Agnès D. : une YouTubeuse déjantée qui fait du bien !

La découverte web du mois sera probablement celle-là : Agnès D., qui tient une chaîne Youtube depuis pas bien longtemps – 24 février 2015 nous renseigne la page de la dite dame – et qui est à mon avis bien trop peu connue. Petite présentation.

Personnalité multiple

L’idée originale et qui ajoute à la chaîne son petit côté atypique, est la création de personnages divers, que j’interprète comme une démultiplication de sa personnalité, une manière de confronter ses paradoxes, mais aussi de prendre toujours du recul par rapport aux propos énoncés. Sur sa bannière on compte trois personnages mais j’ai parfois l’impression qu’il y en a davantage.

Tu feras très rapidement connaissance avec sa « cruche« , spécialiste des conseils make-up, fashion et autres démonstrations girly. Agnès D. s’en moque ouvertement mais le fait avec une forme d’indulgence et rendant son personnage malgré tout si sympathique que la critique passe bien. L’idée est qu’on est nombreuses à se laisser prendre au jeu, à écouter béatement les conseils énoncés qui ne sont pas tous à bannir, mais avec lesquels il est important de garder une certaine distance critique. Pour un petit aperçu, je te recommande cette vidéo, qui est justement celle qui me fit découvrir la Youtubeuse, et que j’ai vraiment beaucoup aimée.

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L’autre personnage est désigné comme son « troll« , et m’amuse énormément. Très moqueur à l’égard des propos d’Agnès D., elle semble anticiper les critiques qui pourraient être faites par les internautes, et permet de rire de tout ce qui est dit plutôt que de s’en offusquer, d’en grimacer ou même de trop s’y attacher. Car encore une fois, elle nous garde à distance.

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Enfin, « Moi », Agnès D. en personne, sans far et sans artifices, nous présente ses conseils divers, ses avis sur tout un tas de sujets d’actualité ou non, tendances ou non.

Parler de ce qui a déjà été dit mille fois. Autrement.

C’est ce que j’admire dans la démarche et ce qui m’a fait m’abonner très vite à la chaîne. Agnès D. te parle de ce que tu as déjà entendu mille fois. Mais elle t’en parle différemment. Elle met de côté toutes les politesses, évite tous les détours, et te raconte le tout avec une franchise souvent très amusante. Comme l’impression de prendre un verre avec une bonne copine, un vendredi soir après le travail. Elle te racontera sa grossesse, ou son rapport à ses cheveux, qu’elle a perdus et qu’elle cherche à faire repousser. Elle te parlera de ces instants gênants que l’on connait toutes, chez l’esthéticienne ou chez la gynéco notamment. Elle en discute sans complexes, sans circonvolutions, et c’est ça que j’aime dans ces vidéos !

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Des conseils make-up originaux, du total-look Madonna au maquillage spécial enterrement, en passant par des parodies fort amusantes des astuces pour un look « naturel » ou pour se mettre enfin au « baking ». Autant de termes que l’on voit passer encore et encore sur Youtube et sur les blogs, et dont je suis personnellement assez lasse, mais auxquels elle redonne tout leur intérêt.. avec humour.

Mention spéciale pour son « tuto-féministe », très vrai, très drôle, très intelligent !

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Allez faire un tour sur CETTE CHAÎNE HAUTE EN COULEURS, j’espère que ça vous plaira, moi j’adore, et j’espère que son travail finira par porter ses fruits parce que c’est grandement mérité.
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Pourquoi s’offre-t-on des oeufs à Pâques ?

Après Noël et la Saint-Valentin, les vitrines changent à nouveau leurs habits, et au milieu des poussins et des cloches se dressent fièrement des oeufs peints de mille motifs, en chocolat, en bois, en porcelaine, c’est un carnaval de couleurs et c’est avec impatience que j’attends avec vous le moment de fondre sur le chocolat abandonné au milieu d’un jardin où percent les premiers bourgeons de l’année.

Généralement l’occasion d’un petit moment en famille, de promenade dans le jardin avec les enfants, de photographies en tous genres, Pâques est accueilli avec plaisir ou indifférence, mais elle reste bien la fête des oeufs en chocolat (ou non, d’ailleurs). Mais pourquoi ? D’où nous vient cette étrange tradition ? Quelle manie nous prend donc, une fois l’an, d’aller éparpiller moult oeufs sous les arbres en fleurs, avant de les (re)découvrir avec une joie non feinte ? Pour comprendre cette habitude pour le moins troublante, il faut revenir des siècles en arrière – voire, des millénaires…

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Avant le christianisme, la symbolique des oeufs teints

L’humanité n’a pas attendu l’arrivée de Jésus pour développer ce plaisir fort particulier de s’offrir des oeufs colorés en diverses occasions. Pour comprendre cette tradition, il faut s’intéresser à la symbolique qui est liée depuis longtemps à ce petit objet.

Il semblerait en effet que dès l’Antiquité, Perses et Egyptiens aient développé cette pratique qui consiste à s’offrir des oeufs, décorés, célébrant par là l’arrivée d’un nouveau printemps. (On a en effet retrouvé des oeufs d’Autruche datant d’il y a 60 000 ans (!) en Afrique australe, dans des tombes à Sumer, ou en Egypte). L’objet, qui par sa fonction évidente symbolisait la vie, mais également le renouveau, est rapidement devenu une sorte de porte-bonheur, une manière de se souhaiter « plein de bonnes choses » en somme ! Offrande amicale ou rituelle, ces objets travaillés avec plus ou moins d’arts et de fioritures ont longtemps accompagné les hommes, ici pour célébrer les dieux et déesses (comme chez les Anglais ou l’on en offrait à la déesse Éostre, qui laissa d’ailleurs son nom à la fête actuelle, « Easter »), là pour rendre honneur au soleil (comme l’auraient fait les druides de l’Antiquité gauloise, qui peignaient alors leurs oeufs en rouge).

Du paganisme à la récupération catholique

Lors de mes cours d’histoire sur le christianisme, j’ai étudié comment les chrétiens s’étaient appliqués à réutiliser des symboles, des dates et des pratiques pour glisser méthodiquement vers un catholicisme qui parlerait davantage aux païens qu’il s’agissait de convaincre. Là où l’on regrettait une fête païenne voire satanique, l’on s’empressait parfois de mettre en place une symbolique religieuse, une cérémonie nouvelle qui permettrait de conserver ces rituels qui séduisaient les païens, notamment par leur prétexte rassembleur.

L’oeuf de Pâques en serait ainsi l’un des objets. Par sa très ancienne symbolique – de la vie et de la résurrection donc – il ne fut pas bien difficile à recycler. Aussi vint-il mettre fin à la période du Carême et marquer la célébration de la résurrection du Christ. Logique. On considère que la coutume d’offrir des oeufs le matin de Pâques daterait environ du IVème siècle en Europe – quoique la pratique tarda quelque peu à se répandre, puisqu’il faut attendre le XVème siècle pour en retrouver des traces en France.

Devenant petit à petit une pratique royale, les oeufs se virent habillés d’ornements toujours plus précieux, et l’outil d’une exposition de son art, de son habileté. On s’éloigna progressivement de sa signification première, l’oeuf est devenu un prétexte, il est réutilisé à tout va, et aujourd’hui, il est surtout devenu commercial.

Un côté pratique…

A notre époque en effet, quoique le plaisir de décorer ses oeufs avec les enfants, d’habiller sa maison, de tester son talent sur ces jolies coquilles persiste quelque peu, les oeufs de Pâques s’offrent surtout en chocolat, et ils sont rarement destinés à rappeler la résurrection du Christ. L’objet a été récupéré, notamment par les chocolatiers, qui voient arriver avec plaisir les premiers jours du Printemps.

N’oublions pas cependant que pour les premiers chrétiens, ce côté pratique et utilitaire n’était pas non plus totalement absent… En effet, Pâques marquait surtout la fin du Carême, période durant laquelle il était interdit de manger – entre autres – des oeufs. Or bien sûre, les poules, elles, ne cessaient pas de pondre ! Plutôt que de gâcher le tout, il était ainsi bien pratique de se les offrir mutuellement une fois cette période de trente jours terminée… 🙂

Et toi, comment célèbres-tu cette journée à la maison ?

En avant-première : Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu

Au début de la semaine, j’ai été invitée à la projection en avant-première du tout dernier long métrage d’un réalisateur roumain que je ne connaissais pas, et qui est pourtant visiblement assez réputé dans son genre, Le Trésor, de Corneliu Porumboiu.

Le Trésor-Film-CorneliuPorumboiu

L’argument est le suivant :

« À Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure… »

Au niveau de l’histoire, il n’y a pas grand chose à ajouter. C’est bel et bien à une chasse au trésor que nous assistons tout au long du film, j’ai presque envie de dire « en temps réel », tant les scènes sont parfois longues, participant ainsi à l’effet comique de cette quête absurde de deux voisins obstinés.

Ce que j’ai aimé

Le film est drôle. Le réalisateur joue avec les mots et nous rend témoins de joutes verbales à mourir de rire, je pense particulièrement à la scène qui a lieu au milieu du film entre les trois comparses, la nuit tombée, chacun d’eux creusant avec acharnement un trou de deux mètres de profondeur sous ce noyer centenaire. J’ai beaucoup ri, d’un rire sincère, parfois moqueur, parfois cynique aussi, mais la plupart du temps avec une fraîche naïveté. C’est là pour moi l’aspect le mieux réussi du film, le caractère divertissant d’une comédie où le narrateur pousse si loin son idée qu’il bascule avec habileté dans l’absurde.

L’histoire en elle même est également plaisante. Ce père de famille qui lit Robin des Bois à son fils le soir, et qui finit par se laisser embarquer lui-même dans une chasse au trésor qui doit sortir son voisin de la misère, et le grandir, lui, aux yeux d’un fils admiratif, m’a touchée. C’est une forme de quête héroïque des temps modernes, dont les motifs nous touchent et révèlent en même temps la situation délicate d’un pays en difficile transition.

Le Trésor

Ce qui m’a déplu

Malheureusement, c’est précisément mon manque de connaissance concernant l’histoire et l’actualité politique de la Roumanie qui m’a fait passer, je le crois, à côté de trop de choses. Je n’ai pas saisi la moitié des clins d’oeil du réalisateur qui n’a de cesse d’évoquer le communisme, la révolution, ces changements successifs jusqu’à l’entrée dans un capitalisme exacerbé, dont je n’ai jamais eu connaissance. Et la dernière partie du film m’a laissée dans une certaine incompréhension qui m’a fait sortir de la salle pleine de frustration.

C’est un film pour des spectateurs avertis, il ne faut pas s’y rendre sans bagages, c’est du moins ce que j’en ai conclu après ce visionnage. C’est dommage parce que je pense que la critique qu’exprime le réalisateur mérite d’être entendue, et le regard qu’il pose sur son pays est tout à fait intéressant à suivre, mais justement, moi, je n’ai pas suivi. Je ne pouvais, j’étais perdue trop tôt.

J’ai été déçue par ailleurs par l’image en tant que telle. C’est généralement l’argument qui fait pencher la balance dans un sens ou dans l’autre chez moi. Si le film est esthétiquement beau, il a toute les chances de gagner mon adhésion malgré une ou deux réticences. Mais ici, l’image est trop brute, l’atmosphère trop réaliste. C’est sans plaisir que je me suis plongée dans cet univers, et lorsque le film m’a perdue, je n’ai pas pu me raccrocher à une esthétique quelconque. Peut-être est-ce un choix, sûrement même, mais il ne m’a pas convaincu.

Mention spéciale

Petite note au passage au sujet du cinéma où avait lieu la dite projection, à savoir le Cinéma des Cinéastes, place de Clichy. Je ne le connaissais pas du tout, et j’ai été séduite immédiatement par le lieu en lui même. Ses allures de vieil entrepôt sont charmantes, et l’on peut observer ça et là du vieux matériel cinématographique. L’ambiance est chaleureuse, le personnel aussi, j’y retournerai sans aucun doute, et avec grand plaisir !

# Objectif culture : mes envies du mois de février

Les envies de févrierNous sommes déjà le cinq février, le temps file à une allure folle, et je n’ai pas encore eu le temps de faire mes projets pour le mois à venir. Le mois sera court, et la liste toujours aussi longue, et je me demande parfois s’il est bien judicieux de s’imposer des objectifs chiffrés aussi rigoureux. Cela n’enlève-t-il pas de sa poésie à l’envie de culture ? Est-il bien raisonnable de se forcer à la lecture ? Je ne sais pas. Je sais seulement que j’ai passé des années à bien trop délaisser ces occupations, et que j’y reprends goût, enfin. Ce défi mensuel est aussi une façon de garder le rythme. J’y trouve mon compte, et peut-être que toi aussi.

Pour ce petit mois de 29 jours donc,
j’envisage de rencontrer :

CINEMA :

  • Alaska, de Claudio CUPELLINI
  • Anomalisa, film d’animation de Juke JOHNSON
  • Peur de rien, de Danielle ARBID
  • L’homme qui répare les femmes : la colère d’Hippocrate, un documentaire de Thierry MICHEL

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LIVRES :

  • Emilie, Emilie, ou l’ambition féminine au XVIIIe siècle, une biographie sur Emilie du Châtelet par Elisabeth BADINTER
  • Journal d’un corps, par Daniel PENNAC (il était déjà sur ma liste de janvier, mais j’ai manqué de temps pour le lire, or j’y tiens vraiment)
  • Les gens dans l’enveloppe, d’Isabelle MONNIN
  • Le classique Bonjour Tristesse, de Françoise SAGAN, qui m’a toujours un peu rebuté… J’espère le terminer cette fois-ci !

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EXPOSITIONS :

  • Eros Hugo, à la Maison de Victor Hugo (ce qui me permettra d’en faire la découverte, par la même occasion…)
  • Bettina Rheims, la femme dans tous ses états, à la Maison européenne de la photographie
  • Fernell Franco, Cali clair-obscur, à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain

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SPECTACLE :

  • Un adaptation de Pinocchio par Joël POMMERAT au Théâtre de l’Avant-Scène à Colombes

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J’essaierai de me montrer plus assidue ce mois-ci, et surtout je te tiendrai au courant de tout !

& toi, quels sont tes projets pour le mois qui vient ?

J’ai lu : La Douce, de Dostoievski

Une représentation de l'auteur que j'aime bien. Il te suffit de cliquer pour être rediriger vers son maître.
Une représentation de l’auteur que j’aime bien. Il te suffit de cliquer pour être redirigé vers son maître.

Un lointain coup de foudre

L’histoire de ma rencontre avec Dostoïevski influence nécessairement l’opinion que j’en ai, et je pense que je ne peux pas être objective quand je parle de ce qu’a pu écrire cet auteur. Je l’ai découvert il y a trois ans, lorsque le garçon dont j’étais amoureuse – et avec qui je vis aujourd’hui – m’a prêté L’Idiot. L’Idiot est son livre préféré et je pense qu’il est et restera indétrônable à ses yeux. Pour ma part, le coup de foudre véritable s’est fait à la lecture des Démons. Si vous ne l’avez encore jamais lu, je ne peux que vous le conseiller, encore une fois. Si je ne devais en conseiller qu’un, ce serait probablement celui là. Le livre est imposant, il faut avoir du temps devant soi. Mais à vrai dire, une fois plongée dedans, je n’ai pas vu le temps s’écouler, et je suis arrivée à la fin bien trop tôt à mon goût. J’étais alors en proie à une profonde mélancolie et cette lecture a paru m’extraire d’un sentiment de solitude qui m’étouffait alors, pour me confronter à l’universalité des questions que je me posais alors. Le choc a été brutal.

L’univers de cet auteur russe est très particulier, et je n’ai rencontré nul part ailleurs cette façon d’écrire, et de décrire surtout, le monde qui l’entoure. Ces interrogations sont intemporelles, et sa manière de parler de l’homme de manière générale me paraît toujours si moderne que j’en suis chaque fois bouleversée. Il faut savoir malgré tout que c’est un univers sombre dans lequel on s’immerge alors, et parfois les réflexions menées sont d’une certaine gravité, certains de ses personnages sont si profondément tristes, blessés, vaincus, mélancoliques qu’il est parfois dur de continuer la lecture des propos qu’ils énoncent. Dans un sens, certains passages de ses romans m’apparaissent très existentialistes avant l’heure, et c’est aussi ce qui me touche beaucoup chez cet écrivain. J’aimerais pouvoir dire que j’admire beaucoup sa plume, malheureusement je ne parle pas le russe, et le lit encore moins, je suis donc obligée de me fier entièrement à la traduction qui en est faite…

Et un coup de coeur répété

Cette fois donc, je me suis laissée tenter par un autre livre, bien plus court celui là puisqu’il s’agit d’une nouvelle (je l’ai lue en deux soirs…), et qui s’appelle La Douce. Publiée en 1876, celle-ci est publiée cinq ans après Les Démons, et précède de quelques années Les frères Karamasov (que je dois lire absolument). On est donc loin des premières nouvelles un peu plus romantiques et romanesques et j’y ai bien retrouvé la marque de l’auteur qui me plaît tant. Pour faire court, La Douce désigne l’épouse du narrateur – car en effet, c’est un texte écrit à la première personne cette fois-ci. Cette épouse, au début de la nouvelle, est étendue sur une table, morte, suicidée. Et de là nous voilà invités à suivre les pensées d’un mari tourmenté par la culpabilité, qui essaie de trouver la solution de l’énigme, la raison de ce suicide si brutal, et qui retrace de manière plus ou moins décousus les moments passés avec cette jeune femme qui l’a volontairement quittée. Nous sommes le soir, ou dans la nuit, demain le corps sera enlevé et le narrateur se retrouvera seul. Il s’agit de faire durer l’instant, de faire durer les heures, et de donner un sens à ce qui arrive – si un quelconque sens il y a.

Je suis à nouveau séduite par l’habileté de Dostoïevski à cerner l’ « âme humaine ». C’est une véritable prouesse psychologique, et je trouve encore une fois l’auteur très en avance sur son temps. Sa volonté était, semble-t-il, de créer un monologue qui eut pu être celui de tout homme se retrouvant dans pareille situation. C’est ce qu’il revendique en tout cas dans le préambule de cette sombre histoire. Et c’est pour moi un pari réussi, tant le désordre qui règne dans ces pensées est parfaitement retranscrit, tant on peut voir le tiraillement de cet homme qui jongle entre un sentiment de culpabilité profonde et la volonté de se justifier à tout prix. Encore une fois l’histoire est malheureuse, ses personnages le sont tout autant, mais le plaisir de cette lecture n’en est pas moins immense.

S’il ne s’agit certainement pas là de l’ouvrage le plus réussi de l’auteur à mes yeux, j’y vois une excellente démonstration de son style et de sa capacité à analyser la psychologie humaine. Il me reste encore un livre à lire pour ce mois, mais il est probable que celui-ci reste ma lecture préférée de janvier.

Est-ce que tu connais Dostoïevski ? Quel livre as-tu préféré de cet auteur ?

J’ai lu : La Vénus à la Fourrure, de Masoch

J’ai commencé mon #ObjectifCulture, dont je vous parlais en ce début d’année, par la lecture de La Vénus à la Fourrure. Je n’avais pas du tout anticipé ce choix. A vrai dire, la veille de la rédaction de cet article, je m’étais rendue à la médiathèque de ma ville. Depuis mon emménagement, il me suffit de marcher quelques mètres pour me retrouver le nez au milieu des bouquins, qui grouillent partout sur des dizaines et des dizaines d’étagères. Difficile de faire un choix, et celui-ci ne se fait que par hasard, par une attraction inexpliquée et qui, une semaine plus tard ou plus tôt, n’eut pas été la même. Ce jour là, je suis revenue avec une dizaine de livres sur les bras, et parmi eux, la Vénus à la Fourrure, de Masoch.
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Aux prémices du masochisme

Vous me trouverez sans doute bien naïve, voire inculte, ce que je suis sur bien des points d’ailleurs, mais je n’avais pas encore fait le rapprochement entre Leopold von Sacher-Masoch et la notion de masochisme. Il a fallut que je lise le préambule de cette pièce de théâtre pour faire enfin le lien, à ma grande surprise. Surprise oui, car je pensais le terme bien plus ancien – l’auteur étant né au XIXe siècle, et le dit roman, La Vénus à la fourrure, ne datant que de 1870 !

Cet auteur est injustement méconnu, à mon goût. Beaucoup d’entre vous auront sans doute déjà entendu parler du livre, mais peut-être sans même savoir qu’il s’agissait d’un livre, à l’origine. En effet, celui-ci a fait l’objet de maintes adaptations théâtrales et cinématographiques, la plus connue d’entre elle étant probablement celle de Roman Polanski, en 2013 (que je n’ai pas encore vue, à ma grande satisfaction, cela m’a permis de me plonger dans le livre sans images pré-créees, sans idée préconçue). Beaucoup, si ce n’est tout le monde, connaîtront la notion de masochisme, sans savoir vraiment d’où elle vient véritablement. Et bien je vous le donne en mille : elle vient dudit Leopold von Sacher-Masoch !

Le livre en quelques mots

La Vénus à la Fourrure, soyons clair, est un roman érotique. S’il ne m’a pas paru choquant, il faut avouer que certaines scènes sont relativement explicites, et que s’il ne s’agit que de dialogues dans le cadre d’une pièce de théâtre, les conversations des deux amants sont parfois relativement crues, pour l’époque du moins. Mais le tout est habilement mené, alimenté d’observations qui m’ont paru très poétiques, appuyées parfois sur des références à la mythologie romaine et à l’histoire qui se sont avérées passionnantes, d’envolées sentimentales qui éloignent ces scènes de toute vulgarité.

Le narrateur, Séverin, y raconte par le biais d’un manuscrit qu’il remet à son ami, son aventure avec Wanda von Dunajew. Après l’avoir convaincue de ses sentiments et lui avoir fait part, plus tard, de ses penchants sexuels quelque peu surprenants pour cette jeune veuve,  il signe un contrat avec elle établissant les bases, les règles de leur nouvelle relation, qui fait de lui un esclave au service de cette idole qui doit toujours être vêtue de fourrure lorsqu’elle lui fait du mal, symbole par excellence de la femme dominatrice (un passage du livre explique cet intérêt de la fourrure, lié à une représentation que l’auteur en a, et que je préfère vous laisser découvrir). De là se suivront bien des péripéties, des provocations,  la frontière s’estompe et les amants se perdent, s’abandonnent à ce jeu qui n’en est plus un et qui détruit le narrateur qui ne sait plus s’il y prend du plaisir ou s’il souffre démesurément.

La conclusion du récit me paraît on ne peut plus moderne, en ce qu’elle s’exprime ainsi :

« « C’est que la femme, telle que la nature l’a créée, et telle qu’elle attire l’homme actuellement, est son ennemie. Elle ne peut être pour lui qu’une esclave ou un tyran, jamais sa compagne. Elle ne pourra l’être que lorsqu’elle lui sera égale en droit et qu’elle vaudra par sa formation et son travail. Pour le moment nous n’avons qu’une alternative : être le marteau ou l’enclume d’une femme, comprends-tu ? »

Ce que cela nous apprend sur l’origine du masochisme

Le livre, emprunt d’une dimension autobiographique non dissimulée, offre une approche subtile de la notion et de ce qu’elle induit. Il offre une immersion dans la conscience du narrateur, troublé par des désirs qui se révèlent progressivement et qui entraînent la stupeur de celle qu’il aime – à sa façon – avant de la pousser elle-même à entrer dans ce jeu compliqué, douloureux, ambigu. L’auteur parvient à nous rendre ces désirs et les évènements qui en découlent compréhensibles, et à aborder le tout d’une manière délicate, poétique, et bien moins choquante qu’elle ne pourrait l’être, par conséquent. L’approche est très psychologique, avec des dimensions, parfois, à la limite du psychanalytique. A ma grande surprise, j’ai aimé ce livre qui m’a paru très riche à tous points de vue, et je n’hésiterais pas à le recommander à quiconque serait curieux d’en savoir davantage, et à tous ceux qui s’intéressent un peu aux différentes manières d’expérimenter les sentiments amoureux, le désir, la relation à l’autre.

Tu connaissais cet auteur ? Tu aimes ? Tu aurais envie de découvrir davantage ?

#Objectif Culture – Mes envies du mois de Janvier

Il y a quelques jours, je vous parlais de ma #Résolution n°1 pour 2016, celle de rencontrer davantage d’objets culturels chaque mois, car c’est un dimension de ma vie qui a bien manqué l’an passé. Je publierai donc chaque début de mois mes #Objectifs Cultures, et nous verrons ensemble à la fin de celui-ci, si j’ai respecté l’objectif ou non. Le tout s’accompagnant chaque fois d’un commentaire plus ou moins détaillé de l’oeuvre rencontrée. Sinon, ce n’est pas drôle !

Ainsi, en janvier, je partirai à la rencontre de :

CINEMA :

  • Janis, de Amy BERG
  • Carol, de Todd HAYNES
  • Demain, de Cyril DION et Mélanie LAURENT
  • Mistress America, de Noah BAUMBACH

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LIVRES :

  • La Douce, DOSTOIEVSKI
  • La Vénus à la Fourrure, L. Von SACHER-MASOCH
  • Yann Andréa Steiner, Marguerite DURAS
  • Journal d’un corps, Daniel PENNAC

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EXPOSITION :

  • Splendeurs et Misères, images de la prostitution, au Musée d’Orsay
  • Visages de l’effroi, Musée de la Vie Romantique

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SPECTACLE :

  • Roméo et Juliette, à la Comédie Française
  • Lucrèce Borgia, à la Comédie Française

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& toi, qu’as tu envie de voir pour commencer cette année en beauté ? Qu’as tu à me conseiller pour le mois prochain, à me dire concernant celles du mois de janvier ?