Le Secret d’Elise : cet étonnant coup de coeur pour une série française.

LE SECRET D'ELISEGénéralement, je ne suis pas une grande adepte des séries françaises, dont je n’aime que moyennement l’esthétique, et le côté dramatique de leur histoire souvent répétitive. Ma mère en raffole, personnellement, je m’endors souvent devant. J’ai pourtant découvert la semaine dernière cette exception qui confirme la règle – comme ils disent. Et la surprise m’est venu du Secret d’Elise, réalisé par Alexandre Laurent et sorti en France en 2015 (mais diffusé à la télévision depuis février 2016 seulement, c’est pourquoi on n’en parle vraiment que depuis quelques semaines). Curieuse mais dubitative, je me suis laissée tentée, et me suis retrouvée entraînée par ces épisodes que j’ai dévoré les uns après les autres pendant une semaine, véritablement séduite par cette atmosphère particulière que s’en dégage, par ses personnages – et ses excellents acteurs – par l’intrigue.

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The Revenant : Emmanuel Lubezki méritait (encore une fois) son Oscar

Depuis ce matin, les réseaux sociaux sont saturés de messages à destination de Leonardo DiCaprio, cet acteur maudit passé tant de fois à côté de l’Oscar vivement convoité. Cette année, le succès lui a enfin répondu, et il est amplement mérité. Si le film est si poignant, il doit beaucoup à la prestation de celui-ci, qui s’est donné corps et âme pour son personnage, et nous propose une véritable performance dont il sera toujours temps de reparler d’ici quelques jours.

Aujourd’hui, j’aimerais surtout m’attarder sur l’élite de l’élite des instagrammer, j’ai nommé Emmanuel Lubezki.

The Revenant est un film qui, malgré ses longueurs, ne nous permet pas de décrocher un instant. Les dialogues sont quasiment absents d’un film qui se place surtout dans la lignée de ces oeuvres mettant en scène un homme face à la nature – avec toutes les épreuves que cela suppose (les végétariens auront bien souvent le coeur en miettes et l’estomac retourné durant la diffusion…). La nature… Elle s’offre à nous dans toute sa magnifique brutalité. Des paysages à couper le souffle, valorisés par la douce lumière d’un crépuscule hivernal… Tourné à la fois au Canada et en Argentine – pour des raisons techniques – le film m’a fait voyager de mon siège, et je suis ressortie de la salle l’estomac retourné, certes, mais surtout la tête pleine de la beauté subjuguante de cette Amérique intemporelle.

Je suis navrée qu’on parle si peu de ce directeur de la photographie qu’est Emmanuel Lubezki, qui a été fort heureusement récompensé par les Oscars la nuit passée. En allant me renseigner un peu plus sur le personnage, je me suis aperçue que j’avais eu l’occasion de croiser ce talentueux mexicain à diverses reprises, face à des films qui m’avaient tout autant séduite, comme Le Nouveau Monde, qui se rapproche fort d’ailleurs de The Revenant, et pour lequel il avait également été récompensé.

Je suis de celles qui considèrent que l’image d’un film conditionne son succès. J’avais vivement regretté le réalisme outré du film Le Trésor qui m’avait empêchée de me raccrocher à la beauté du décor lorsque les dialogues ou l’intrigue m’avaient perdue. Emmanuel Lubezki sait tenir le spectateur en haleine, et a témoigné à maintes reprises de son talent, ce qui lui permit de tourner avec les plus grands, et de laisser sa trace à travers des films qui rencontrèrent un succès auquel il a très certainement participé : The Tree of Life ? C’était lui. Birdman ? Lui encore. Gravity aussi, tant qu’on y est. Les Fils de l’Homme ou Sleepy Hollow également, pour ne citer que les plus connus.

Son habileté est d’ailleurs reconnue dans le milieu : le Monsieur ne compte plus ses récompenses, et s’avère d’ailleurs être un habitué des Oscars, puisqu’il compte désormais dans sa collection pas moins de six nominations, et trois statuettes !

Un sacré talent donc, que je tâcherai de suivre désormais.

(Pour ceux que ça intéressent, et je suis sûre qu’ils seront nombreux, Emmanuel Lubezki a un compte Instagram – évidemment ! – qui est à couper le souffle. Ca se passe ici.)

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En avant-première : Le Trésor, un film de Corneliu Porumboiu

Au début de la semaine, j’ai été invitée à la projection en avant-première du tout dernier long métrage d’un réalisateur roumain que je ne connaissais pas, et qui est pourtant visiblement assez réputé dans son genre, Le Trésor, de Corneliu Porumboiu.

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L’argument est le suivant :

« À Bucarest, Costi est un jeune père de famille accompli. Le soir, il aime lire les aventures de Robin des Bois à son fils de 6 ans pour l’aider à s’endormir. Un jour, son voisin lui confie qu’il est certain qu’un trésor est enterré dans le jardin de ses grands-parents ! Et si Costi accepte de louer un détecteur de métaux et de l’accompagner pendant une journée, il serait prêt à partager le butin avec lui. D’abord sceptique, et en dépit de tous les obstacles, Costi se laisse finalement entraîner dans l’aventure… »

Au niveau de l’histoire, il n’y a pas grand chose à ajouter. C’est bel et bien à une chasse au trésor que nous assistons tout au long du film, j’ai presque envie de dire « en temps réel », tant les scènes sont parfois longues, participant ainsi à l’effet comique de cette quête absurde de deux voisins obstinés.

Ce que j’ai aimé

Le film est drôle. Le réalisateur joue avec les mots et nous rend témoins de joutes verbales à mourir de rire, je pense particulièrement à la scène qui a lieu au milieu du film entre les trois comparses, la nuit tombée, chacun d’eux creusant avec acharnement un trou de deux mètres de profondeur sous ce noyer centenaire. J’ai beaucoup ri, d’un rire sincère, parfois moqueur, parfois cynique aussi, mais la plupart du temps avec une fraîche naïveté. C’est là pour moi l’aspect le mieux réussi du film, le caractère divertissant d’une comédie où le narrateur pousse si loin son idée qu’il bascule avec habileté dans l’absurde.

L’histoire en elle même est également plaisante. Ce père de famille qui lit Robin des Bois à son fils le soir, et qui finit par se laisser embarquer lui-même dans une chasse au trésor qui doit sortir son voisin de la misère, et le grandir, lui, aux yeux d’un fils admiratif, m’a touchée. C’est une forme de quête héroïque des temps modernes, dont les motifs nous touchent et révèlent en même temps la situation délicate d’un pays en difficile transition.

Le Trésor

Ce qui m’a déplu

Malheureusement, c’est précisément mon manque de connaissance concernant l’histoire et l’actualité politique de la Roumanie qui m’a fait passer, je le crois, à côté de trop de choses. Je n’ai pas saisi la moitié des clins d’oeil du réalisateur qui n’a de cesse d’évoquer le communisme, la révolution, ces changements successifs jusqu’à l’entrée dans un capitalisme exacerbé, dont je n’ai jamais eu connaissance. Et la dernière partie du film m’a laissée dans une certaine incompréhension qui m’a fait sortir de la salle pleine de frustration.

C’est un film pour des spectateurs avertis, il ne faut pas s’y rendre sans bagages, c’est du moins ce que j’en ai conclu après ce visionnage. C’est dommage parce que je pense que la critique qu’exprime le réalisateur mérite d’être entendue, et le regard qu’il pose sur son pays est tout à fait intéressant à suivre, mais justement, moi, je n’ai pas suivi. Je ne pouvais, j’étais perdue trop tôt.

J’ai été déçue par ailleurs par l’image en tant que telle. C’est généralement l’argument qui fait pencher la balance dans un sens ou dans l’autre chez moi. Si le film est esthétiquement beau, il a toute les chances de gagner mon adhésion malgré une ou deux réticences. Mais ici, l’image est trop brute, l’atmosphère trop réaliste. C’est sans plaisir que je me suis plongée dans cet univers, et lorsque le film m’a perdue, je n’ai pas pu me raccrocher à une esthétique quelconque. Peut-être est-ce un choix, sûrement même, mais il ne m’a pas convaincu.

Mention spéciale

Petite note au passage au sujet du cinéma où avait lieu la dite projection, à savoir le Cinéma des Cinéastes, place de Clichy. Je ne le connaissais pas du tout, et j’ai été séduite immédiatement par le lieu en lui même. Ses allures de vieil entrepôt sont charmantes, et l’on peut observer ça et là du vieux matériel cinématographique. L’ambiance est chaleureuse, le personnel aussi, j’y retournerai sans aucun doute, et avec grand plaisir !

Cowspiracy : où pourquoi on ne peut pas manger de la viande et se dire écolo.

A l’heure où nos gouvernements s’éveillent et où les médias accordent une place de choix à un sujet généralement marginal, j’ai décidé de vous parler d’un reportage qui a modifié considérablement mon approche du monde et de l’écologie de manière générale, celui de Kip Andersen, Cowspiracy (disponible en ligne).

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Cowspiracy, ou les pérégrinations d’un apprenti écolo

Je ne chercherai pas ici à vous faire un résumé du film parce que les chiffres sont nombreux (et pas tous approuvés, pour un petit checking n’hésitez pas à consulter le site L214 qui cherche à en retrouver les sources, et est ainsi amené à apporter quelques corrections), la démarche est laborieuse, et visionner ce parcours, mis en scène pas à pas, contribue à la compréhension de ce qui semble être un véritable sujet tabou.
Le réalisateur part d’une volonté simple et partagée de bon nombre d’entre nous. Notre planète se meurt, nous refusons d’y contribuer, et nous décidons de mettre en place un certain nombre de réflexes au quotidien pour, à notre échelle, faire évoluer la situation de manière favorable. Alors nous appliquons les bons conseils qui nous ont été enseigné durant les cours de SVT de l’école primaire au collège. Mais après quelques années à prendre des douches plutôt que des bains, à ne pas laisser couler le robinet au moment de se laver les dents, à se déplacer autant que possible à vélo et à éteindre les lumières en sortant de chaque pièce, force est de constater que la planète ne va pas mieux, même, elle continue de s’enfoncer dans sa décrépitude.

***

Il se lance alors dans une sorte d’investigation visant à mieux appréhender le problème, à mieux le comprendre pour mieux s’y adapter, et mieux réagir. Intention louable s’il en est. Mais surtout plus malaisée qu’on ne pourrait le croire.

Je vous passe ses pérégrinations, qui sont très intéressantes et que vous découvrirez par vous mêmes si vous visionnez ce documentaire d’une heure et demi, très accessible, et sans images vraiment choc, sauf une en fin de reportage mais qui est très bien annoncée.
J’en arrive tout de suite à la première piste qu’il découvre, et qu’il suivra tout au long du reportage : celle de l’industrie agro-alimentaire.

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Les ravages écologiques de l’industrie agro-alimentaire : ce tabou

En effet, contrairement à ce que le réalisateur semble (fait mine de?) penser au début de sa démarche, les transports ne sont pas les premiers facteurs de pollutions, l’industrie n’est pas la première responsable de cette lente agonie de notre planète bleue. Il semblerait plutôt que le vrai responsable soit l’industrie agro-alimentaire.

Pourtant, on en parle peu. Voire pas. Et pour cause !
Tout au long du documentaire, Kip Andersen nous montre ses difficultés à arriver à cette conclusion, à faire émerger des réflexions sincères à ce sujet, à faire entendre cette vérité qui semble tant déranger ! Et cela jusqu’à l’association Greenpeace qui refuse de lui accorder un entretien pour évoquer l’affaire, ce qu’il comprendra un peu plus tard dans son enquête, et que je vous laisserai découvrir tranquillement. Parce que là n’est pas le débat. Je ne cherche pas à pointer du doigt des entreprises qui ont des intérêts clairs et qui mettent en place les stratégies de communication adaptées pour y répondre. Il y aurait à redire, mais là n’est pas le débat, pas aujourd’hui. Ce qui m’intéresse, c’est surtout le pourquoi de cette conclusion quelque peu déroutante quand on n’y a jamais vraiment songé. En quoi le fait de consommer de la viande participe directement de cette catastrophe mondialement connue qu’est le réchauffement climatique ?

Quel lien entre la viande dans ton assiette et la COP21 ?

  • Sur l’espace naturel : la déforestation et la perte de la biodiversité

D’abord parce que ces bêtes, il faut bien les élever quelque part. Ensuite, parce qu’il faut les nourrir. Le réalisateur sort ainsi pas mal de chiffres que je ne reprendrai pas parce que je n’en ai pas la source sûre. Mais les faits sont là, et quand on sait la quantité de viande dont se nourrit chaque semaine la population, on se doute bien que derrière, l’industrie agro-alimentaire doit suivre. Ce qui signifie qu’il faut des prés où installer son bétail, et surtout des prés où faire pousser son blé, son maïs, pour nourrir toute cette population animale supplémentaire et artificiellement renouvelée pour les besoins de consommateurs toujours plus demandeurs. Et plus nombreux. Et ainsi abattre des forêts et ratisser larges, détruisant l’habitat naturel des animaux sauvages. C’est un cercle vicieux.

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  • Sur les inégalités mondiales : la consommation d’eau et la consommation alimentaire

Parce qu’en effet, delà, le réalisateur se prend à rêver. A imaginer ce qu’on pourrait bien faire de tout ce blé, de tout ce maïs, si on ne le sacrifiait pas encore et encore pour engraisser des bêtes destinées à être abattues quelques mois plus tard pour laisser sa place à quantité d’autres successeurs. Parce que l’eau qui est réquisitionnée pour ces récoltes – entre autre – c’est autant d’eau qui n’est pas redistribuée pour une meilleure « répartition des richesses », comme ils disent… L’analyse est un peu celle du bistrot du coin, mais je schématise volontairement, l’idée est là, et mériterait bien des investigations.

  • Sur l’émission de gaz à effets de serre : les transports les pets des vaches (on caricature. Mais c’est drôle. Et cela fait bien rire l’une des interrogées de l’enquête !)

A ce niveau là, je pense que je n’ai pas besoin de m’étendre plus que ça. L’histoire des pets des vaches est devenue assez connue dans le genre, et celle des transports et de leurs coûts, pas seulement monétaires, me paraît le point le plus évident de cette liste non exhaustive, c’est pourquoi je ne m’attarderai pas sur ce point.

 

En bref, c’est un documentaire que je vous recommande. S’il est critiquable sur bien des points, j’imagine, notamment s’agissant de ces chiffres qui sont nombreux quoique parfois peu documentés, mais aussi en ce qu’il s’agit d’un documentaire clairement orienté, dans lequel le parti pris du réalisateur se laisse deviner avant de sauter aux yeux sur sa fin. Mais je trouve que le reportage ouvre bien des pistes de réflexion, et qu’il offre au moins un aperçu d’une réalité complexe et difficile à cerner en ce qu’elle touche à bien des intérêts et menace des acteurs difficiles à atteindre…  

Winter Sleep – Nuri Bilge Ceylan

Difficile de parler d’une telle oeuvre. Je pense que Winter Sleep fait parti de ces films qui restent une expérience très personnelle. Et son appréciation en est alors très relative. Il peut dérouter. Tout le monde n’est pas nécessairement emballé à l’idée de s’imposer trois heures face à un film qui n’est pas des plus enthousiasmants.

Il est difficile d’en parler donc, mais je vais tenter de le faire du mieux possible. Il ne s’agit là bien sûr que d’une interprétation et d’un ressenti très personnel concernant ce film, et j’aimerais d’ailleurs beaucoup connaître des avis différents, une autre compréhension de Winter Sleep. D’autant plus que beaucoup d’éléments m’ont échappés, je pense le revoir en DVD prochainement, pour prendre le temps de l’assimiler davantage. C’est en effet un film très riche à mon sens et que l’on peut voir et revoir sans jamais se retrouver face au même scénario. C’est d’ailleurs ce qui en fait, à mes yeux, un excellent film.

Winter Sleep, pour aller d’abord à l’essentiel, nous plonge en Cappadoce, et plus précisément au sein d’un hôtel tenu par un homme d’une cinquantaine d’années, marié à une femme bien plus jeune, un couple dont les rapports sont assez difficiles à cerner au début du film, et qui nous apparaissent rapidement comme fortement troublés. A ces deux personnages s’ajoute celui de la soeur du propriétaire, qui les a rejoint après s’être séparée de son mari. Voilà que le trio est tracé, et je dirais que le film tournera par la suite autour de celui-ci, des relations compliquées qu’entretiennent les personnages les uns avec les autres.

J’ai perçu le film comme une sorte de huis-clos, ce qui peut paraître paradoxal quand on sait que l’histoire se déroule dans un hôtel et que les personnages sont à maintes reprises confrontés à des rencontres extérieures. Mais celles-ci ne sont là, à mon sens, que pour venir alimenter les propos échangés entres tous trois.

J’aimerais à ce sujet m’arrêter sur ce que je considère comme une véritable prestation. J’ai été subjuguée par la qualité des dialogues, comme par le jeu des acteurs qui les prononcent, et enchaînent parfois des monologues de plusieurs minutes avec une habilité remarquable. Je pense notamment à la première scène à m’avoir véritablement troublée — et qui ne fut pas sans me rappeler certains passages des romans de Dostojevski — qui voit s’opposer le propriétaire des lieux à sa soeur. Une scène magnifique à mon avis et royalement menée, qui ne fait qu’annoncer les nombreux échanges à venir.

Progressivement, j’ai eu cette impression, peut-être fausse, ou biaisée, mais qui me paraît cependant intéressante, de me retrouver face à une seule et même conscience, en proie à ses propres et multiples contradictions. Ce sentiment d’être face à un huis-clos y contribue. Chaque personnage affiche plusieurs traits de caractère assez accentués par le réalisateur je pense, et la plupart du temps en totale contradiction avec les deux autres, comme le fait remarquer la soeur, Necla, dubitative quant au lien familiale qui peut bien unir deux individus aussi opposée. Et tous trois sont là pour se renvoyer la balle, s’étouffer dans leurs contradictions, leur incapacité à cohabiter, à trouver une moindre entente, un juste milieu entre des intérêts si différents. Une haine mutuelle les habite, comme insurmontable, et chacun est là pour renvoyer à l’autre cette image nauséabonde de l’autre. « L’enfer c’est les autres », comme dirait l’autre. Cette idée de reflet, je l’ai retrouvée dans le jeu avec les miroirs, noté à plusieurs reprises dans le film. Miroir, rétroviseur, réflexion à travers la vitre, les scènes se multiplient ainsi, permettant de voir chaque personnage se faire face, dans une habile maîtrise de l’espace.

L’interprétation est hasardeuse et personnelle, mais il me plaît de penser qu’il y a du vrai là dedans, je trouve le film d’autant plus intéressant alors.

Enfin, je passerai rapidement sur la force de ces perpétuelles confrontations, entre les classes, entre les sexes, entre des individus aux priorités fort divergentes, et pour qui aucune entente ne paraît possible tant l’orgueil rend ses dernières indépassables. Je pense ici en particulier à l’une des dernières scènes du film, qui voit Ismail, le locataire sorti de prison depuis peu, jeter au feu une liasse de billets que lui avait apporté Nihal. Je me rappelle ce geste d’effroi de la dernière, et j’en reste troublée.
A ce propos, les acteurs sont vraiment excellents, tous autant qu’ils sont.

J’ai aimé ce film, je ne me hasarderais pas à le conseiller à tout le monde parce que je pense, et je le comprends bien, qu’il ne peut pas faire l’unanimité, mais je dirais malgré tout qu’il en vaut le coup d’oeil.