Frida Kahlo racontée par Pierre Clavillier : une personnalité survolée.

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L’ouvrage est fidèle au genre dont il se réclame. Une biographie, rien de plus, rien de moins. L’auteur ne s’embarrasse pas de considérations psychologiques, il ne donne pas corps au personnage qu’il nous dévoile, et ce livre m’a donné l’impression quelque peu frustrante d’une énumération d’événements sans matière, visant à nous faire découvrir le vécu d’une artiste internationalement (re)connue de la manière la plus épurée possible.

C’est une introduction factuelle à la vie de Frida Kahlo pour ceux qui la connaîtraient peu – ce qui était mon cas avant cette lecture – mais qui ne permet pas un réel « attachement ». Après cette lecture, le sentiment d’en savoir toujours si peu concernant l’artiste, demeure. Son parcours est éclairé par ce travail assez approfondi de l’auteur, mais sa personnalité n’est que survolée et c’est un point que je regrette.

 L’écriture est simple, dépouillée de toute stylisation superflue. L’objet du livre est Frida Kahlo, le parcours de Frida Kahlo, et rien ne vient entraver l’objectif poursuivi par l’auteur de la faire découvrir au lecteur encore ignorant.

C’est donc une approche utile de l’artiste, mais qui sera vite oubliée. J’ai découvert Frida Kahlo dans ses grandes lignes, j’aimerais désormais l’approcher autrement, plus profondément, découvrir sa psychologie, ses discours, ses relations. Sa conception de l’art, de la vie, de la politique. Aller au delà des faits, m’attarder sur le reste, assez négligé par Pierre Clavillier.

Si tu as des livres à me recommander sur ce sujet, n’hésite pas, partage les !

Dans un élan créatif, je dis ma liberté.

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Il est dix heures, la nuit est tombée, les lampadaires de la rue éclairent mon salon tamisé. En tailleur devant ma table basse, posée sur un coussin à même le sol, j’ai la tête dans mon cahier, les yeux rivés sur la mine de charbon. Je laisse se balader mon crayon. La mine gratte le papier encore blanc, épargné pour le moment, je l’entends crisser dans ses mouvements, et mon âme s’apaise au rythme de ses allez-retours. Je donne forme à l’inconnu, au vide.

Sous mes doigts se révèlent : des lignes, de pleins, des figures. Lorsque j’en ombre l’intérieur, soudain naît la profondeur. Alors j’entre dans le papier, nous ne sommes plus qu’un, une seule réalité. Je donne vie à ce visage muet, immobile. Je gonfle ses joues d’une ombre arrondie quittant le nez pour s’échouer sous une oreille inaboutie. J’invente une autre, son visage, ses traits, dans son regard je peux peindre la tristesse, ou dessiner l’innocence d’un rire perlé finissant dans ses yeux plissés.

L’odeur du charbon qui s’effrite sur ma feuille, que je disperse en un souffle pour me replonger dans mes gestes contrôlés mais libres. Liberté.

Je me libère du quotidien, du temps, de mon besoin de tout calculer, tout le temps. Le nez sur le papier, j’oublie l’horloge, j’ignore l’heure qu’il est. Lorsque je le quitterai, deux heures, trois heures auront passé. Le silence de la nuit met fin au temps qui passe, et dans un sursis indéterminé, je crée.

J’échappe à ma réalité, un instant. J’ai tout pouvoir sur la blancheur de ce qui n’est pas, de ce qui n’est pas encore, qui attend un geste de moi, un trait, un élan. Je sens mon pouvoir dans ces lignes que je trace et qui finissent par parler pour moi. Un pouvoir innocent, naïf.

Un talent qui n’en est pas un. Un plaisir certain. Une fierté peut-être. A travers mes dessins, j’existe. J’attire l’attention sur ce que je ne dis pas, faute de mots suffisants pour illustrer des propos muets. Les regards se posent enfin sur moi lorsqu’ils s’attardent sur les courbures d’une figure qui naquit de mes doigts.

Je me suis fait une place en prenant mes crayons, mes carnets sous le bras. Si la vie m’en éloigne, je les garde toujours près de moi. A tout moment j’y reviens, je renaît. Par cet élan créatif, j’affirme ma liberté.

# 29 jours de gratitude – Jour 17 – Ma créativité

J’ai perdu mon assiduité. Les jours passent, je ne les vois pas défiler, je dois éteindre la lumière qu’il me reste encore un millier de chose à faire. Je cours après le temps, mais pour la thématique de ce jour, je voulais me poser un instant, car c’est là un aspect de ma vie important.

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Je ne suis pas à proprement parler une artiste. Je me bride moi-même et je manque d’inspiration, souvent. D’imagination. Néanmoins, j’aime ressortir mon matériel de dessin lorsque j’en ressens à nouveau le besoin, vestiges d’un temps où j’espérais rejoindre une école d’art pour laquelle je n’ai jamais postulé. Peur de l’échec, peur de la réalité. Peur d’entendre une vérité qui m’aurais privée de cet atout dont j’étais si fière. Le dessin, la photo, la peinture. L’art. Avec l’écriture, ils sont mes seuls motifs de fierté, et ils m’ont apportés beaucoup au cours de ma timide et bafouillante jeunesse.

Je vous ai déjà parlé de ma timidité durant l’adolescence, cette volonté de m’effacer, l’impression de n’avoir rien à dire. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je voulais être considérée par les autres, j’avais besoin d’exister, mais mon manque de confiance en moi m’empêchait de faire le premier pas, et de parler haut et fort, d’aller vers les autres et de me laisser vivre. Le dessin me permettait de contrer cette difficulté. Grâce à lui, je pouvais rester à ma place, les autres venaient à moi. Mes carnets de croquis avaient ce pouvoir d’attirer foule pendant les récréations. Et ce sentiment de profonde fierté m’a aidée, petit à petit, à me faire une place. Une chose en entraînant une autre, j’ai pris conscience de mes capacités, j’ai gagné en confiance, j’ai combattu cette angoisse de la vie sociale. Et chaque fois que je me retrouvais dans un nouvel endroit, au milieu d’une foule d’inconnus, je ressortais mes crayons. Ils parlaient pour moi.

C’est pour cette raison que je suis aujourd’hui si reconnaissante. J’ai eu ce talent, que j’ai un peu perdu parce que j’en avais moins besoin, mais qui me revient progressivement à mesure que j’y travaille. Ce talent qui m’a permis de m’exprimer différemment, de me raconter des histoires, et de communiquer avec le monde alentours sans avoir à me battre avec des mots qui ne venaient pas.

Aujourd’hui les mots sont revenus, mais je reste fidèle à mon premier allié.

Merci.

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »