Petit village de montagne : bienvenue à Arrien-en-Bethmale

ARRIEN-EN-BETHMALE

Avant de venir à Paris quand il avait passé 20 ans, mon grand-père était berger dans les montagnes des Pyrénées. Il est né dans la Vallée de Bethmale dont je vous ai déjà parlé, il a grandi à Arrien, où j’ai passé bien des étés. J’y suis retournée la semaine dernière, pour présenter la région à l’amoureux. J’ai eu l’envie de vous faire profiter de ce magnifique village à l’allure presque abandonnée, baigné de nature, face à l’immensité des montagnes enneigées. Continuer la lecture de Petit village de montagne : bienvenue à Arrien-en-Bethmale

Objectif culture : bilan de février

BILAN DE FEVRIER

Le mois de février fut plus réussi que ne l’avait été janvier. J’ai mis quelque temps mon mémoire de côté pour me consacrer à ce que j’aime et qui me manquait. J’ai participé à un challenge, le week-end à 1000, proposé par Lili bouquine depuis un certain temps déjà mais que je viens seulement de découvrir. Le principe étant, pour simplifier, de lire 1000 pages en un week-end. Ayant eu à faire à quelques contretemps, je n’ai pu lire « que » 650 pages, mais l’objectif était surtout pour moi de renouer avec cet amour un peu délaissé de la lecture, et ce fut une réussite. Au niveau des films, je n’ai rien vu de ce que j’avais prévu de voir, mais j’ai fait malgré tout des découvertes qui méritent d’être évoquées. J’ai également vu l’exposition sur Victor Hugo, parce qu’elle me tentait beaucoup et qu’elle se terminait ce mois-ci. Côté spectacle, hormis une représentation de violoncelle de l’amoureux, rien à signaler… Il faudra que je me motive davantage à l’avenir, mais ce froid glacial qui me griffe les joues chaque fois que je mets le nez dehors me décourage un peu

¶ CINEMA : 4 / 4
¶ LIVRES   : 5 / 3
¶ EXPOS    : 1 / 2
¶ SORTIE  : 0 / 1

DES OCCASIONS A SAISIR

Du côté du cinéma, je n’ai rien vu de ce que j’avais planifié. D’ailleurs, pour être honnête, je n’ai choisi aucun des films que j’ai fini par aller visionner. Cela m’a permis d’avoir de bonnes surprises, mais dans l’ensemble, je suis assez déçue.

J’ai vu d’abord le film roumain Le Trésor dont je vous ai déjà parlé et sur lequel je ne m’attarderai donc pas. Il faut juste savoir qu’il s’agissait là d’une invitation de la part de Sens critique qui me permit de découvrir un film que je n’aurais pas vu sans cela, et qui m’a ouvert la voie du cinéma européen.
Toujours par Senscritique, j’ai vu Saint Amour, dont l’affiche ressemble plus à celle d’une pièce de théâtre à mon goût, et que vous aurez sûrement croisée ces derniers jours. Saint Amour n’est pas mauvais. C’est un film français. Il parle de ce choc culturel qui peut avoir lieu entre le monde paysan et le microcosme parisien – choc culturel qui se matérialise aux détours des allées du Salon de l’Agriculture. Il parle d’un fils d’agriculteur qui refuse de suivre son père et préfère se construire autre chose, ailleurs. Pour renouer avec ce fils – incarné par Benoît Poelvoord – Gérard Depardieu (le père donc), choisi de l’emmener faire une route des vins. S’en suivent moult péripéties toutes aussi drôles les unes que les autres, et non dénuées de tendresse. J’ai passé un très bon moment. C’est le genre de film que je ne regarderais pas de moi-même, mais qui se laisse voir avec plaisir. Un bon moment qui ne laissera que peu de traces.
Je me suis laissée traînée au cinéma par une amie pour y voir le dernier Tarantino, Les Huit Salopards. Je ne suis pas fan de ce réalisateur et de son côté sanguinolent. J’ai été agréablement surprise par ce film et par son histoire. Il est long, vraiment, mais j’ai pris du plaisir à le voir, à en découvrir les personnages, l’atmosphère. Malheureusement, il a fallu que durant le dernier quart d’heure Tarantino nous fasse cadeau de sa marque de fabrication, à base de coups de feu, de crânes qui explosent, de sang qui gicle et d’hommes qui hurlent et se bidonnent. Mais c’est drôle, il faut bien l’avouer, même si j’ai passé ces derniers instants la tête enfouie dans le fauteuil d’en face.
Enfin, The Revenant, dont je reparlerai sûrement. J’ai déjà écrit un billet au sujet de son directeur de photographie, à qui le film doit beaucoup. Leonardo DiCaprio réalise quant à lui une véritable performance qui a été justement récompensée à mes yeux. Mais le reste mérite d’être évoqué et je le ferai plus longuement dans un billet qui lui sera consacré.

CURE DE LECTURE

Ce mois-ci, j’ai battu des records, pour mon plus grand plaisir ! J’ai beaucoup lu, et fait de belles découvertes. J’ai parlé quasiment de toutes ces lectures dans des billets divers, sur Françoise Sagan, Daniel Pennac ou encore Modiano. Tous méritent qu’on s’y attarde, et je le ferai bientôt. J’aimerais parler surtout un peu plus longuement du livre de Delphine De Vigan, Les Heures Souterraines, qui est l’un de ses premiers essais, et si on y reconnait bien la plume, il me paraît se distinguer quelque peu de ses ouvrages ultérieurs. Je l’ai beaucoup aimé, il m’a fait réfléchir, j’y reviendrai. J’ai également terminé Emilie, Emilie, qui retrace la vie de deux ambitieuses du XVIIIe siècle, Emilie du Châtelet et Louise d’Epinay. Elles méritent chacune une page à elles seules, je le ferai également.

J’ai aimé ce mois de lecture intensive, ne lâchant mes bouquins que pour mieux les retrouver. Echanger des regards avec les passagers du métro qui attardaient le leur sur la couverture du livre entre mes mains. Discuter avec des amis de ma dernière lecture. Echanger des conseils pour celles à venir. Je me suis crée un cocon, j’ai passé des week-end blottie dans mon canapé, un plaid sur les genoux, un café sur la table basse, une pile de bouquin haute comme moi à mes pieds. Voyager dans le temps, dans l’espace, découvrir mille et une personnes et me fondre dans leurs réflexions, leurs petits bonheurs, leurs angoisses. C’est une sensation que j’avais oubliée, ce dédoublement de soi-même à la lecture d’autrui. C’est un plaisir que j’avais mis de côté et qui m’avait manqué. Je m’y replonge avec délice.

L’arnaque du siècle : Eros Hugo

C’est une exposition que je voulais voir depuis un moment. Personne n’était motivé pour m’y accompagner, je m’y suis donc rendue seule, la veille de sa fermeture. J’avais pris avec moi un carnet de croquis – quelle bonne idée j’avais eu là ! Sans lui, je serais ressortie dix minutes après avoir enfin réussi à entrer. Trente minutes de queue, 5 euros le billet : le tout pour voir trois pauvres pièces remplies tant bien que mal de tableaux sans liens directs avec l’écrivain, et de citations de celui-ci affichées au mur pour donner le change.

Je suis ressortie bien déçue. L’idée était bonne. Montrer cet écart qu’il y avait entre la poésie, l’écriture hugolienne, pleine de romantisme et de pudeur, et sa vie de débauche, d’infidélités, de passions successives. Il y aurait eu matière à s’interroger, à élaborer. Faire le portrait d’une société en proie à ses préjugés, hypocrite peut-être, paradoxale sûrement. Mais le tout a été très mal rendu, je n’ai pas saisi l’ambition de cette courte exposition. Tout ce que j’ai pu en tirer, c’est cinq ou six croquis gribouillés sur les pages de mon nouveau carnet.

Voilà pour ce bilan de février. Je me laisse quelques temps pour le digérer, et réfléchir à mes prochaines ambitions du printemps. Nous nous retrouverons bien vite sur ce sujet !

As-tu fait de belles découvertes en février ? Que me conseillerais-tu pour le mois prochain ?

Modiano me dévoile Paris : Accident nocturne

On ne présente plus Modiano depuis qu’il a été récompensé par le Prix Nobel de littérature en 2014. Je ne l’avais découvert que peu de temps auparavant d’ailleurs, avec le livre Des inconnues, qui me faisait de l’oeil depuis un moment dans la bibliothèque maternelle. J’avais beaucoup aimé cette écriture simple mais efficace, et si belle, si poétique. C’est une époque où je pestais contre cette sorte de « prétention littéraire », et Modiano offrait une alternative délicieuse. J’ai donc aimé cet auteur dès le départ. Cette semaine, c’est avec un autre roman que je suis partie à sa rencontre, Accident nocturne, qui n’est pas le plus connu non plus, mais qui mériterait de l’être davantage, tant il me paraît abouti.

De quoi me parles-tu cette fois, Modiano ?

Le roman s’ouvre sur un accident. Aucune surprise aux vues du titre de l’ouvrage donc. L’auteur donne le ton. Traversant la place des Pyramides, une nuit que ses pensées vagabondaient bien loin de cette route déserte, le narrateur se fait renverser par une voiture, dont sortira quelques instant plus tard une jeune femme elle-même titubante. Tombant dans un état de demi-conscience, sous le choc, l’accidenté se laisse balader d’un lieu à l’autre, ne comprenant que peu ce qui lui arrive, et nous laissant nous aussi dans le mystère le plus total. Quelques jours plus tard, il se réveille à l’hôpital où il a été transporté dans son sommeil, sa jambe paralysée par des bandages, la mémoire vacillante. Il retrouve à l’accueil un homme qui était lui-même présent lors de l’accident, impressionnant, qui lui fait signer un procès-verbal, et lui remet une enveloppe pleine de billets, avant de disparaître. De la femme qui l’a renversée, aucun signe, simplement un nom, consigné sur ce procès verbal, et la description de sa voiture, une fiat, couleur « verre d’eau ». Le mystère s’épaissit, le jeune homme est perplexe. Une fois ses esprits retrouvés, il se montre bien décidé à retrouver cette femme (ce couple ?), à lui rendre cet argent qu’il n’a pas voulu, et à éclaircir cette situation. Mais tous deux se sont volatilisés, et le narrateur paraît courir après un fantôme. S’en suit un long parcours parisien qui, plutôt que de témoigner d’une avancée progressive, se fait bien vite retour aux origines. Cet accident et le choc qu’il a causé au narrateur marque un point de rupture dans cette existence qu’il voit désormais comme aveugle. Il y a un avant, et un après. Nous sommes à ce moment en pleine transition, dans un va et vient entre le passé et le présent qui nous plonge au fin fond des interrogations d’un narrateur qui se perd pour mieux se retrouver.

Une géographie du souvenir

Fidèle à lui-même, Modiano nous balade à nouveau dans les rues de Paris, ce Paris qu’il évoquait déjà dans Des inconnus, et que je crois récurrent dans ces récits multiples aux titres bien souvent évocateurs. (Pourquoi l’avoir à ce point oublié en novembre dernier ?) A sa sortie de l’hôpital, le jeune homme, un peu sonné, se met à marcher, sans but. Petit à petit, son objectif se dessine : retrouver cette blonde au manteau de fourrure qui l’a renversé cette nuit là, place des Pyramides. Mais le mystère qui entoure la jeune femme le conduira bien loin, dans une marche sans fin qui ramène à lui des souvenirs enfouis. A chaque coin de rue, l’auteur se souvient. De vieilles anecdotes resurgissent, des accidents similaires, des incompréhensions, des visages oubliés. Ce passé s’avère tout aussi mystérieux que peut l’être le présent, et cherchant à résoudre ce dernier, il soigne les plaies du premier. Au delà de Paris, ce narrateur sans identité quitte la capitale, il revient en pensée sur les différents lieux de son enfance, multiples, les déménagements s’étant enchaînés années après années. Il revoit son père, café après café, ne vivant jamais au même endroit, et disparaissant un beau jour dans cette banlieue qu’on n’évoquera pas. Le loin. L’obscur. Je vois dans ces parcours une forme de labyrinthe psychologique, et je suis séduite par cette entreprise littéraire.

Psychanalyse empirique

Cette géographie mémorielle m’amène à voir dans cette progressive réminiscence une forme de psychanalyse expérimentale. Un « docteur » croisé dans un café ne s’épanche-t-il pas lui même sur le sujet ? Si le narrateur ne comprend pas ses propos et ne les partage pas, il les pratique. Cet accident, décisif, le sort de sa torpeur. S’il avoue lui-même avoir roulé jusqu’à ce jour, dans un équilibre précaire, fixant la route pour ne pas s’effondrer et ne regardant jamais dans le rétro, ce refus du passé est terminé. Ce soir-là, quelque chose s’est brisé, et petit à petit, c’est toute une enfance oubliée et incomprise qui ressurgit. S’attachant à des détails infimes, le narrateur remonte le fil du temps, voit renaître des images, reconstitue ce puzzle qui lui permet de mieux saisir le présent. Ce livre est finalement le récit de ces allez-retour dans le temps, qui lui permettront, à terme, de pouvoir enfin regarder vers l’avenir.

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Malgré les apparences, je ne spoile rien ici, je ne dessine qu’une trame, et offre une interprétation qui ne regarde que moi, mais qui justifie ce plaisir que j’ai pris à la lecture de ce livre.

L’intéressant reste le récit lui-même, la manière dont le narrateur se raconte, au fur et à mesure qu’il se découvre.

C’est son chemin, son parcours, physique et mental.

Je vous le conseille. Comme tous les livres de Modiano.

The Revenant : Emmanuel Lubezki méritait (encore une fois) son Oscar

Depuis ce matin, les réseaux sociaux sont saturés de messages à destination de Leonardo DiCaprio, cet acteur maudit passé tant de fois à côté de l’Oscar vivement convoité. Cette année, le succès lui a enfin répondu, et il est amplement mérité. Si le film est si poignant, il doit beaucoup à la prestation de celui-ci, qui s’est donné corps et âme pour son personnage, et nous propose une véritable performance dont il sera toujours temps de reparler d’ici quelques jours.

Aujourd’hui, j’aimerais surtout m’attarder sur l’élite de l’élite des instagrammer, j’ai nommé Emmanuel Lubezki.

The Revenant est un film qui, malgré ses longueurs, ne nous permet pas de décrocher un instant. Les dialogues sont quasiment absents d’un film qui se place surtout dans la lignée de ces oeuvres mettant en scène un homme face à la nature – avec toutes les épreuves que cela suppose (les végétariens auront bien souvent le coeur en miettes et l’estomac retourné durant la diffusion…). La nature… Elle s’offre à nous dans toute sa magnifique brutalité. Des paysages à couper le souffle, valorisés par la douce lumière d’un crépuscule hivernal… Tourné à la fois au Canada et en Argentine – pour des raisons techniques – le film m’a fait voyager de mon siège, et je suis ressortie de la salle l’estomac retourné, certes, mais surtout la tête pleine de la beauté subjuguante de cette Amérique intemporelle.

Je suis navrée qu’on parle si peu de ce directeur de la photographie qu’est Emmanuel Lubezki, qui a été fort heureusement récompensé par les Oscars la nuit passée. En allant me renseigner un peu plus sur le personnage, je me suis aperçue que j’avais eu l’occasion de croiser ce talentueux mexicain à diverses reprises, face à des films qui m’avaient tout autant séduite, comme Le Nouveau Monde, qui se rapproche fort d’ailleurs de The Revenant, et pour lequel il avait également été récompensé.

Je suis de celles qui considèrent que l’image d’un film conditionne son succès. J’avais vivement regretté le réalisme outré du film Le Trésor qui m’avait empêchée de me raccrocher à la beauté du décor lorsque les dialogues ou l’intrigue m’avaient perdue. Emmanuel Lubezki sait tenir le spectateur en haleine, et a témoigné à maintes reprises de son talent, ce qui lui permit de tourner avec les plus grands, et de laisser sa trace à travers des films qui rencontrèrent un succès auquel il a très certainement participé : The Tree of Life ? C’était lui. Birdman ? Lui encore. Gravity aussi, tant qu’on y est. Les Fils de l’Homme ou Sleepy Hollow également, pour ne citer que les plus connus.

Son habileté est d’ailleurs reconnue dans le milieu : le Monsieur ne compte plus ses récompenses, et s’avère d’ailleurs être un habitué des Oscars, puisqu’il compte désormais dans sa collection pas moins de six nominations, et trois statuettes !

Un sacré talent donc, que je tâcherai de suivre désormais.

(Pour ceux que ça intéressent, et je suis sûre qu’ils seront nombreux, Emmanuel Lubezki a un compte Instagram – évidemment ! – qui est à couper le souffle. Ca se passe ici.)

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J’ai lu Sagan : bonjour tristesse.

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J’avais rencontré ce court roman il y a quelques années, et il m’avait déplu. J’étais à l’époque attirée par la figure de cette femme, jeune, écrivain. Séduite par l’histoire qui lui était attachée, un reportage à son sujet avait achevé de me convaincre qu’il me fallait essayer cette lecture. J’ai commencé par Bonjour tristesse parce qu’il était le plus connu, le premier aussi. Et je m’étais arrêtée là. Laissant cette lecture inaboutie, suite à un agacement qui me l’avait fait quitter après quelques pages seulement.

Je n’avais pas aimé ces considérations bourgeoises. Les petites préoccupations d’une enfant de la haute bourgeoisie, baignant dans le luxe, adulée par son père. Cette tristesse dont elle parlait me paraissait injuste, et superficielle. J’étais profondément agacée. Passant à côté d’aspects pourtant très intéressants de ce livre que j’ai relu – et terminé – ce weekend.

Mon petit-ami me l’a offert au début du mois. C’est quelque chose que nous avons mis en place à sa demande. Chaque mois, nous nous offrons mutuellement un livre, de n’importe quel genre. Je reparlerais probablement de ce petit rituel qui apporte son lot d’agréables surprises. Pour l’instant, je me contenterai de parler de ce premier roman qui révéla François Sagan.

Un duo qui se fissure, un trio qui s’ébranle

Cécile a dix sept ans, elle vient de rater son bac, elle part en vacances dans le sud avec un père qu’elle adore et qui l’adule. Ce duo reconstitué deux ans plus tôt se veut atypique par sa désinvolture. Le père de l’adolescente est frivole. Il enchaîne les conquêtes qu’il rencontre au gré des soirées qu’il partage avec sa fille, où tous deux se plaisent à boire et à fumer, à danser jusqu’au matin avant de s’abandonner dans le sommeil le plus profond et de rire au réveil des déboires de la veille. Cécile est consciente de l’instabilité de cet homme qu’elle sait charmant, elle a vu défiler bien des jeunes femmes dans leur appartement, mais elle l’accepte, heureuse que le tout se termine toujours bien rapidement. Elle aime ce duo qu’ils forment tous les deux, original, immoral. Elle y apprend à savourer la vie, à éveiller ses sens. Consciente malgré tout d’un manque qu’elle n’est pas sûre de vouloir combler.

L’arrivée d’Anne Larsen viendra bouleverser cet équilibre instable, et de là tout s’effritera progressivement. Cette femme de l’âge de son père, intelligente, belle et sérieuse, femme respectable qui détonne fort avec les demi-mondaines qu’il a coutume de ramener chez lui, remet en question toutes les bases de leur quotidien de gentille débauche. Partagée entre son admiration certaine à l’égard de cette femme, et le refus de laisser le mépris de celle-ci salir deux années de douce complicité, Cécile nous fait partager au fil des pages le bouillonnement de ses idées contraires tout au long d’un été qui promet d’être chaotique.

Un roman initiatique ? Le désir et la peine.

Cet été dans le sud est celui de bien des découvertes. L’arrivée d’un tiers pousse la jeune fille à se regarder avec les yeux d’une étrangère. Le tableau n’est pas toujours glorieux, et la voilà tiraillée entre la satisfaction de ses plaisirs et la honte d’un quotidien superficiel et vide de sens. Pour la première fois, ce jeune personnage se laisse aller à l’introspection, elle qui nous parlait quelques pages plus tôt de son impulsivité maladive. Elle se découvre en étudiant les autres, son père, son nouvel amour, cette femme froide, « indifférente » et pourtant admirable. Remise en question douloureuse et qui la pousse dans les bras d’un garçon qui lui fut interdit.

Cyril a vingt-six ans, bien plus âgé qu’elle, il est fou amoureux. Les baisers fougueux sous un soleil de plomb laisseront bientôt place aux premières caresses sur leurs peaux à vif. Cet été-là, Cécile découvre les plaisirs de l’amour, que Françoise Sagan décrit avec beaucoup de poésie, mais sans fard, ce qui provoqua à l’époque force protestations. Pour ma part, j’ai aimé cette sincère naïveté avec laquelle elle dépeint ces premières expériences.

Ces rencontres, ces découvertes, ces bouleversements amèneront leur lot de joie, mais aussi de douleur. L’adolescente découvre les affres de l’amour, du désir, le revers d’une sensualité savourée sans retenue, et en ressors transformée. C’est bien de cette transformation, de cette « mue », dont nous fait part l’auteur ici.

La poésie du langage

J’étais passée à côté de cette dimension de l’écriture lors de ma première lecture. Agacée par le fond, je n’avais prêté que peu d’attention à la forme. Pourtant, j’ai été séduite cette fois-ci dès les premiers mots. Il n’y a rien de trop, le style correspond à ce que s’y raconte, il est simple, mais beau, agréable à découvrir.

Françoise Sagan parle des plaisirs du quotidien, et de la danse des émotions, avec une habileté sereine. J’ai aimé sa manière de nous révéler des plaisirs sensoriels que nous connaissons tous, mais auxquels nous ne prêtons guère attention. Les rayons du soleil à son orbite, baignant la chambre de sa lumière alors que nous nous extirpons difficilement d’un sommeil trop long. La fraîcheur de l’eau sur nos peaux en sueur. Le bruit des grillons. Des vagues. De la foule qui se laisse bercer par une musique estivale. C’est une manière de me faire vivre ce que j’ai oublié, en cet hiver qui s’éternise. J’ai aimé cela.

J’ai aimé l’écriture de cette auteure que j’avais mal jugé. Et je suis heureuse d’avoir eu l’occasion de lui laisser une seconde chance qui aura tout changé.

Si tu connais Françoise Sagan, quel roman aurais-tu à me conseiller pour poursuivre cette jolie lecture ?

J’ai quitté la maison : cet enfant qui résiste en moi.

Welcome home

Quitter la maison, j’y pensais depuis longtemps.

Depuis plusieurs années déjà, je m’abonnais régulièrement à différents types d’annonces sur les sites de recherches immobilières. Je faisais mes comptes, je mettais de côté. A la maison, je rêvais d’un ailleurs, où le rythme de vie serait dicté par mes seuls désirs, où les jours de ménages seraient fixés par mon emploi du temps (et ma bonne volonté), où je serais chez moi, libre de vivre à ma façon, de sortir, de rentrer, de mettre la musique à fond, ou d’exiger le silence absolu pour me consacrer à la lecture d’un bouquin que je refuse de lâcher avant sa fin. Bref, oui, quitter la maison, j’y pensais depuis longtemps.

Pourquoi si longtemps ? Pour des raisons financières et des raisons d’emploi du temps, d’abord. Ma vie d’étudiante en prépa ne me permettait pas de travailler à côté et donc l’argent se faisait souvent rare dans le porte-monnaie. La bi-licence qui a suivi n’était pas l’alternative idéale. Il a donc fallu attendre mon Master pour pouvoir, finalement, quitter le nid. J’ai trouvé un petit boulot, j’ai trouvé un bon plan, j’ai trouvé mon appartement. Mais le temps, l’argent, sont-ils vraiment les uniques raisons de cette interminable attente ? Je n’en suis pas si sûre, et j’en doute encore davantage maintenant que je suis seule chez moi et que je peux prendre le recul nécessaire pour repenser à tout cela.

Une décision qui n’a rien d’anodin.

Prendre son premier appartement semble marqué par l’excitation et la joie la plus vive. Emancipation tant attendue et besoin de liberté enfin assouvi, tout semble très facile si l’on met de côté les différentes démarches qui tendent à pourrir un peu les premiers mois qui précèdent, et qui suivent l’installation. Pourtant, cette étape est tout sauf anodine, et je crois qu’on tend à trop mettre de côté ce que cela implique pour les jeunes adultes que nous sommes alors. Moi qui suis très attachée aux symboles, et qui ai toujours eu un peu de mal à m’adapter au changement, je l’ai vécu de manière assez vive et inattendue.

Parce qu’il s’agit à mes yeux de devenir adultes. Quand nous en avons parlé avec ma mère, un peu plus tard, après avoir échangés quelques paroles nostalgiques, elle m’a dit à raison que c’était là l’aboutissement d’une éducation. A ses yeux, pendant une vingtaine d’années, elle a été là pour m’apprendre tout un tas de choses plus ou moins importantes pour se débrouiller dans la vie. Elle m’a transmis ses valeurs, a essayé de m’inculquer les bonnes manières, et de partager avec moi un certain nombres d’astuces pour vivre correctement. Une fois partie de la maison, il ne me reste plus qu’à mettre tout ça en application, et à me faire ma propre idée de la vie, garder ce qui me semble utile, mettre de côté le reste. Et devenir celle que je dois devenir. Je me rends compte aujourd’hui tout ce que je dois à mes parents, tout ce qu’ils m’ont légué. Quand j’ai décoré ce nouveau nid douillet, j’ai assurément été influencée par les goûts de ma maman. Quand je reçois des invités, j’applique ses conseils avisés. De même, quand je décide de m’accorder une pause, c’est la musique de mon papa que j’écoute suffisamment fort pour savourer pleinement toutes les nuances de ses morceaux préférés. Quand je fais la cuisine, c’est lui que j’appelle. Et c’est grâce à lui que je m’attache à manger le mieux possible, et à ne pas m’abonner aux boîtes de conserves et aux pâtes au ketchup.

Quitter l’endroit, mais surtout les personnes avec lesquelles on a grandi n’est pas si évident qu’on ne le pense. Et l’on s’en rend compte plus ou moins tard. Je crois que je ne me l’avouais pas les quelques années qui ont précédé mes démarches, mais ma réticence à prendre les choses en mains est très révélatrice de ce besoin de faire durer un peu les choses, encore. Le vrai déclic s’est fait lorsqu’il a fallu signer le bail. Nous étions tous venus à l’agence, ma famille, mon petit ami et moi. Autant vous dire qu’on nous a un peu regardés de travers quand nous sommes entrés. Et au moment de signer, je me suis dit « ça y est. C’est le moment ». Le moment ? Oui. Celui de quitter ma maman et de voler de mes propres ailes. Et ça n’a rien de facile, même si l’endroit que j’avais trouvé me plaisait plus que je n’aurais pu l’imaginer, même si mon petit ami était là pour veiller sur moi, ça n’était pas facile. Et les jours qui ont suivis on été alimentés par mille et une réflexions. Je n’arrivais à faire mes cartons, à vider ma chambre. Je ne l’ai pas vidée d’ailleurs. Je suis repartie de zéro, j’ai acheté tous mes meubles (ça m’a pris tout l’été. Ca demande du temps de dénicher les bonnes affaires! 😉 ). Et j’ai passé un mois et demi avant d’aller y passer ma première nuit. Et il m’a fallu presque 6 mois avant de passer une semaine entière sans retourner là bas, chez elles, ma chère soeur et ma petite mère.

Aujourd’hui je suis bien.

Le temps a passé, je me suis habituée à mon cocon que j’ai voulu douillet. J’y passe parfois des journées entières, et j’aime pouvoir être seule, vivre à mon rythme, traîner au lit des heures et des heures et me mettre au ménage à 22H, si l’envie me prend à ce moment là précis. Je suis bien, parce que j’ai toujours aimé ma solitude. Je suis bien, parce que je suis chez moi, que j’ai des livres dans tous les recoins, et mon ordi pour m’évader dans un bon film quand les romans ne suffisent plus. Je peux travailler tranquillement, et j’apprends à cuisiner doucement. Mais parfois, encore, j’éprouve ce besoin de retourner dans mon ancienne chambre, d’aller me faire câliner par ma maman, de raconter mes aventures à mon petit papa, de retrouver l’enfant qui vit toujours en moi. Et ça me plait comme ça.

# 29 jours de gratitude – Jour 17 – Ma créativité

J’ai perdu mon assiduité. Les jours passent, je ne les vois pas défiler, je dois éteindre la lumière qu’il me reste encore un millier de chose à faire. Je cours après le temps, mais pour la thématique de ce jour, je voulais me poser un instant, car c’est là un aspect de ma vie important.

Créativité-dessin-art

Je ne suis pas à proprement parler une artiste. Je me bride moi-même et je manque d’inspiration, souvent. D’imagination. Néanmoins, j’aime ressortir mon matériel de dessin lorsque j’en ressens à nouveau le besoin, vestiges d’un temps où j’espérais rejoindre une école d’art pour laquelle je n’ai jamais postulé. Peur de l’échec, peur de la réalité. Peur d’entendre une vérité qui m’aurais privée de cet atout dont j’étais si fière. Le dessin, la photo, la peinture. L’art. Avec l’écriture, ils sont mes seuls motifs de fierté, et ils m’ont apportés beaucoup au cours de ma timide et bafouillante jeunesse.

Je vous ai déjà parlé de ma timidité durant l’adolescence, cette volonté de m’effacer, l’impression de n’avoir rien à dire. Ce n’est pas tout à fait vrai. Je voulais être considérée par les autres, j’avais besoin d’exister, mais mon manque de confiance en moi m’empêchait de faire le premier pas, et de parler haut et fort, d’aller vers les autres et de me laisser vivre. Le dessin me permettait de contrer cette difficulté. Grâce à lui, je pouvais rester à ma place, les autres venaient à moi. Mes carnets de croquis avaient ce pouvoir d’attirer foule pendant les récréations. Et ce sentiment de profonde fierté m’a aidée, petit à petit, à me faire une place. Une chose en entraînant une autre, j’ai pris conscience de mes capacités, j’ai gagné en confiance, j’ai combattu cette angoisse de la vie sociale. Et chaque fois que je me retrouvais dans un nouvel endroit, au milieu d’une foule d’inconnus, je ressortais mes crayons. Ils parlaient pour moi.

C’est pour cette raison que je suis aujourd’hui si reconnaissante. J’ai eu ce talent, que j’ai un peu perdu parce que j’en avais moins besoin, mais qui me revient progressivement à mesure que j’y travaille. Ce talent qui m’a permis de m’exprimer différemment, de me raconter des histoires, et de communiquer avec le monde alentours sans avoir à me battre avec des mots qui ne venaient pas.

Aujourd’hui les mots sont revenus, mais je reste fidèle à mon premier allié.

Merci.

(Très) mince, mais pas anorexique.

Love your body

« Elle a les bras si fins, quand elle te serre elle te ligote… »

Quand j’étais petite, une dizaine d’années environ, mes visites chez mon grand-père lui arrachaient toujours une grimace inquiète, et, plein de bienveillance, il m’apostrophait : « va falloir engraisser un peu tout ça hein ! », « Regardez ces petits bras ! Je vais te faire manger moi.. », « tu es si maigre… » et il me regardait les yeux rieurs mais le sourire inquiet. Ajoutez à cela une chevelure qui m’arrivait en haut des reins, et la coupe était pleine.

« …Elle veut être invisible, car elle se sent dans la marge, une rature en patte de mouche, toute illisible… »

Je ne vivais pas mal les commentaires de mon grand-père, je les savais emprunts de l’amour le plus sincère et son inquiétude n’en était qu’une preuve supplémentaire. Ce vieil homme si réservé et peu enclin aux démonstrations affectives avaient trouvé un moyen subtilement détourné de témoigner son affection. Malheureusement, ses réflexions venaient s’ajouter à la quantité d’autres remarques qui me poursuivaient jour après jour et venues d’un entourage qui était loin de m’être aussi proche que lui pouvait l’être. Les gens dans la rue me regardaient de travers, et mes professeurs de sport n’étaient pas avares de commentaires. J’avais une dizaine d’années, donc, l’âge où sa confiance en soi est vite ébranlée. L’avantage de cette silhouette toute en creux, c’est que je pouvais disparaître facilement. Aussi ai-je passé les années suivantes à me terrer dans un silence symptomatique, feuilletant ça et là des bouquins introuvables pour adopter le bon régime qui me ferait gonfler un peu. Sans formes, je n’étais pas désirable. Transparente. Pour couronner le tout, je me cachais derrière une frange trop longue et des pulls trop larges. Cette maigreur devint mon identité et j’arborais bien vite un squelette duquel je ne pouvais plus m’échapper.

« …C’est moi qui invite mets toi à table… »

Et puis j’ai fini par accepter une morphologie contre laquelle je ne pouvais rien et qui était une partie de moi. J’ai compris qu’il n’y avait pas de corps parfait et que la société était ainsi faite que peu importe la taille de ton pantalon, tes complexes trouveront toujours le moyen de s’appuyer sur un détail handicapant. J’ai peu parlé de celui qui m’a torturée pendant toutes ces années parce qu’il paraissait insensé, et, de fait, quand j’ai commencé à l’évoquer, les réactions se sont faites mitigées. Se plaindre d’un corps trop mince apparaît pour certain comme une aberration. Mais ce n’est pas ce corps qui m’encombre sinon les préjugés qui ne cessent de l’écraser de qualificatifs dégradants. Il ne se passe pas un repas sans que l’on jette un oeil à mon assiette. Si je mange trop peu on me croira superficielle et encline aux régimes. Si je mange beaucoup les réflexions jalouses fuseront de manière plus ou moins audible, quand on ne me soupçonnera pas de tout régurgiter une fois leurs yeux tournés.

J’aime mon corps quand il n’est pas passé à travers le filtre du regard des autres. Je m’y sens bien et j’ai appris à l’apprivoiser. Le yoga m’a beaucoup aidée dans cette démarche, comme j’en parlais il y a quelques temps dans un article consacré à cette pratique à elle seule très enrichissante. J’en prends soin et je le nourris correctement. Depuis que je fais un peu de sport, il s’est un peu épaissi, et je l’aime encore davantage pour cette raison. Je ne cherche pas à maigrir, je n’ai jamais voulu ressembler aux mannequins des podiums quoi que je leur trouve une certaine allure et que je les observe défiler avec un plaisir sincère, mais dénué de toute jalousie. J’accepte nos différences. Et je m’accepte enfin. Je suis mince, c’est un fait. Mais pas anorexique.

« …Et bouffe la vie fillette ! »

A une époque, j’ecoutais CETTE CHANSON DE SYRANO, dont sont tirées les paroles « titres », et qui me redonnait le sourire, j’y ai repensé ce soir a la redaction de cet article. Il y a bien eu une epoque ou ma chair sans relief etait due a un manque d’appetit causé par une forme de melancolie. Mais cette melancolie etait la consequence des regards critiques posés sur ma maigreur. Non, l’inverse.

Your body is a good place to be

# 29 jours de gratitude – Jour 15 – Ce voyage

Je ne suis plus aussi régulière qu’au début du mois. Je n’ai pas posté du week-end à ce sujet car je suis allée me ressourcer à la campagne, et qu’il n’y avait pas de connexion là bas, ce qui n’était pas plus mal. Mais je reprends le défi en cours, m’exprimant ce jour sur « ce » voyage.

CE VOYAGE

Je n’ai pas énormément voyagé dans ma vie. Contrairement à mon petit ami notamment qui a eu le temps de faire le tour de l’Europe plusieurs fois, je me suis cantonnée à certaines destinations ponctuelles et occasionnelles. Je garde un bon souvenir de tous ces voyages, je n’en préfère aucun, je ne pourrais pas choisir. J’ai aimé me promener en France, et je repense avec une certaine nostalgie à tous ces étés passés dans le sud avec mon père qui nous dégotait toujours une maison à la dernière minute, pour y passer la semaine, et découvrir la région. Le voyage dont j’ai le meilleur souvenir est peut-être celui que nous avons passé ensemble en Crète, les circonstances faisant que nous en sommes rentrés remontés à bloc, mais débordant d’une nostalgie qui ne nous quitterait plus et qui nous submergerait toujours, ensuite, à l’évocation de ce court séjour mémorable.

Néanmoins, je suis reconnaissante pour un voyage qui m’emmena beaucoup moins loin, et qui me fit simplement franchir la frontière Nord de mon cher pays. L’automne 2014, je suis allée à Gand avec mon petit-ami et sa famille, et j’ai retrouvé ce goût du voyage qui m’avait quitté depuis quelques temps.

Je me suis rappelée qu’il n’était pas si compliqué de voir le monde, et que quelques jours passés loin de la maison pouvaient suffire à remettre tous mes compteurs à zéro. J’ai constaté que des destinations moins touristiques pouvaient réserver d’immenses surprises, et qu’un après-midi sous la pluie pouvait avoir son charme. Je vous parlais de tout cela dans mes articles consacrés à ce séjour en Belgique, à Bruges ou à Gand,

Ce voyage fut le déclic dont j’avais besoin pour reprendre là où je l’avais laissé mon côté aventurier. On ne peut pas dire que depuis j’ai passé le temps qui me restait à arpenter le continent sac au dos, mais l’envie est revenue, et de courts séjours se son succédés ça et là.

J’aimerais mettre un peu d’argent de côté pour me réserver des week-end occasionnels, et voir un peu du pays. J’en parle de plus en plus, et quand je me tais, j’y pense d’autant plus fort.

D’ailleurs, si vous avez des bons plans, de bonnes adresses, ou des astuces pour voyager pas cher, je suis preneuse ! Je prends tous les conseils.

Pennac, son corps, et moi : le coup de coeur de février

JOURNAL D’UN CORPS – DANIEL PENNAC

Critique toute subjective aujourd’hui, dans la mesure où ce livre est celui qui m’aura fait croire à nouveau en la magie de la lecture. Je n’ai pas pu décrocher de ce « journal », fictif sans l’être, pleine de curiosité d’abord, puis de sympathie pour son narrateur, jusqu’à m’imaginer une forme de complicité avec son personnage haut en couleurs. L’histoire d’une vie, ôtée de tous ses artifices. J’ai été séduite par tout ce que j’en ai lu, chaque page. J’ai ri, souri, j’ai été très émue aussi, et parfois en colère quoique rarement. Une fois la dernière ligne lue, mes yeux ont eu du mal à quitter la page, et mes mains se sont montrées réticentes à refermer un livre qui m’a tant montré, tant appris. Parce qu’il y a une véritable expérience à cette lecture, une expérience enrichissante, durant laquelle on apprend beaucoup sur les autres, sur la vie, et sur soi-même. Maintenant que j’en ai fait l’apologie, voyons un peu plus loin ce que propose ce merveilleux bouquin.

LE PRINCIPE

Non, je ne parlerai pas d’intrigue ici, il n’y en a pas. Le fil directeur, le corps, une vie. Les premières pages s’ouvrent sur les paroles de l’ « auteur », qui raconte comment tous ces carnets sont arrivés entre ses mains, par le biais de son ami Lison, qui est venue un jour les déposer chez lui, comme elle le fait souvent de ses productions artistiques. Ici, point de production artistique, mais une dizaine (des dizaines ?) de journaux. Ceux du père de cette femme qui vient de la quitter, et qui lui a légué… « son corps ». Car dans tous ces carnets, tenus depuis ses 12 ans jusqu’à sa mort, c’est d’un corps dont il parle. Pourquoi ? Parce que tout le monde parle d’autre chose, nous explique-t-il. Ainsi sommes-nous invités à lire, à découvrir, l’expérimentation de son corps par ce jeune garçon, devenu plus tard adolescent et s’interrogeant face aux bousculements de sa morphologie. Mille interrogations, peu de réponses, beaucoup d’observations. Bien sûr, en parallèle, on devine une histoire, et s’esquisse progressivement le récit d’une vie. Des rencontres amoureuses, des amitiés, des enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants. Mais plutôt que de raconter ses sentiments, le narrateur évoque ses sensations. La sensation que produit en lui la vision de cette femme si femme, si belle. Celle de leurs corps se rencontrant, se liant, se séparant pour mieux se retrouver. Les maladies, les craintes, et les joies corporelles du quotidien. Un amas de petits détails dont on oublie de parler et que l’auteur se fait un plaisir de ramener à notre conscience, avec beaucoup d’humour et d’habileté.

LE CORPS D’UN HOMME, D’UN JEUNE, D’UN VIEILLARD

Dans la dernière partie du livre, le narrateur observe :

« Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d’abord aux femmes. En retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste ce mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe. »

Aveu implicite de l’auteur sur l’objectif de son ouvrage ? Je ne sais pas, je le pense. Toujours est-il que l’entreprise est réussie, et qu’un voile a été levé sur ce mystère qui m’a toujours tant interrogé, celui de l’homme et de la manière dont il se vit en tant que corps masculin. Son fonctionnement, et surtout les surprises que lui réservent ses parties génitales pour être tout à fait honnête, a toujours fait l’objet d’une fascination que motivait ma curiosité quant à ce « mystère ». Voilà qu’un auteur, un homme, me propose de répondre pour moi à une partie de l’énigme.

Je découvrais avec réjouissance chaque petite expérience de la vie d’un homme, chaque surprise, chaque interrogation. Je me mettais dans la peau d’un garçon de 12 ans, de 16 ans, 20, 30, 40 et ainsi de suite jusqu’au lit d’hôpital qui fut sa dernière couche.

Parce que c’est aussi ça, ce livre. En plus de t’imprégner de ce physique d’homme, tu passes par tous les âges de la vie. Cette lecture te plonge des années en arrière et t’oblige à te souvenir de sensations perdues et d’un certain regard qu’on pose sur le monde quand on le découvre encore tous les jours. Et puis tu te reconnais dans ses interrogations de jeune adulte à la recherche de son idéal. J’avoue que la partie sur l’homme père de famille et chef d’entreprise m’a moins marquée, moins touchée. Il y a peu de découvertes, on entre dans une forme de routine qui n’est pas déplaisante mais nettement moins saisissante que les autres. La vieillesse, voilà un chapitre qui m’a tenue en haleine jusqu’à la fin. Parce qu’à travers les mots de l’écrivain, je lisais les maux de mes chers grands-parents vieillissants. Et surtout, j’entendais mon grand-père, qui n’a de cesse de me répéter cette frustration terrible qui t’accable, lorsque tu as toujours tes vingt ans dans ta tête, mais que le corps n’a pas suivi, et qu’il te cloue dans un fauteuil toute la journée avec les inconvénients qu’il t’impose d’un jour à l’autre.

UNE SERIEUSE LEGERETE

Malgré cette dimension lugubre bien qu’inévitable, Pennac parvient ici à éviter le pathos avec brio, et ne renonce pas à ce second degré ironique et à cette délicieuse autodérision. Il pousse ainsi le lecteur à conserver une certaine distance avec ce qui est raconté, et le fait de rester focaliser sur les affres du corps vieillissant tout en prenant soin de mettre de côté la souffrance sentimentale de l’entourage comme de soi-même durant les derniers mois de sa vie permet d’aborder le sujet sans en sortir la boule au ventre. Pourtant dieu sait comme cette question m’angoisse. Performance suprême, cette lecture est parvenue à me la faire appréhender autrement, de manière moins sinistre et fatale, plus « expérimentale ».


Je suis admirative. Ce livre s’ajoute à cette liste pas si conséquente des œuvres que j’aurais aimé réaliser un jour. J’aurais adoré avoir cette idée moi-même, mettre en place une telle entreprise. Le sujet est une évidence, et pourtant il demeure peu abordé en tant que tel. Pennac s’y est essayé, et c’est un franc succès.

Je le recommande à tous les curieux. Et aux autres aussi.