Qu’il est difficile de grandir, même à 24 ans

Voilà presque deux ans que j’ai quitté la maison familiale, et tout ce qui l’accompagnait. La première étape d’une émancipation que je croyais facile. Et pourtant, depuis deux ans si peu de choses ont changé. Bien sûr en pratique tout a évolué, il a fallu s’adapter à une nouvelle vie qui supposait d’évoluer à distance de tout ce à quoi je m’étais accrochée pendant vingt ans. Loin de ma mère, de ma sœur, loin d’un cocon qui s’était avéré plus d’une fois bien désagréable à rejoindre. Mais d’une toute autre manière, je suis restée coincée entre deux âges, tiraillée entre une réelle volonté de devenir adulte pour mieux m’émanciper et me découvrir ainsi à travers les choix de vie que tout cela supposait, et le désir tacite de ne renoncer à rien de ce que j’avais connu jusqu’alors. Ce n’est pas que j’ai particulièrement apprécié l’ensemble de ces choses. Mais d’une certaine manière, elles font partie de moi, et je n’étais pas prête à m’en séparer. Continuer la lecture de Qu’il est difficile de grandir, même à 24 ans

Pourquoi est-il si difficile de dire je t’aime ?

Les mots buttent contre les lèvres et s’étouffent dans un soupir timide. Pourquoi m’est-il si difficile de dire je t’aime ? Je crois n’avoir jamais dit à mes parents que je les aimais, pas depuis que j’ai arrêté de leur offrir des dessins pour leurs anniversaires. J’y pense, parfois ce désir de parler m’envahit mais finit par mourir dans un silence.

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J’aime les longues promenades de ces débuts d’automnes, sous le soleil rougeoyant et les arbres se dénudant. J’aime les pièces parsemés de livres, comme autant de promesses d’évasion à la portée de mes doigts. J’aime cet auteur, Delphine de Vigan, Modiano, Beauvoir, Dostoïevski, Hugo, Laclos. J’aime quand les murs de leurs maisons sont colorés. Quand elles sont encore pleines de boîtes en carton. J’aime le bruit de mon crayon sur le papier Canson, ce sentiment de toute puissance dans l’acte de création. Le crépitement de la cheminée à la fin d’une soirée à peine arrosée, l’odeur des pages de vieux livres dénichés sur les étagères d’une librairie d’occasion. J’aime ce film, cette chanson, son regard de petit garçon. J’aime les voyages, j’aime rester à la maison.

Mais je t’aime ? Je t’aime dans un regard, je t’aime par un cadeau qui veut dire que je te connais bien, que je t’écoute, que je tiens à toi. Je t’aime d’une caresse malhabile, d’une étreinte maladroite. Mais les mots m’échappent. Il arrive des moments d’attendrissement profonds, où je les regarde avec tendresse, où l’envie me prend de leur dire de but en blanc. « Je t’aime papa », « je t’aime maman ». Ma soeur n’a jamais entendu ces mots, ces gros mots. Ils sont porteurs d’une gravité qui effraie. Quand je veux leur dire j’ai l’impression qu’ils vont se briser. Ils sonnent comme des aveux de la dernière heure. Ils me font peur.

Je les aime en silence, espérant de tout mon coeur qu’ils entendent ce que je ne dis pas, multipliant les gestes venant prouver ce qui ne s’énonce pas.

« Je t’aime maman. Je t’aime papa. »