Modiano me dévoile Paris : Accident nocturne

On ne présente plus Modiano depuis qu’il a été récompensé par le Prix Nobel de littérature en 2014. Je ne l’avais découvert que peu de temps auparavant d’ailleurs, avec le livre Des inconnues, qui me faisait de l’oeil depuis un moment dans la bibliothèque maternelle. J’avais beaucoup aimé cette écriture simple mais efficace, et si belle, si poétique. C’est une époque où je pestais contre cette sorte de « prétention littéraire », et Modiano offrait une alternative délicieuse. J’ai donc aimé cet auteur dès le départ. Cette semaine, c’est avec un autre roman que je suis partie à sa rencontre, Accident nocturne, qui n’est pas le plus connu non plus, mais qui mériterait de l’être davantage, tant il me paraît abouti.

De quoi me parles-tu cette fois, Modiano ?

Le roman s’ouvre sur un accident. Aucune surprise aux vues du titre de l’ouvrage donc. L’auteur donne le ton. Traversant la place des Pyramides, une nuit que ses pensées vagabondaient bien loin de cette route déserte, le narrateur se fait renverser par une voiture, dont sortira quelques instant plus tard une jeune femme elle-même titubante. Tombant dans un état de demi-conscience, sous le choc, l’accidenté se laisse balader d’un lieu à l’autre, ne comprenant que peu ce qui lui arrive, et nous laissant nous aussi dans le mystère le plus total. Quelques jours plus tard, il se réveille à l’hôpital où il a été transporté dans son sommeil, sa jambe paralysée par des bandages, la mémoire vacillante. Il retrouve à l’accueil un homme qui était lui-même présent lors de l’accident, impressionnant, qui lui fait signer un procès-verbal, et lui remet une enveloppe pleine de billets, avant de disparaître. De la femme qui l’a renversée, aucun signe, simplement un nom, consigné sur ce procès verbal, et la description de sa voiture, une fiat, couleur « verre d’eau ». Le mystère s’épaissit, le jeune homme est perplexe. Une fois ses esprits retrouvés, il se montre bien décidé à retrouver cette femme (ce couple ?), à lui rendre cet argent qu’il n’a pas voulu, et à éclaircir cette situation. Mais tous deux se sont volatilisés, et le narrateur paraît courir après un fantôme. S’en suit un long parcours parisien qui, plutôt que de témoigner d’une avancée progressive, se fait bien vite retour aux origines. Cet accident et le choc qu’il a causé au narrateur marque un point de rupture dans cette existence qu’il voit désormais comme aveugle. Il y a un avant, et un après. Nous sommes à ce moment en pleine transition, dans un va et vient entre le passé et le présent qui nous plonge au fin fond des interrogations d’un narrateur qui se perd pour mieux se retrouver.

Une géographie du souvenir

Fidèle à lui-même, Modiano nous balade à nouveau dans les rues de Paris, ce Paris qu’il évoquait déjà dans Des inconnus, et que je crois récurrent dans ces récits multiples aux titres bien souvent évocateurs. (Pourquoi l’avoir à ce point oublié en novembre dernier ?) A sa sortie de l’hôpital, le jeune homme, un peu sonné, se met à marcher, sans but. Petit à petit, son objectif se dessine : retrouver cette blonde au manteau de fourrure qui l’a renversé cette nuit là, place des Pyramides. Mais le mystère qui entoure la jeune femme le conduira bien loin, dans une marche sans fin qui ramène à lui des souvenirs enfouis. A chaque coin de rue, l’auteur se souvient. De vieilles anecdotes resurgissent, des accidents similaires, des incompréhensions, des visages oubliés. Ce passé s’avère tout aussi mystérieux que peut l’être le présent, et cherchant à résoudre ce dernier, il soigne les plaies du premier. Au delà de Paris, ce narrateur sans identité quitte la capitale, il revient en pensée sur les différents lieux de son enfance, multiples, les déménagements s’étant enchaînés années après années. Il revoit son père, café après café, ne vivant jamais au même endroit, et disparaissant un beau jour dans cette banlieue qu’on n’évoquera pas. Le loin. L’obscur. Je vois dans ces parcours une forme de labyrinthe psychologique, et je suis séduite par cette entreprise littéraire.

Psychanalyse empirique

Cette géographie mémorielle m’amène à voir dans cette progressive réminiscence une forme de psychanalyse expérimentale. Un « docteur » croisé dans un café ne s’épanche-t-il pas lui même sur le sujet ? Si le narrateur ne comprend pas ses propos et ne les partage pas, il les pratique. Cet accident, décisif, le sort de sa torpeur. S’il avoue lui-même avoir roulé jusqu’à ce jour, dans un équilibre précaire, fixant la route pour ne pas s’effondrer et ne regardant jamais dans le rétro, ce refus du passé est terminé. Ce soir-là, quelque chose s’est brisé, et petit à petit, c’est toute une enfance oubliée et incomprise qui ressurgit. S’attachant à des détails infimes, le narrateur remonte le fil du temps, voit renaître des images, reconstitue ce puzzle qui lui permet de mieux saisir le présent. Ce livre est finalement le récit de ces allez-retour dans le temps, qui lui permettront, à terme, de pouvoir enfin regarder vers l’avenir.

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Malgré les apparences, je ne spoile rien ici, je ne dessine qu’une trame, et offre une interprétation qui ne regarde que moi, mais qui justifie ce plaisir que j’ai pris à la lecture de ce livre.

L’intéressant reste le récit lui-même, la manière dont le narrateur se raconte, au fur et à mesure qu’il se découvre.

C’est son chemin, son parcours, physique et mental.

Je vous le conseille. Comme tous les livres de Modiano.

The Revenant : Emmanuel Lubezki méritait (encore une fois) son Oscar

Depuis ce matin, les réseaux sociaux sont saturés de messages à destination de Leonardo DiCaprio, cet acteur maudit passé tant de fois à côté de l’Oscar vivement convoité. Cette année, le succès lui a enfin répondu, et il est amplement mérité. Si le film est si poignant, il doit beaucoup à la prestation de celui-ci, qui s’est donné corps et âme pour son personnage, et nous propose une véritable performance dont il sera toujours temps de reparler d’ici quelques jours.

Aujourd’hui, j’aimerais surtout m’attarder sur l’élite de l’élite des instagrammer, j’ai nommé Emmanuel Lubezki.

The Revenant est un film qui, malgré ses longueurs, ne nous permet pas de décrocher un instant. Les dialogues sont quasiment absents d’un film qui se place surtout dans la lignée de ces oeuvres mettant en scène un homme face à la nature – avec toutes les épreuves que cela suppose (les végétariens auront bien souvent le coeur en miettes et l’estomac retourné durant la diffusion…). La nature… Elle s’offre à nous dans toute sa magnifique brutalité. Des paysages à couper le souffle, valorisés par la douce lumière d’un crépuscule hivernal… Tourné à la fois au Canada et en Argentine – pour des raisons techniques – le film m’a fait voyager de mon siège, et je suis ressortie de la salle l’estomac retourné, certes, mais surtout la tête pleine de la beauté subjuguante de cette Amérique intemporelle.

Je suis navrée qu’on parle si peu de ce directeur de la photographie qu’est Emmanuel Lubezki, qui a été fort heureusement récompensé par les Oscars la nuit passée. En allant me renseigner un peu plus sur le personnage, je me suis aperçue que j’avais eu l’occasion de croiser ce talentueux mexicain à diverses reprises, face à des films qui m’avaient tout autant séduite, comme Le Nouveau Monde, qui se rapproche fort d’ailleurs de The Revenant, et pour lequel il avait également été récompensé.

Je suis de celles qui considèrent que l’image d’un film conditionne son succès. J’avais vivement regretté le réalisme outré du film Le Trésor qui m’avait empêchée de me raccrocher à la beauté du décor lorsque les dialogues ou l’intrigue m’avaient perdue. Emmanuel Lubezki sait tenir le spectateur en haleine, et a témoigné à maintes reprises de son talent, ce qui lui permit de tourner avec les plus grands, et de laisser sa trace à travers des films qui rencontrèrent un succès auquel il a très certainement participé : The Tree of Life ? C’était lui. Birdman ? Lui encore. Gravity aussi, tant qu’on y est. Les Fils de l’Homme ou Sleepy Hollow également, pour ne citer que les plus connus.

Son habileté est d’ailleurs reconnue dans le milieu : le Monsieur ne compte plus ses récompenses, et s’avère d’ailleurs être un habitué des Oscars, puisqu’il compte désormais dans sa collection pas moins de six nominations, et trois statuettes !

Un sacré talent donc, que je tâcherai de suivre désormais.

(Pour ceux que ça intéressent, et je suis sûre qu’ils seront nombreux, Emmanuel Lubezki a un compte Instagram – évidemment ! – qui est à couper le souffle. Ca se passe ici.)

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Pennac, son corps, et moi : le coup de coeur de février

JOURNAL D’UN CORPS – DANIEL PENNAC

Critique toute subjective aujourd’hui, dans la mesure où ce livre est celui qui m’aura fait croire à nouveau en la magie de la lecture. Je n’ai pas pu décrocher de ce « journal », fictif sans l’être, pleine de curiosité d’abord, puis de sympathie pour son narrateur, jusqu’à m’imaginer une forme de complicité avec son personnage haut en couleurs. L’histoire d’une vie, ôtée de tous ses artifices. J’ai été séduite par tout ce que j’en ai lu, chaque page. J’ai ri, souri, j’ai été très émue aussi, et parfois en colère quoique rarement. Une fois la dernière ligne lue, mes yeux ont eu du mal à quitter la page, et mes mains se sont montrées réticentes à refermer un livre qui m’a tant montré, tant appris. Parce qu’il y a une véritable expérience à cette lecture, une expérience enrichissante, durant laquelle on apprend beaucoup sur les autres, sur la vie, et sur soi-même. Maintenant que j’en ai fait l’apologie, voyons un peu plus loin ce que propose ce merveilleux bouquin.

LE PRINCIPE

Non, je ne parlerai pas d’intrigue ici, il n’y en a pas. Le fil directeur, le corps, une vie. Les premières pages s’ouvrent sur les paroles de l’ « auteur », qui raconte comment tous ces carnets sont arrivés entre ses mains, par le biais de son ami Lison, qui est venue un jour les déposer chez lui, comme elle le fait souvent de ses productions artistiques. Ici, point de production artistique, mais une dizaine (des dizaines ?) de journaux. Ceux du père de cette femme qui vient de la quitter, et qui lui a légué… « son corps ». Car dans tous ces carnets, tenus depuis ses 12 ans jusqu’à sa mort, c’est d’un corps dont il parle. Pourquoi ? Parce que tout le monde parle d’autre chose, nous explique-t-il. Ainsi sommes-nous invités à lire, à découvrir, l’expérimentation de son corps par ce jeune garçon, devenu plus tard adolescent et s’interrogeant face aux bousculements de sa morphologie. Mille interrogations, peu de réponses, beaucoup d’observations. Bien sûr, en parallèle, on devine une histoire, et s’esquisse progressivement le récit d’une vie. Des rencontres amoureuses, des amitiés, des enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants. Mais plutôt que de raconter ses sentiments, le narrateur évoque ses sensations. La sensation que produit en lui la vision de cette femme si femme, si belle. Celle de leurs corps se rencontrant, se liant, se séparant pour mieux se retrouver. Les maladies, les craintes, et les joies corporelles du quotidien. Un amas de petits détails dont on oublie de parler et que l’auteur se fait un plaisir de ramener à notre conscience, avec beaucoup d’humour et d’habileté.

LE CORPS D’UN HOMME, D’UN JEUNE, D’UN VIEILLARD

Dans la dernière partie du livre, le narrateur observe :

« Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d’abord aux femmes. En retour, j’aimerais lire le journal qu’une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste ce mystère ? En ceci par exemple qu’un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l’encombrement de leur sexe. »

Aveu implicite de l’auteur sur l’objectif de son ouvrage ? Je ne sais pas, je le pense. Toujours est-il que l’entreprise est réussie, et qu’un voile a été levé sur ce mystère qui m’a toujours tant interrogé, celui de l’homme et de la manière dont il se vit en tant que corps masculin. Son fonctionnement, et surtout les surprises que lui réservent ses parties génitales pour être tout à fait honnête, a toujours fait l’objet d’une fascination que motivait ma curiosité quant à ce « mystère ». Voilà qu’un auteur, un homme, me propose de répondre pour moi à une partie de l’énigme.

Je découvrais avec réjouissance chaque petite expérience de la vie d’un homme, chaque surprise, chaque interrogation. Je me mettais dans la peau d’un garçon de 12 ans, de 16 ans, 20, 30, 40 et ainsi de suite jusqu’au lit d’hôpital qui fut sa dernière couche.

Parce que c’est aussi ça, ce livre. En plus de t’imprégner de ce physique d’homme, tu passes par tous les âges de la vie. Cette lecture te plonge des années en arrière et t’oblige à te souvenir de sensations perdues et d’un certain regard qu’on pose sur le monde quand on le découvre encore tous les jours. Et puis tu te reconnais dans ses interrogations de jeune adulte à la recherche de son idéal. J’avoue que la partie sur l’homme père de famille et chef d’entreprise m’a moins marquée, moins touchée. Il y a peu de découvertes, on entre dans une forme de routine qui n’est pas déplaisante mais nettement moins saisissante que les autres. La vieillesse, voilà un chapitre qui m’a tenue en haleine jusqu’à la fin. Parce qu’à travers les mots de l’écrivain, je lisais les maux de mes chers grands-parents vieillissants. Et surtout, j’entendais mon grand-père, qui n’a de cesse de me répéter cette frustration terrible qui t’accable, lorsque tu as toujours tes vingt ans dans ta tête, mais que le corps n’a pas suivi, et qu’il te cloue dans un fauteuil toute la journée avec les inconvénients qu’il t’impose d’un jour à l’autre.

UNE SERIEUSE LEGERETE

Malgré cette dimension lugubre bien qu’inévitable, Pennac parvient ici à éviter le pathos avec brio, et ne renonce pas à ce second degré ironique et à cette délicieuse autodérision. Il pousse ainsi le lecteur à conserver une certaine distance avec ce qui est raconté, et le fait de rester focaliser sur les affres du corps vieillissant tout en prenant soin de mettre de côté la souffrance sentimentale de l’entourage comme de soi-même durant les derniers mois de sa vie permet d’aborder le sujet sans en sortir la boule au ventre. Pourtant dieu sait comme cette question m’angoisse. Performance suprême, cette lecture est parvenue à me la faire appréhender autrement, de manière moins sinistre et fatale, plus « expérimentale ».


Je suis admirative. Ce livre s’ajoute à cette liste pas si conséquente des œuvres que j’aurais aimé réaliser un jour. J’aurais adoré avoir cette idée moi-même, mettre en place une telle entreprise. Le sujet est une évidence, et pourtant il demeure peu abordé en tant que tel. Pennac s’y est essayé, et c’est un franc succès.

Je le recommande à tous les curieux. Et aux autres aussi.

En avant-première : Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu

Au début de la semaine, j’ai été invitée à la projection en avant-première du tout dernier long métrage d’un réalisateur roumain que je ne connaissais pas, et qui est pourtant visiblement assez réputé dans son genre, Le Trésor, de Corneliu Porumboiu.

Le Trésor-Film-CorneliuPorumboiu

L’argument est le suivant :

« À Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure… »

Au niveau de l’histoire, il n’y a pas grand chose à ajouter. C’est bel et bien à une chasse au trésor que nous assistons tout au long du film, j’ai presque envie de dire « en temps réel », tant les scènes sont parfois longues, participant ainsi à l’effet comique de cette quête absurde de deux voisins obstinés.

Ce que j’ai aimé

Le film est drôle. Le réalisateur joue avec les mots et nous rend témoins de joutes verbales à mourir de rire, je pense particulièrement à la scène qui a lieu au milieu du film entre les trois comparses, la nuit tombée, chacun d’eux creusant avec acharnement un trou de deux mètres de profondeur sous ce noyer centenaire. J’ai beaucoup ri, d’un rire sincère, parfois moqueur, parfois cynique aussi, mais la plupart du temps avec une fraîche naïveté. C’est là pour moi l’aspect le mieux réussi du film, le caractère divertissant d’une comédie où le narrateur pousse si loin son idée qu’il bascule avec habileté dans l’absurde.

L’histoire en elle même est également plaisante. Ce père de famille qui lit Robin des Bois à son fils le soir, et qui finit par se laisser embarquer lui-même dans une chasse au trésor qui doit sortir son voisin de la misère, et le grandir, lui, aux yeux d’un fils admiratif, m’a touchée. C’est une forme de quête héroïque des temps modernes, dont les motifs nous touchent et révèlent en même temps la situation délicate d’un pays en difficile transition.

Le Trésor

Ce qui m’a déplu

Malheureusement, c’est précisément mon manque de connaissance concernant l’histoire et l’actualité politique de la Roumanie qui m’a fait passer, je le crois, à côté de trop de choses. Je n’ai pas saisi la moitié des clins d’oeil du réalisateur qui n’a de cesse d’évoquer le communisme, la révolution, ces changements successifs jusqu’à l’entrée dans un capitalisme exacerbé, dont je n’ai jamais eu connaissance. Et la dernière partie du film m’a laissée dans une certaine incompréhension qui m’a fait sortir de la salle pleine de frustration.

C’est un film pour des spectateurs avertis, il ne faut pas s’y rendre sans bagages, c’est du moins ce que j’en ai conclu après ce visionnage. C’est dommage parce que je pense que la critique qu’exprime le réalisateur mérite d’être entendue, et le regard qu’il pose sur son pays est tout à fait intéressant à suivre, mais justement, moi, je n’ai pas suivi. Je ne pouvais, j’étais perdue trop tôt.

J’ai été déçue par ailleurs par l’image en tant que telle. C’est généralement l’argument qui fait pencher la balance dans un sens ou dans l’autre chez moi. Si le film est esthétiquement beau, il a toute les chances de gagner mon adhésion malgré une ou deux réticences. Mais ici, l’image est trop brute, l’atmosphère trop réaliste. C’est sans plaisir que je me suis plongée dans cet univers, et lorsque le film m’a perdue, je n’ai pas pu me raccrocher à une esthétique quelconque. Peut-être est-ce un choix, sûrement même, mais il ne m’a pas convaincu.

Mention spéciale

Petite note au passage au sujet du cinéma où avait lieu la dite projection, à savoir le Cinéma des Cinéastes, place de Clichy. Je ne le connaissais pas du tout, et j’ai été séduite immédiatement par le lieu en lui même. Ses allures de vieil entrepôt sont charmantes, et l’on peut observer ça et là du vieux matériel cinématographique. L’ambiance est chaleureuse, le personnel aussi, j’y retournerai sans aucun doute, et avec grand plaisir !

# Objectif culture : mes envies du mois de février

Les envies de févrierNous sommes déjà le cinq février, le temps file à une allure folle, et je n’ai pas encore eu le temps de faire mes projets pour le mois à venir. Le mois sera court, et la liste toujours aussi longue, et je me demande parfois s’il est bien judicieux de s’imposer des objectifs chiffrés aussi rigoureux. Cela n’enlève-t-il pas de sa poésie à l’envie de culture ? Est-il bien raisonnable de se forcer à la lecture ? Je ne sais pas. Je sais seulement que j’ai passé des années à bien trop délaisser ces occupations, et que j’y reprends goût, enfin. Ce défi mensuel est aussi une façon de garder le rythme. J’y trouve mon compte, et peut-être que toi aussi.

Pour ce petit mois de 29 jours donc,
j’envisage de rencontrer :

CINEMA :

  • Alaska, de Claudio CUPELLINI
  • Anomalisa, film d’animation de Juke JOHNSON
  • Peur de rien, de Danielle ARBID
  • L’homme qui répare les femmes : la colère d’Hippocrate, un documentaire de Thierry MICHEL

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LIVRES :

  • Emilie, Emilie, ou l’ambition féminine au XVIIIe siècle, une biographie sur Emilie du Châtelet par Elisabeth BADINTER
  • Journal d’un corps, par Daniel PENNAC (il était déjà sur ma liste de janvier, mais j’ai manqué de temps pour le lire, or j’y tiens vraiment)
  • Les gens dans l’enveloppe, d’Isabelle MONNIN
  • Le classique Bonjour Tristesse, de Françoise SAGAN, qui m’a toujours un peu rebuté… J’espère le terminer cette fois-ci !

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EXPOSITIONS :

  • Eros Hugo, à la Maison de Victor Hugo (ce qui me permettra d’en faire la découverte, par la même occasion…)
  • Bettina Rheims, la femme dans tous ses états, à la Maison européenne de la photographie
  • Fernell Franco, Cali clair-obscur, à la Fondation Cartier pour l’Art contemporain

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SPECTACLE :

  • Un adaptation de Pinocchio par Joël POMMERAT au Théâtre de l’Avant-Scène à Colombes

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J’essaierai de me montrer plus assidue ce mois-ci, et surtout je te tiendrai au courant de tout !

& toi, quels sont tes projets pour le mois qui vient ?

Objectif culture : le (honteux) bilan de janvier

Un mois déjà. Janvier a défilé à une allure folle, et nous voilà déjà à l’aube de février, faisant le bilan de ces quatre premières semaines de l’année. J’étais pleine de bonnes résolutions et je ne suis pas sûre de pouvoir me satisfaire de les avoir respectées. Mais peut-être les écarts fait à la règle sont-ils finalement ce qu’il y a de plus intéressant. Je ne sais pas. Et je ne suis pas là pour réfléchir à cela, nous risquerions de nous perdre, après être partis bien loin.

Le mois de janvier s’est écoulé, et c’est les pieds rentrés et le menton baissé que je viens ici faire mon bilan culturel. Je m’étais fixé un certain nombre d’objectifs dont je vous faisais part ici, et j’ai eu bien de la peine à me montrer à la hauteur de mes ambitions.

Pour récapituler grossièrement :

¶ CINEMA : 1 / 4
¶ LIVRES   : 3 / 3
¶ EXPOS    : 1 / 2
¶ SORTIE  : 0 / 1
TOTAL   : 5 / 10

J’atteins péniblement la moyenne, et l’on remerciera pour ça mon amour renaissant pour la littérature. C’est d’ailleurs sur deux de ces bouquins que je vous ai fait un bilan en cours de route, l’un sur La Vénus à la Fourrure, l’autre sur La Douce de Dostoievski, qui est, comme prévu, celui que j’aurais préféré en ce début d’année. Le troisième livre que j’ai eu le courage de lire est celui de Marguerite Duras : Yann Andréa Steiner.

Une étrange déconvenue

J’aime beaucoup l’écriture de Marguerite Duras, autant que son personnage me semble-t-il. Je l’ai découverte il y a longtemps, par la lecture de Moderato Cantabile, qui est loin d’être ma favorite, mais qui m’a permis une première approche assez prometteuse, et finalement fort représentative de l’univers de l’écrivain en question. J’ai par la suite rencontré Un barrage contre le Pacifique, qui me paraît assez différent de ses autres écrits mais que j’ai dévoré avidement, un véritable roman plein d’ambiguité, de sincérité, d’expériences. Mes rencontres ultérieures seront celles de l’Amant, et de Lol V. Stein, ce dernier étant de loin le livre que j’ai préféré, étant tombée littéralement amoureuse de ce fragile personnage, incarnation s’il en est de la poésie dans un roman. D’où ma surprise à la lecture de Yann Andréa Steiner. Le titre m’avait naïvement mis l’eau à la bouche, et je me lançais dans cette lecture pleine d’assurance et de curiosité, impatiente de retrouver l’univers d’une auteur en qui j’ai entièrement confiance. Malheureusement, je me heurtais à bien des difficultés. L’écriture de ce roman est, comme toujours, assez originale. Il s’agit semble-t-il d’une conversation entre l’auteur et le fameux Yann Andréa Steiner. Nous nous immisçons dans cette conversation désordonnée, qui semble sans but, si ce n’est celui de rappeler à la mémoire de l’un et de l’autre, les souvenirs de ces semaines passées ensemble, il y a quelques temps, dans cet appartement de bord de mer. J’ai aimé l’atmosphère, j’ai été touchée littéralement par certains passages emprunts d’une douceur certaine et d’une réelle poésie, j’ai aimé ce ton de confession, ce langage parlé propre à la conversation… Mais je me suis sentie désagréablement exclue de cet échange qui m’a paru trop souvent incompréhensible. Les noms changent d’une page à l’autre, les temps ne concordent pas, les phrases n’aboutissent pas… Il m’a paru que le style bien caractéristique de Duras était ici poussé à son extrémité, et j’en ai été très décontenancée. Peut-être suis-je passé à côté d’une dimension importante de livre. Je ne sais pas. Et je suis frustrée par cette incompréhension…

J’ai déserté les salles de cinéma…

La grande surprise de ce mois-ci, finalement, fut ce peu d’entrain à aller au cinéma. Moi qui, jusqu’à maintenant, m’accordais ce plaisir d’aller m’isoler une heure, deux heures, trois heures parfois dans les salles sombres et silencieuses des cinémas parisiens, me laissant embarquer par mille et une intrigues, ce mois-ci, je me suis forcée à y aller, et cela une seule et unique fois. Pourtant, un certain nombre de films m’attiraient très certainement. Mais la motivation n’était pas là. Peut-être la faute au froid. C’est ce que l’on dira, en tout cas.

Ce mois-ci donc, le seul film visionné fut Carol, et je ne sais pas tellement quoi vous en dire, si ce n’est que j’ai visionné ce film avec plaisir, que ça m’a fait du bien, que je trouve Cate Blanchett divine dans son rôle. Au delà de ça, l’histoire ne me parait proposer rien de bien nouveau, aussi prenante soit-elle. Une jolie découverte, mais pas le film de 2016 à mon goût, malgré son succès certain !

Privée de sortie !

Je ne vous parlerai ni théâtre, ni danse, ni quoi que ce soit de ce genre puisque je ne suis pas sortie ce mois-ci. Je voulais aller voir Roméo et Juliette à la Comédie Française, une adaptation de la très célèbre oeuvre shakespearienne qui m’attire énormément, mais qui était malheureusement complète. Pour toutes les dates. Je guette la date des prochaines réservations, je compte bien y aller, même si le sort est contre moi !

La seule sortie se range dans la catégorie exposition, et c’est pour aller voir Splendeur et Misères que je me suis décidée à mettre le nez dehors. L’exposition s’intéressait à la pratique de la prostitution au cours de ces derniers siècles, particulièrement à travers la peinture et la photographie, mais le parcours proposé était également agrémenté de citations d’écrivains divers s’étant penchés sur le sujet, de films à tendance pornographique je crois qu’on peut le dire, de mobilier etc. J’ai été ravie de cette visite, j’y ai appris bien des choses et je me suis rempli les yeux comme l’esprit de représentations étonnantes ! Malheureusement l’exposition est terminée, je ne m’attarderai donc pas davantage à ce sujet…

Voilà, l’expérience est peu concluante en somme, pour ce premier mois de l’année, mais j’espère me rattraper le mois prochain ! Côté ciné, je ne suis pas très emballée par les sorties à venir, mais j’ai repéré des expositions intéressantes, j’ai une liste de livres en attente qui m’assure contre la panne d’inspiration pour les dix années à venir, et côté théâtre, comme je vous l’ai dit, je mise à nouveau sur Roméo et Juliette… En espérant un meilleur succès que la dernière fois !

& toi, tu es sorti ce mois-ci ?
Que me conseillerais-tu pour le mois prochain ?

J’ai lu : La Douce, de Dostoievski

Une représentation de l'auteur que j'aime bien. Il te suffit de cliquer pour être rediriger vers son maître.
Une représentation de l’auteur que j’aime bien. Il te suffit de cliquer pour être redirigé vers son maître.

Un lointain coup de foudre

L’histoire de ma rencontre avec Dostoïevski influence nécessairement l’opinion que j’en ai, et je pense que je ne peux pas être objective quand je parle de ce qu’a pu écrire cet auteur. Je l’ai découvert il y a trois ans, lorsque le garçon dont j’étais amoureuse – et avec qui je vis aujourd’hui – m’a prêté L’Idiot. L’Idiot est son livre préféré et je pense qu’il est et restera indétrônable à ses yeux. Pour ma part, le coup de foudre véritable s’est fait à la lecture des Démons. Si vous ne l’avez encore jamais lu, je ne peux que vous le conseiller, encore une fois. Si je ne devais en conseiller qu’un, ce serait probablement celui là. Le livre est imposant, il faut avoir du temps devant soi. Mais à vrai dire, une fois plongée dedans, je n’ai pas vu le temps s’écouler, et je suis arrivée à la fin bien trop tôt à mon goût. J’étais alors en proie à une profonde mélancolie et cette lecture a paru m’extraire d’un sentiment de solitude qui m’étouffait alors, pour me confronter à l’universalité des questions que je me posais alors. Le choc a été brutal.

L’univers de cet auteur russe est très particulier, et je n’ai rencontré nul part ailleurs cette façon d’écrire, et de décrire surtout, le monde qui l’entoure. Ces interrogations sont intemporelles, et sa manière de parler de l’homme de manière générale me paraît toujours si moderne que j’en suis chaque fois bouleversée. Il faut savoir malgré tout que c’est un univers sombre dans lequel on s’immerge alors, et parfois les réflexions menées sont d’une certaine gravité, certains de ses personnages sont si profondément tristes, blessés, vaincus, mélancoliques qu’il est parfois dur de continuer la lecture des propos qu’ils énoncent. Dans un sens, certains passages de ses romans m’apparaissent très existentialistes avant l’heure, et c’est aussi ce qui me touche beaucoup chez cet écrivain. J’aimerais pouvoir dire que j’admire beaucoup sa plume, malheureusement je ne parle pas le russe, et le lit encore moins, je suis donc obligée de me fier entièrement à la traduction qui en est faite…

Et un coup de coeur répété

Cette fois donc, je me suis laissée tenter par un autre livre, bien plus court celui là puisqu’il s’agit d’une nouvelle (je l’ai lue en deux soirs…), et qui s’appelle La Douce. Publiée en 1876, celle-ci est publiée cinq ans après Les Démons, et précède de quelques années Les frères Karamasov (que je dois lire absolument). On est donc loin des premières nouvelles un peu plus romantiques et romanesques et j’y ai bien retrouvé la marque de l’auteur qui me plaît tant. Pour faire court, La Douce désigne l’épouse du narrateur – car en effet, c’est un texte écrit à la première personne cette fois-ci. Cette épouse, au début de la nouvelle, est étendue sur une table, morte, suicidée. Et de là nous voilà invités à suivre les pensées d’un mari tourmenté par la culpabilité, qui essaie de trouver la solution de l’énigme, la raison de ce suicide si brutal, et qui retrace de manière plus ou moins décousus les moments passés avec cette jeune femme qui l’a volontairement quittée. Nous sommes le soir, ou dans la nuit, demain le corps sera enlevé et le narrateur se retrouvera seul. Il s’agit de faire durer l’instant, de faire durer les heures, et de donner un sens à ce qui arrive – si un quelconque sens il y a.

Je suis à nouveau séduite par l’habileté de Dostoïevski à cerner l’ « âme humaine ». C’est une véritable prouesse psychologique, et je trouve encore une fois l’auteur très en avance sur son temps. Sa volonté était, semble-t-il, de créer un monologue qui eut pu être celui de tout homme se retrouvant dans pareille situation. C’est ce qu’il revendique en tout cas dans le préambule de cette sombre histoire. Et c’est pour moi un pari réussi, tant le désordre qui règne dans ces pensées est parfaitement retranscrit, tant on peut voir le tiraillement de cet homme qui jongle entre un sentiment de culpabilité profonde et la volonté de se justifier à tout prix. Encore une fois l’histoire est malheureuse, ses personnages le sont tout autant, mais le plaisir de cette lecture n’en est pas moins immense.

S’il ne s’agit certainement pas là de l’ouvrage le plus réussi de l’auteur à mes yeux, j’y vois une excellente démonstration de son style et de sa capacité à analyser la psychologie humaine. Il me reste encore un livre à lire pour ce mois, mais il est probable que celui-ci reste ma lecture préférée de janvier.

Est-ce que tu connais Dostoïevski ? Quel livre as-tu préféré de cet auteur ?

Colette me parle des amants, des amantes, du Pur et de l’Impur. #Lecture

La semaine dernière, j’ai rencontré Colette. 
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En fait, pour être tout à fait exacte, je l’ai rencontrée quand j’étais bien plus jeune, « petite » même. J’ai visité sa maison accompagnée de ma maman, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, un jour que nous étions partie passer quelques jours à la campagne. Je ne connaissais pas l’écrivain, mais j’aimais déjà le monde des lettres, et je me souviens de cette espèce de fascination silencieuse que j’avais ressentie, à découvrir cet espace littéraire, à monter les marches de ces escaliers lettrés. De cette visite, j’ai rapporté un petit carnet, sur lequel apparaissaient des chats dans toutes les positions, et qui me servit de support pour mes propres histoires, d’abord, puis pour mes dessins, à une époque où je cherchais activement une manière d’exprimer ce qui se tramait au fond de moi, misant désespérément sur mes capacités créatives pour en faire sortir quelque chose d’intéressant.

Mais depuis, bien que son souvenirs soit resté présent dans un coin de ma mémoire, je n’ai jamais LU Colette. Je l’avais rencontrée par un moyen détourné, et peut-être pas le meilleur. J’ai marché sur ses pas sans connaître ses mots, et j’ai vécu ainsi, pendant bien des années. Mais j’étais curieuse, et je ne cessais de me dire qu’un jour oui, j’irais à sa rencontre, autrement.

J’ai donc franchi le pas la semaine dernière, et je me suis plongée dans un livre emprunté au hasard à la bibliothèque : Le Pur et l’Impur.

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Colette écrit ces lignes alors qu’elle a déjà passé la cinquantaine. Il ne s’agit pas d’un roman, sinon d’un témoignage. De plusieurs témoignages en fait, dont le seul lien est l’écrivain, et son souci d’éclairer un peu la passion, le désir, les plaisirs des sens. C’est ça, le plaisir des sens, surtout.

Nous la suivons ainsi de lieux en lieux, au dernier étage d’une bâtisse où se retrouve des étrangers, pour se laisser bercer par la fumée de l’opium qui monte jusqu’aux fenêtres, pour s’enlacer, pour s’oublier le temps d’une nuit, et reprendre sa vie, au petit matin. On se laisse embarquer par le regard aiguisé et curieux de cette femme qui a déjà vécu, et qui se pose un instant pour contempler la vie, leurs vies, leurs choix.

Nous la suivons, de rencontres en rencontres. Nous l’écoutons interroger ces gens, ces inconnus ou ces amis plus ou moins proches, parler de leurs conquêtes, de leur rapport à l’amour, mais surtout du plaisir. Dom Juan sur le déclin, couples hétérosexuels, bisexuels, homosexuels. Comment posent-ils des mots sur les choix qu’ils font et défont ? Quel est leur rapport à l’autre, au corps de l’autre, à leur corps ? Comment ces choix se reflètent-ils jusque dans leurs choix vestimentaires ? Comment se retrouvent-ils dans leurs textes, ceux de Renée Vivien, avant qu’elle ne se laisse détruire par l’alcool, la fatigue et les drogues ?

C’est presque un parcours initiatique, qui conduit l’auteure elle-même à poser ses propres mots sur ce qu’elle aborde avec ces dizaines d’interlocuteurs tous aussi originaux ou intéressants les uns que les autres. Un parcours au cours duquel elle cherche à poser la frontière entre ce qu’il y a de pur et d’impur dans toutes ces relations charnelles ou platoniques – mais charnelles surtout, je crois pouvoir le dire. Frontière poreuse, incertaine, autour de laquelle ces autres se meuvent, incertains.

& toi, tu connais Colette ? Lequel de ses livres as-tu préféré, lequel me conseillerais-tu, en premier ?

« Lorsqu’elle se leva pour partir, je demeurai, affectant le sommeil, sur mon petit matelas personnel. Elle serra son manteau soigneusement et sans hâte sur sa gorge ronde, gîte du roucoulement trompeur, et l’étincelle double, rouge, quitta ses larges yeux lorsqu’elle tendit un tulle fin sur son visage, avant de sortir. Sur elle que de ténèbres encore… Il ne m’appartient pas de les dissiper. Je m’embarque, quand je pense à Charlotte, sur un voguant souvenir de nuits que ni le sommeil, ni la certitude n’ont couronnées. La figure voilée d’une femme fine, désabusée, savante en tromperies, en délicatesse, convient au seuil de ce livre qui tristement parlera du plaisir. »

Parle-moi toujours, Solange.

Solange – Solange te parle.

Solange me parle ! Et c’est fou comme j’aime ça.
Solange est un personnage, incarné par Ina Mihalache, mais ça, on s’en fiche. Je n’ai pas envie de prendre un tel recul, je veux croire à ce personnage auquel je suis si attachée.

J’ai découvert ses vidéos un soir d’automne, j’étais trop fatiguée pour travailler, pour lire, pour faire un peu de yoga avant de dormir. Pas assez pour m’abandonner définitivement au sommeil. J’ai croisé son chemin.
J’ai regardé ses vidéos, les unes après les autres, les plus récentes d’abord, les plus populaires, et puis comme je n’en avais pas eu assez, comme de Solange nous ne sommes jamais rassasiée, je suis remontée dans le temps, je suis allée voir comment elle était, avant.

Il est difficile de décrire Solange. Je m’attacherai alors avant tout à tenter d’expliquer pourquoi j’aime Solange. J’aime sa voix d’enfant, de petite fille qui me parle d’une voix assez faible, assez lente, comme par une timidité attachante, rassurante. C’est le partage dans un murmure, et la rencontre avec une conscience, une conscience qui me ressemble et qui me fait du bien. Elle laisse glisser les mots hors de sa bouche et tout de suite ils deviennent poésie, c’est la beauté du détail, la sincérité de l’être, l’invitation à faire de même, à se révéler.

Solange m’a donné envie de me révéler dans toute mon originalité. Voilà, Solange pour moi, c’est l’éloge de la marginalité, de la bizarrerie, l’assurance de l’individualité.

Allez voir, dites-moi ce que vous en pensez, j’en suis curieuse !
Parfois, on n’aime pas quand Solange nous parle, j’aimerais savoir pourquoi. Et sinon, je serais ravie que vous partagiez avec moi un coup de coeur.

Bonne découverte (ou pas, d’ailleurs, parce que Solange a déjà son public, un public qui ne fait que s’accroître, et c’est tant mieux !)

Faites connaissance.

Pleine Conscience.

Solange Partage.

Solange Je T’aime.

La République Bobo

La République Bobo.

L’esthétique du livre devrait suffire à vous interpeler, vous poussez à le glisser au fond de votre sac avant de l’exposer dans votre bibliothèque, ou, comme moi, bien en évidence sur votre table de chevet. Une sorte de couverture en papier recyclé, dont la simplicité fait toute l’originalité, en fait.

Il ne s’agit pas là uniquement d’une découverte déco, mais bien d’un coup de cœur littéraire, que je dois aux auteurs Laure Watrin et Thomas Legrand, bobo « assumés » disent-ils, et tous deux journalistes. Ils se revendiquent bobo – fait rare mais avéré – sans bien savoir tout compte fait à quoi rapporte concrètement cette appellation aujourd’hui le plus souvent insultante.

C’est justement autour de cette incertitude que vont jongler les deux journalistes, pour essayer d’en préciser les contours, ce qui les conduit à prendre la défense du bobo, aussi caricatural soit-il.

« Tout le monde en parle, tout le monde les déteste, personne ne sait vraiment qui ils sont. »
Voilà qui résumerait fort bien l’état actuel des choses.

bobos - sans bourgeois

L’omniprésence du terme rend son analyse percutante, elle a attisé ma curiosité, je me suis plongée dedans et ne m’en suis toujours pas retiré. Watrin & Thomas tentent d’exposer une analyse un peu plus poussée d’un phénomène sans cesse ressassé, d’un mot moult et moult fois utilisé, dans des contextes bien différents et parfois même antagonistes. Quelle réalité se cache derrière cette appellation somme toute ridicule ? En explorant le thème, les auteurs renversent le phénomène, au delà du caractère insultant du dénominatif, ils y démêlent le positif.

Difficile de caractérisé le genre du bouquin. On y décèle une tendance sociologique sans en approfondir la méthode, une influence journalistique mais qui échappe à ses apories actuelles. Dans cette quête, ils s’appuient sur des analyses plus ou moins récentes déjà entamées, des interviews, des études géographiques, urbanistes, historiques, sociologiques, politiques, ils analysent les discours, tentant de démêler, dans tout ça, une quelconque « réalité bobo ».

Le bobo c’est qui, c’est quoi ? Le bobo, c’est la contradiction disent-il, avant tout. Entre individualisme, égocentrisme et ouverture sur les autres, sur le monde, le bobo agace parce qu’il serait « hypocrite ». Et c’est autour de son ambivalence que naviguent nos auteurs, en quête d’une vérité qu’ils auront bien du mal à déterminer, tant ce que le bobo désigne varie d’un individu à l’autre, de la gauche à la droit, de la campagne à la ville, et entre les bobos eux-mêmes. La République bobo, ça nous plait, parce que ça nous concerne un peu, ça nous touche de près ou de loin. La bobo c’est toi, c’est moi, et dans le pire des cas, c’est ton voisin.

On aurait presque envie de se revendiquer bobo à la fin de cette lecture, très agréable au passage parce que rédigée en toute simplicité, avec une note d’humour, d’ironie, ça et là, mais une rigueur malgré tout rassurante.

Cette découverte, je la dois à la sublime Solange, de la chaîne Solangeteparle, que je présenterai dans un prochain article parce que, ici encore, elle en vaut le détour. Et je lui laisse donc le mot de la fin avec plaisir :

« JE SUIS BOBO ET JE VOUS EMMERDE. »