Qu’il est difficile de grandir, même à 24 ans

Voilà presque deux ans que j’ai quitté la maison familiale, et tout ce qui l’accompagnait. La première étape d’une émancipation que je croyais facile. Et pourtant, depuis deux ans si peu de choses ont changé. Bien sûr en pratique tout a évolué, il a fallu s’adapter à une nouvelle vie qui supposait d’évoluer à distance de tout ce à quoi je m’étais accrochée pendant vingt ans. Loin de ma mère, de ma sœur, loin d’un cocon qui s’était avéré plus d’une fois bien désagréable à rejoindre. Mais d’une toute autre manière, je suis restée coincée entre deux âges, tiraillée entre une réelle volonté de devenir adulte pour mieux m’émanciper et me découvrir ainsi à travers les choix de vie que tout cela supposait, et le désir tacite de ne renoncer à rien de ce que j’avais connu jusqu’alors. Ce n’est pas que j’ai particulièrement apprécié l’ensemble de ces choses. Mais d’une certaine manière, elles font partie de moi, et je n’étais pas prête à m’en séparer.

 J’ai longtemps pensé que laisser toute une partie de moi-même en arrière était, d’une certaine manière, mourir un peu. Se débarrasser même du plus encombrant était une déchirure, c’était tuer une partie de l’enfant que j’avais été. Chez moi – chez ma mère – une boîte entière regorge de photos, de lettres, de tickets de cinéma, ou d’autobus grecs, espagnols, britanniques. Dans le grenier de mon père, les jouets de mon enfance, les peluches, les cahiers d’écoles. Ils sont tous très probablement dévorés par les souris qui en font chaque jour leur quatre-heures et c’est moi que ça ronge. Mais ils sont là et non pas au fond d’une benne, je n’y ai pas renoncé, j’ai refusé de quitter matériellement la petite écolière timide et studieuse qui continue de m’habiter aujourd’hui. Et si un jour j’ai besoin de me replonger dans tout cela, de suivre des yeux les lettres maladroites d’une gamine de sept ans : je le peux encore. Je m’accroche. La chambre qui était la mienne n’a pas bougé d’un pouce. J’ai demandé à ma mère de ne lui rien ôter. Les murs sont toujours briques, les meubles – dans un état lamentable – toujours à leur place, débordant d’objets inutiles dont je refuse de me débarrasser.

J’ai longtemps pensé qu’y renoncer serait mourir un peu, oui. On dit d’ailleurs qu’il est important de « faire le deuil » de certaines choses, et je refusais de faire le deuil de ce que j’avais été, de ce que j’avais vécu. En le refusant j’ai tenté de survivre, mais comme j’étais aveugle de croire que le passé pouvait être plus vivant que ce qu’il me restait à découvrir. Cela va bientôt faire deux ans que j’ai quitté la maison et j’ai compris qu’il était temps d’avancer, et donc de laisser le passé en arrière. Restera en moi ce qui doit l’être, les fruits de l’expérience, le reste n’est qu’un encombrement. Mettre de côté les jolies choses de l’enfance comme les plus difficiles épreuves, et appréhender le présent autrement. Ouvrir les yeux à d’infinies possibilités, et se laisser absorber par ce que la vie a encore à apporter. Cette année, j’aimerais construire autre chose. Construire quelque chose, tout simplement. J’aimerais me laisser surprendre et abandonner mes listes à la logistique. Voyager ; découvrir mon pays et franchir ses frontières, partir à la rencontre de l’Autre, des autres. Prendre des photos, prendre des cours de photos, aussi. Dessiner, écrire, créer. Me lever plus tôt ; aller courir et apprivoiser mon propre souffle. Dépasser mes limites et m’accorder des pauses. Être patiente et compréhensive à l’égard des autres autant que de moi-même. Aimer ; dompter ma colère sans la renier. Et me retrouver le 31 décembre 2017 pour faire le point sur toutes ces petites avancées..


Quelques souvenirs d’une après-midi méditative au Jardin des Plantes, à Paris.

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Pssst.. Pour plus de photos, n’hésite pas à passer me voir sur Instagram ! 🙂
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Publié par

Camille

Aspirante-éditrice, chroniqueuse littéraire à ses heures, l'auteure de ce blog est une passionnée de littérature, et grande curieuse du monde des livres à tous ses niveaux.

4 réflexions au sujet de « Qu’il est difficile de grandir, même à 24 ans »

  1. Comme je me retrouve dans ce que tu dis . J’ai eu du mal à revoir ma chambre d’enfant / ado transformée à présent en chambre d’amis… c’est une page qui s’est tournée difficilement. Tu verras, ça viendra. Et tout trier , jeter , désencombrer c’est la mode , ça veut pas dire qu’il faut le faire 😉 Ne sois pas gênée de garder tes bibelots fétiches, tes souvenirs, chacun est différent. 🙂

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    1. Je te remercie beaucoup pour ces jolis mots 🙂 Depuis que j’ai quitté la maison, de nombreuses personnes m’ont raconté avoir eu les mêmes difficultés à tourner cette page de leur enfance. Je pense qu’il faut faire ça tranquillement, chacun à son rythme. De mon côté je commence à me faire à l’idée. Mais un changement après l’autre, s’il vous plait ! 😉
      Et oui tu as raison, aujourd’hui la mode est au « minimalisme », mais je crois que ça, je ne m’y ferai jamais aha

      Aimé par 1 personne

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