Une retraite de quelques instants au Béguinage de Bruges. #Belgique

Il est de ces endroits qui marquent sans que l’on sache pourquoi. Comment expliquer ce qui a provoqué en soi un si profond bouleversement, comment poser des mots sur un silence, des phrases sur un frisson ?

Je me souviens que la pluie était tombée sur nous toute la journée. Nous nous promenions, bras dessus, bras dessous, bien décidés à ne pas nous laisser abattre par ce froid qui nous glaçait le bout des doigts, crispés si fort au fond de nos poches. Nous marchions sans relâche, arpentant les rues grises d’une Bruges un peu morose. Les calèches nous dépassaient à chaque coin de rue, se mêlant aux voitures et embrumant nos esprits déjà bien engourdis. Avec le recul, je vois cette promenade, qui nous conduisit jusqu’au béguinage, comme une lente remontée dans le temps.

Soudain, le silence. Une fontaine qui s’écoule et où viennent s’échouer les cheveux en fin de parcours, encore attelés, trempés de sueur et de pluie. Cette pluie qui s’est calmée pour nous laisser dans un mystérieux brouillard. Des calèches et plus de moteurs. Le vent dans les feuilles, l’odeur de la nature humide. Un arrêt dans le temps.

Calèche-nature-peaceful_DSC0804animal-cygne-cute_DSC0835Où l’histoire croise nos pas…

Le Béguinage de Bruges date du XIIIème siècle, de 1245 pour être exacte. Autant dire qu’ils sont nombreux, les pieds qui ont foulé ce sol humide et couvert de feuilles mortes, avant nous. Il résulte de l’association de jeunes filles sans ressources, femmes célibataires ou veuves pour la plupart. Celles-ci, dès lors, gagnèrent leur vie en travaillant la laine, destinée aux tisserand de la région. Il y aurait ensuite beaucoup à dire sur cette initiative, sur l’autonomie de ces jeunes femmes à une époque où la place de la femme est encore largement discutée aujourd’hui. C’est un sujet passionnant pour l’étudiante en histoire des femmes que je suis, et je vous invite à aller jeter un oeil sur les nombreux articles ayant été rédigés à ce sujet et qui sont disponibles en ligne pour une grande partie.

Aujourd’hui cependant, le béguinage n’est plus. En effet, après une longue période de prospérité, le béguinage connait une période de crise liée aux circonstances politiques de l’époque, et il se voit supprimé par l’administration révolutionnaire française de la fin du XVIIIe siècle. S’il en reste quelque chose aujourd’hui, c’est grâce à l’initiative du chanoine Rodolphe Hoornaert, qui fonde la communauté religieuse bénédictine des « Filles de l’Eglise » au XXe siècle. Ainsi le béguinage est-il en fait, aujourd’hui, un monastère.

Inscrite dans le présent

Arpentant le jardin paisible de ce monastère, j’aperçois aux fenêtres une femme penchée sur ses papiers. Les cheveux recouverts d’un voile, le visage pâle, l’air appliqué. Le monument historique prend vie sous mes yeux, des soeurs bénédictines s’y déplacent comme dans le temps, marchant sur les pas des béguines d’autrefois.
Les lampes sont allumées, et éclairent faiblement, sous les fenêtres, ses visages que je distingue de loin et qui se révèlent de plus en plus nombreux.

Je me tais. J’ai l’impression d’avoir franchi un espace interdit, de m’immiscer dans ces vies qui se veulent en retrait. Pourtant, mon pas reste lent, léger. Je me tais. Je garde les yeux en l’air, à tel point que je n’ai aucun souvenir de ce jardin qui m’apparaît pourtant si beau, si serein. Je ne peux détacher mon regard de ces fenêtres silencieuses, où s’activent, mystérieuses, les héritières d’une histoire de près de huit cents ans._DSC0831

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Béguinage de Bruges
30 place Begijnhof
8000 Bruges
(Entrée libre)
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