Aparté, avant que la vie ne reprenne son cours.

Il est difficile d’aborder ce qui vient de se passer, il est difficile de poser des mots sur ce qui ne saurait provoquer d’autres réactions qu’un silence de stupéfaction. Je n’ai pas poursuivi la publication de ces articles évoquant mon voyage à Bordeaux. Je suis rentrée jeudi soir et ce séjour me parait déjà si loin. Il semble d’une autre époque.

Nous sommes dans l’après, un après qui vient de commencer, qui s’ébauche à peine. Et nous sommes nombreux à ne pas savoir quoi faire de ces heures qui s’égrainent. Je me retrouve prostrée, comme en suspens, dans l’attente d’une accalmie, d’un déclic, d’une réponse.

Je me retrouve prostrée, parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. Toutes mes activités d’hier me semblent tellement futiles aujourd’hui, absurdes même. Je n’ose me laisser aller au divertissement, je me dis que les temps ne sont pas à l’amusement. Je n’ose pas sortir et rejoindre ces centaines de gens qui continuent de rendre hommage à ces innombrables victimes. Je n’ose pas écrire, parce que les mots me manquent, je n’ose pas publier ce qui était prévu, parce que rien ne se passe comme il était prévu, et que la vie ne peut pas continuer comme si ces évènements n’étaient qu’un contretemps. Pour le moment donc, je me contente de ces quelques lignes, pour partager avec vous cet effroi, pour expliquer mon silence ici, pendant quelques jours encore, par respect, par un sentiment d’évidence.

Je vois partout les mots se mélanger, les avis diverger, les opinions se multiplier. Chacun tente d’expliquer à sa façon ce qui vient d’arriver, mais souvent les phrases se perdent, étouffées dans un sanglot, dans un soupir. L’incompréhension règne, tout paraît si irréel. Je ne veux pas m’attarder sur ma propre interprétation des évènements. Les images se bousculent dans mon esprit, le recul n’est pas possible aujourd’hui, je ne sais pas s’il le sera un jour. Je ne veux pas ajouter ma voix à ces milliers d’autres, sur l’horreur de ce que nous découvrons encore, pas à pas.

Je veux juste partager avec vous cet effroi. Et j’espère que, bientôt, nous pourrons tous retrouver la force de sourire sans amertume, que nous ré-apprendrons à nous amuser, différemment peut-être, mais toujours avec autant de sincérité, de légèreté. Nous sommes dans l’après, mais j’espère que nous saurons faire en sorte de ne pas nous laisser accabler trop longtemps par ces atrocités.

Je pense à tous. Car nous sommes tous concernés. Je pense à vous, et je vous transmets toute ma compassion.

Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d’être mené. Ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison. Albert Camus, Editorial de Combat, 8 août 1945

Publicités

Publié par

Camille

Aspirante-éditrice, chroniqueuse littéraire à ses heures, l'auteure de ce blog est une passionnée de littérature, et grande curieuse du monde des livres à tous ses niveaux.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s