« Univers de la femme », où l’ancêtre des blogs lifestyle

Tout droit venu des sixties, voici un livre écrit par des femmes, adressé aux femmes… des années soixante. Cette encyclopédie des femmes a été offerte à ma grand-mère il y a des années, et elle a choisi de me le léguer cette année, parce que ce-dernier prenait la poussière sur une étagère depuis bien trop longtemps.

D’abord dubitative, et le feuilletant avant tout comme un objet de curiosité tout droit venu d’un autre siècle, j’ai été surprise de l’actualité de ce grand livre bleu à l’apparence démodée. Si sa couverture est clairement datée, si les photos de l’intérieur font rêver à un autre temps, une autre époque dont on admire encore les mini-robes et traits d’eye-liner très marqués, son contenu est terriblement moderne !

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Comme je le dis explicitement dans le titre, ce livre épais comme la bible n’a rien à envier aux blog lifestyle et autres magazines féminins d’aujourd’hui ! Me laissant berner par la date de publication de ce livre, soit 1965, je m’attendais à y voir des conseils très datés, cantonnant la femme, l’épouse, la mère, à ses rôles classiques de ménagère, et j’adoptais trop rapidement mon regard d’étudiante en histoire des femmes pour en disséquer les pages. Quelle surprise d’y voir, répartis dans des rubriques toutes plus d’actualité les unes que les autres, des conseils que je ne pouvais que décider de suivre !  Un véritable guide très détaillé et visant à l’exhaustivité pour évoluer pas à pas et se familiariser avec les nouvelles étapes qu’il nous faut franchir dans notre autonomisation progressive vis à vis du domicile familiale.

Ainsi trouve-ton des rubriques « beauté » dans lequel est même évoqué la pratique du yoga, mais aussi une rubrique intitulée « élégance » et qui rappellent nos actuelles rubriques « mode ». S’en suivent une centaine de pages sur la « Vie de couple », qui n’hésite pas à évoquer la vie sexuelle de se dernier, et qui est bien loin d’intimer à la femme  respect du mari et discrétion. Plus loin, des conseils pour les futures mères, sur le bon déroulement de la maternité, mais aussi, plus tard, des petits conseils pour vivre le plus sereinement possible mes mois (et les années ?) qui suivent l’accouchement. Enfin, des conseils pour la maison, des recettes de cuisine, un guide de « savoir-vivre moderne » qui s’avère être un véritable manuel de bonnes manières pour éviter les faux pas en société (avec des conseils si variés que l’on en trouve même pour nous expliquer comme bien se comporter dans le métro !), et même un « guide juridique et pratique » !

Un peu de tout en somme, et surtout, un peu de tout ce que l’on trouve dans nos blogs préférés ! Une découverte des plus surprenante, et qui trône désormais au sommet de ma bibliothèque, près à être sorti et consulté à tout moment.lifestyle-maternite-photo beauty-fashion-flower

Je ne cesse de prendre des notes, et je garde dans un coin de ma tête chacune de mes lectures. Un peu comme des conseils de grand-mère, ces conseils qui apparaissent comme un héritage, et que l’on garde bien soigneusement dans un coin de notre mémoire, les appliquant plus ou moins consciemment au quotidien, en y repensant parfois avec un tendre sourire.deco-vintage-home loisirs-vacances-lifestyle

Je réfléchis à la création d’une rubrique sur ce blog, dans laquelle je résumerais le plus habilement possible les conseils repérés dans ce livre et qui m’apparaissent utile pour tout un chacun(e?). Je crois que cela pourrait être amusant, et l’idée m’excite assez !

Seriez-vous intéressées par une telle rubrique ? N’hésitez pas à suggérer quelques idées à ce sujet, je suis preneuse et encore en pleine réflexion à propos de tout cela !

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »