquer ce qui a provoqué en soi un si profond bouleversement, comment poser des mots sur un silence, des phrases sur un frisson ?

Je me souviens que la pluie était tombée sur nous toute la journée. Nous nous promenions, bras dessus, bras dessous, bien décidés à ne pas nous laisser abattre par ce froid qui nous glaçait le bout des doigts, crispés si fort au fond de nos poches. Nous marchions sans relâche, arpentant les rues grises d’une Bruges un peu morose. Les calèches nous dépassaient à chaque coin de rue, se mêlant aux voitures et embrumant nos esprits déjà bien engourdis. Avec le recul, je vois cette promenade, qui nous conduisit jusqu’au béguinage, comme une lente remontée dans le temps.

Soudain, le silence. Une fontaine qui s’écoule et où viennent s’échouer les cheveux en fin de parcours, encore attelés, trempés de sueur et de pluie. Cette pluie qui s’est calmée pour nous laisser dans un mystérieux brouillard. Des calèches et plus de moteurs. Le vent dans les feuilles, l’odeur de la nature humide. Un arrêt dans le temps.

Calèche-nature-peaceful_DSC0804animal-cygne-cute_DSC0835Où l’histoire croise nos pas…

Le Béguinage de Bruges date du XIIIème siècle, de 1245 pour être exacte. Autant dire qu’ils sont nombreux, les pieds qui ont foulé ce sol humide et couvert de feuilles mortes, avant nous. Il résulte de l’association de jeunes filles sans ressources, femmes célibataires ou veuves pour la plupart. Celles-ci, dès lors, gagnèrent leur vie en travaillant la laine, destinée aux tisserand de la région. Il y aurait ensuite beaucoup à dire sur cette initiative, sur l’autonomie de ces jeunes femmes à une époque où la place de la femme est encore largement discutée aujourd’hui. C’est un sujet passionnant pour l’étudiante en histoire des femmes que je suis, et je vous invite à aller jeter un oeil sur les nombreux articles ayant été rédigés à ce sujet et qui sont disponibles en ligne pour une grande partie.

Aujourd’hui cependant, le béguinage n’est plus. En effet, après une longue période de prospérité, le béguinage connait une période de crise liée aux circonstances politiques de l’époque, et il se voit supprimé par l’administration révolutionnaire française de la fin du XVIIIe siècle. S’il en reste quelque chose aujourd’hui, c’est grâce à l’initiative du chanoine Rodolphe Hoornaert, qui fonde la communauté religieuse bénédictine des « Filles de l’Eglise » au XXe siècle. Ainsi le béguinage est-il en fait, aujourd’hui, un monastère.

Inscrite dans le présent

Arpentant le jardin paisible de ce monastère, j’aperçois aux fenêtres une femme penchée sur ses papiers. Les cheveux recouverts d’un voile, le visage pâle, l’air appliqué. Le monument historique prend vie sous mes yeux, des soeurs bénédictines s’y déplacent comme dans le temps, marchant sur les pas des béguines d’autrefois.
Les lampes sont allumées, et éclairent faiblement, sous les fenêtres, ses visages que je distingue de loin et qui se révèlent de plus en plus nombreux.

Je me tais. J’ai l’impression d’avoir franchi un espace interdit, de m’immiscer dans ces vies qui se veulent en retrait. Pourtant, mon pas reste lent, léger. Je me tais. Je garde les yeux en l’air, à tel point que je n’ai aucun souvenir de ce jardin qui m’apparaît pourtant si beau, si serein. Je ne peux détacher mon regard de ces fenêtres silencieuses, où s’activent, mystérieuses, les héritières d’une histoire de près de huit cents ans._DSC0831

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Béguinage de Bruges
30 place Begijnhof
8000 Bruges
(Entrée libre)